LÀ MORALE KABBALISTE
Il y a encore plus de hauteur dans la morale des Kabbalisles que dans leur théologie.
D'après eux, le prototype de tous les hommes est l Homme céleste, forme absolue de la nature humaine, pure manifestation de la nature divine.
L'homme est le terme le plus élevé de la création. Dans son être double se réfléchissent le monde et Dieu, dont il est comme le trait d'union. Tout se résume en
lui et il réunit toutes les formes. Aveugles ceux qui imaginent que l'homme est seulement de la chair, une peau, (les os et des veines. Ce qui fait l'homme, c'est son àme.Le reste n'est qu'un voile dont chacun se dépouille quand il s'en va.
Toutes les âmes sont appelées à retourner à Dieu; mais il faut qu'auparavant elles aient élevé les puissances qui sont en elles à toute la perfection qu'elles comportent, bieu leur en ménage les moyens en leur faisant subir <les transmigrations successives où, au milieu d'épreuves «l sous des formes variées, elles peuvent, en s'amélioranl, reconquérir leur vraie patrie. — Triste nécessité, Jirez-vous. Ne vaudrait-il pas mieux ôter de prime abord l<^ mauvais désir ? — Mais cela ne se peut sans ôter aussi le bon désir, et alors, comme il n'y aurait plus de culpabilité, il n'y aurait plus de mérite. — Soit ! Ne vaudrait-il pas mieux, n'existàt-il plus de récompenses ni do châtiments, que l'homme fût incapable de pécher et de faire mal? — Non; tout est bien. C'est à cause de 1 homme qu'a été faite la loi. Or la loi est le vêtement de la divinité. Sans la loi, elle eût été comme un
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pauvre qui n'a pas de quoi se couvrir. Donc, quelles que soient ses conséquences, voyons dans la liberté humaine le complément nécessaire de la perfection divine.
Dès Torigine, TEternel, regardant les âmes une à une, discerne celles qui devront suivre les tristes sentiers de ce monde. Quand son temps est venu, chacune de ces âmes est appelée devant TEternel qui lui dit : « Va dans cette partie de la terre animer tel ou tel corps. » L'àme répond': « 0 maître de l'univers, je me trouve heureuse dans le monde où je suis, et je désire ne pas le quitter pour un autre où je serais asservie et exposée à toutes les souillures. » Alors le Saint, lui dit : « Du jour où tu as été créée, tu as été destinée à aller dans le monde où je t'envoie. » Voyant qu'il faut obéir, Tàme prend avec douleur le chemin de la terre et descend au milieu de nous, en même disposition que le banni qui va au lieu de son exil.
Cela étant, quelle n'est pas constamment notre erreur? Pour nous, le jour du départ de Tàme d'un juste est un jour de pleurs; ce devrait être un jour de fêle. « Représentez-vous un roi à qui il vient de naître un fils et qui l'envoie à la campagne pour y être nourri et élevé jusqu'à ce qu'il ait grandi et soit préparé à bien tenir son rang dans le palais de son père. Quand on annonce à ce roi que l'éducation de son fils est tout à fait terminée, que fait-il dans son amour pour lui ? Il l'envoie chercher, et, pour célébrer son retour, il se réjouit avec lui. Et cependant, les habitants de la campagne ont coutume de pleurer quand le fils du roi se sépare d'eux. Mais s'il y a là un homme clairvoyant, il leur dit : « Pourquoi pleurez-vous ? N'est-ce pas le fils du roi i