LE DROIT DE PROPRIÉTÉ DANS LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE
En fait, selon la théologie catholique, c'est le droit humain qui, à l'encontre du droit divin, fonde la propriété.
Saint Augustin l'explique catégoriquement : « De quel droit chacun possède-t-il ce qu'il possède? N'est-ce pas
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de droit humain? Car, d'après le droit divin, Dieu a fait les riches et les pauvres du même limon, et c'est une même terre qui les porte. C'est donc le droit humain qui fait que Ton peut dire : Cette villa est à moi, cette maison ost à moi, cet esclave est à moi. Mais le droit humain qu'est-il? Rien autre que le droit impérial. Pourquoi? Parce que c'est par les souverains et les rois du siècle que Dieu distribue le droit humain au genre humain. Olez le droit des empereurs, qui osera dire : « Cette villa est à moi, cet esclave est à moi, celte maison est à moi? » Ne dites donc pas : qu'ai-je affaire avec le roi ? Car alors qu'avez-vous affaire avec vos propres biens? C*est par le droit des rois qu'on possède ce qu'on possède. Encore une fois, si vous dites : Qu'ai-je affaire avec le roi ? c'est comme si vous disiez : qu'ai-je affaire avec mes biens? Vous renoncez par là même au droit en vertu duquel vous possédez quelque chose. »
En affirmant, avec Augustin, que le droit de propriété subsiste uniquement de par l'autorité, qu'elle s'appelle roi ou empereur, les pères de l'Église étaient conséquents avec les traditions mosaïques d'après lesquelles le droit de propriété a une origine purement légale et doit être renouvelé au bout de chaque période jubilaire.
De même que la plupart des docteurs ecclésiastiques, Bossuet reprendra la théorie des Pères : « Olez le gouvernement, dit-il, la terre et tous ses biens sont aussi communs entre les hommes que l'air et la lumière. Selon le droit primitif de la nature, nul n'a de droit particulier sur quoi que ce soit, et tout est en proie à tous. La loi fait le partage des biens pour la commodité publique et particulière. »
Ainsi, en matière de propriété, le droit positif n'est
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plus réiliariaLion, la consécration, la garanlie d'un droit naturel né du Iravail et d'une soiLe d'incorporation de la personne dans les choses ; il est ce que veut le souverain. Quelle porle ouverte aux confiscation?, aux spoliations, aux bouleversements économiques de toute sorte, pourvu qu'ils poissent se réclamer de la légalité, la légalité suffisant ici à faire la justice !
Cette théorie catholique est précisément celle qu'on a tant reprochée à Itousseau. Elle est dangereuse dans le^-^ monarchies comme dans les républiques. Des théolo — ' giens de la Sorhonne, logiciens trop rigoureux ou sujet» trop complaisants, en tirèrent cette conséquence qu'un. roi, en pressurant son peuple, ne faisait jamais qu» reprendre ce qui lui appartenait. Ils décidèrent le cas suir la demande du jésuite Letellicr. Il s'agissait de calmer quelques scrupules tardifs de Louis XIV. On dut réussir sans peine. Celui qui avait dit : « l'Etal c'est moi » était bien près de dire : « l'État est mien. "
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Si, pour la propriété, la théologie catholique fait la part Lien grande aux décisions de l'autorité civile, en revanche, pour le mariage, elle n'accorde de valeur qu'à la consécration de l'autorité religieuse.
Avant tout, elle voit dans le mariage un sacrement, et s'appuie sur ces paroles qu'on lit dans l'épltre de saint Paul aux Epliésiens : " L'homme abandonnera son père et sa mère pour s'attacher à sa ft^mnie, et de deux ils deviendront une même chair. C'est U un sacrement grand dans le Christ et dans l'Eglise. »
Faisons grûce ici aux théologiens; et ne rele
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ce curieux détail que le mot de sacrement, adopté dans la version de la Vulgale, est en cet endroit un contresens, comme le montrera à tout esprit non prévenu le plus simple coup d'œil sur le texte original.
En même temps qu'elle considère comme un pur concubinage toute union matrimoniale non bénie par le prêtre, TEglise condamne le divorce.
On pourrait objecter que des saints, tels que saint Ambroise et saint Epiphane, ont jugé le divorce licite dans les cas d'adultère et d'inceste, et que couramment, à des conditions il est vrai onéreuses, la Cour de Rome Tautorise, en élargissant selon le besoin les cas de nullité.
Il n'en est pas moins constant que la doctrine qui a prévalu dans la discipline catholique, c'est la doctrine de saint Augustin qui n'admet point qu'il faille tenir compte d'aucune difficulté entre les époux, pas même des cas d'incompatibilité absolue, et proclame le mariage tout à fait indissoluble.
Maintenant, que la femme soit un être subalterne, c'est ce que semblent indiquer les traditions judaïques adoptées par les chrétiens, quand elles la font naître, comme dit Bossuet, « d'un os surnuméraire de l'homme )).
C'est ce qui ressort de l'antique rituel des Hébreux prescrivant aux hommes de dire dans leurs prières du matin : « Sois loué, Éternel, notre Dieu, roi de rUnivers, qui ne m'as pas fait femme », tandis que les femmes disent avec résignation : « Sois loué. Eternel notre Dieu, Roi de l'Univers, qui m'as faite selon ta volonté. »
C'est ce que confirme, avec saint Thomas, la théo-
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logie catholique, quand elle décide, que « la nature ne Fournit des femmes que lorsque son imperfrclion n'a pas pu parvenir au sexe parfait ».
C'est enfin ce qu'enseigne saint Paul lorsque, marquant leurs devoirs réciproques, il oppose le mari h la femme comme l'ùme au corps, comme le créateur à la créature, n La femme, dit-il en plusieurs endroits, est au mari ce qu'est au Clirist l'Ëglise, qui est son corps. De même que l'Église est soumise au Christ, la femme doit être soumise à son mari et le respecter. Le mari, de son côté, doit aimer sa femme comme son corps. Aimer sa femme, c'est s'aimer soi-même : or nul ne hait sa propre chair. L'homme est le chef de la femme. Lui est la gloire de Dieu, elle est la gloire de l'homme; et l'homme n'a pas élé créé pour la femme, mais la femme [lour l'homme. Que la femme s'instruise en silence et cti toute soumission. Il ne lui est permis ni d'enseigner, rti de prendre auLoritc sur l'iiomme. Néanmoins elle peut être sauvée, grâce aux lils qu'elle met au monde, si elle demeure dans la foi et la charité. «
L'esprit qui a inspiré ces paroles n'est pas sans doule étranger à l'infériorité intellectuelle et sociale oii l'éducation et la lérrîsiation, d'accord avec l'opinion et les mœurs, ont tenu les femmes, en divers lieux.
Néanmoins, on doit reconnaître que, dans ses développements, le christianisme consacra les idées de Socralecl des stoïciens qui enseignaient que l'homme et la femme, tout en différant par les fonctions, se valent par la dignité. Nomhreuses furent les femmes chrétiennes qui, en virilité et en dévouement, égalèrent les l'orcia, les Arria, les Pauline, les Eponine, ces illustres païennes. -Le monde polythéiste avait ses déesses à côté de t