LE DROIT SUPERIEUR DE8 EIDÈLES
Or ceux-là, quels sont-ils, sinon les élus de la grâce, sinon les pieux chrétiens, héritiers du privilège des juifs?
C*est l'avis de saint Augustin. Il déclare que tout appartient légitimement aux fidèles, et que les infidèles n'ont pas même une obole en légitime propriété.
Et voilà pourquoi les papes lâcheront plus iard les rênes à la cupidité des princes chrétiens, en proclamant que leur orthodoxie les fait les légitimes possesseurs du prétendu patrimoine de la gent infidèle. Lorsque les catholiques Portugais s'embarquèrent pour ces vastes conquêtes que devait suivre l'organisation de la traite des noirs, ils étaient nantis d'une bulle du pape Martin V, qui octroyait aux souverains du Portugal la possession des pays découverts, vu que la terre entière appartient au Christ, et que le souverain pontife, représentant du Christ, est qualifié pour disposer des portions de la terre qui sont détenues par les mécréants.
Augustin appuie son dire sur les Ecritures. Mais ce qu'il trouvait ou croyait trouver dans les Ecritures, saint Augustin l'aurait trouvé difficilement dans le code. Ni législateurs, ni juges ne font de ces catégories entre voleurs et volés. Aussi le subtil docteur n'a-t-il garde d'amnistier complètement en théorie des gens exposés à être pendus dans la pratique. Il ajoute donc qu'en fait riniquité de l'usurpation est tolérée et qu'il y a certains droits établis, nommés droits civils, qui en la restreignant la protègent.
Que si les fidèles ne font pas opposition et ne réclament pas ce qui leur appartient, c'est qu'ils s'accommodent aux mœurs et aux lois de ce bas monde, dans l'attente d'un monde meilleur où ceux-là seront comblés qui seuls méritent de l'être.
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C'est par celte doctrine d'un droit supérieur qu'avaient ceux qui font vœu d'être saints, que semblent s'expliquer ces habitudes de captations de fortunes, dont furent de bonne heure coutumiers tant d'hommes d'Kglise, séculiers et réguliers.
Leur manque de scrupule nécessita des précautions légales. Il faut entendre saint Jérôme, constatant que les prêtres des idoles, les cochers du cirque, les dernières des prostituées, ont la faculté de recevoir librement des donations ou des héritages, mais qu'il a fallu, sur ce point, mettre les prêtres et les moines hors du droit commun. Et qui a pris ces mesures? Des empereurs ennemis du christianisme? Point. Des empereurs très chrétiens. « Je ne me fàchc pas contre la loi, dit sainl Jérôme ; je me fâche contre nous qui l'avons méritée. Un fer chaud est bon dans une plaie ; le mal est d'en avoir besoin ».
Du moins, si la loi eût été efficace! Mais non. On l'éludait par des substitutions de personnes. Devançant le mot d'Augier, Jérôme remarque que tourner une loi est encore une façon de la respecter. « Mais, ajoute-l-il, si nous montrons une sorte de respect pour la loi du prince, que faisons-nous de la loi du Christ? Notre rage d'acquérir échappe à tout frein et foule aux pieds l'évangile. »