‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 122 sur 244 · LE CÉLIBAT DANS LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE CÉLIBAT DANS LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE

clergé qui aurait femme et enfants, le pape ne serait que révoque de Rome. »

Les Ecritures nous montrent les frères et les disciples de Jésus accompagnés de leurs femmes dans leurs courses apostoliques: saint Pierre lui-même était marié, et on ne compte pas les saints qui, dans la suite, furent, en même temps que prêtres, époux et pères de famille. Il n*en est pas moins vrai que saint Paul admettait le mariage des prédicateurs de Tévangile avec moins de plaisir que de résignation et désirait le célibat pour tous. « Oui, dit-il, mieux vaut prendre femme que d'être brûlé de désirs ; mais enfin le meilleur pour Thomme ^st de ne point se marier. Êtes-vous lié avec une iemme, ne cherchez point à vous délier. N*êtes-vous pas lié avec une femme, ne cherchez point de femme. »

Saint Paul ajoute : « Celui qui, n'étant engagé par aucune nécessité et se trouvant en plein pouvoir de faire <e qu'il voudra, prend une ferme résolution dans son cœur et juge en lui-même qu'il doit conserver sa fille hors des liens du mariage, celui-là fait une bonne <BUvre. » Triste tyrannie du père sur la fille !

Cette rude réflexion de Tapôtre nous rappelle un trait curieux. Il est plus propre que de longues théories à montrer les tendances antimatrimoniales de la théologie catholique, d^ailleurs très appliquée à prêcher le respect des devoirs conjugaux et à prévenir soit les fraudes qui stérilisent le mariage, soit les infidélités qui le déshonorent.

L'illustre évêque de Poitiers, saint ïlilaire, avait une fille toute florissante de jeunesse et de beauté qui était recherchée en mariage par les premiers du pays. Elle

Fabm. — Pensée chréUennc. 23

:<:;! i.K ulkimatimM!-: caïIioi.ujik

aurait incliné k faire un choix; mais son père l'en délournail et lui représentait qu'il avait trouvé pour elle un parti Lien autrement nuLle, riche et maguifique, i:|ue tous ces grands des Gaules.

Ililaire redoulail pour sa flilr l'inévitable dispersion du cœur qui, quand on a mari et enfants, muifi/ilie et Mvise en mille ruisseaùjr se perdant çà et là ila/is ta terre celle vive source d'amour qtn decrait tendre /ont entière an ciel; il ne pouvait se faire à l'idée qu'elle renonçât à la viririnité. iinitalion île la vie dvs aiir/a ; et son dessein était qu'à jamais elle fût Jointr toute « llini.

Il on vint à adresser au ciel de fervenles prières, pour qu'elle trépassùt dans tout l'éclat de sa pureté, et pût ainsi figurer parmi les vierges qui, selon l'Apocalypse, font éternellement cortège à Jésus en cliantant de saints cantiques.

Les vœux de l'évOque furent exaucés. La jeune fîlle mourut, au grand contentement de son père.

Pourtant la femme d'ililaire se désolait. 11 se décida à lui avouer comme quoi k mort de leur fille n'avait été que l'accomplissement de ses pieux souhaits. N'étaitce pas chose belle et bonne que leur enfant, parée de la couronne de la virginité et appelée à ne coonaitre que les spirituelles délices, eût été soustraite aux misères du mariage et de la vie, pour aller dans la gloire de Dieu ?

La femme d'ililaire fut tellement frappée des réQexions du pieux évéque qu'elle ne put s'empêcher de désirer avec ardeur la céleste béatitude dont jouissait désormais sa lille. Klle dit à son mari qu'elle allait requérir de Dieu la même faveur, et le supplia de joindre ses prières aux siennes. Il lui obéit.

LE CÉLIBxVT DANS LA THÉOLOGIE CATlfOLIQUE 355

Po!i après, la mère suivait la fille au tombeau; et saint Hilaire, heureux de leur double bonheur, se résignait à rester seul sur la terre où le retenaient les grands devoirs de sa magistrature épiscopale.

Bien différente en cela de la morale catholique, la morale juive imposait le mariage et flétrissait la stérilité.

De même la morale mazdéenne condamnait le célibat, et c'est dans le mariage, dans la vie de famille, dans la multiplication des enfants, dans l'activité pratique, dans le labeur commun, qu'elle plaçait son idéal. Celait une opinion accréditée chez le peuple perse qu'il fallait se marier de bonne heure, parce que les enfants nous seraient comme un pont au jour du jugement et que ceux qui n'auraient pas d'enfants ne pourraient pas franchir le pRssago menant au Paradis.

Les livres de Zuroastre enseignent qu'une des choses qui réjouissent le plus la terre, c'est qu'un homme vertueux et sage s'y bâtisse une demeure pourvue de feu, de bétail, d'une femme et d'enfants. Ayant femme et enfants, qu'il travaille avec leur aide ; qu'il arrose le sol aride et dessèche les terrains humides! Au père de famille qui des deux bras travaille la terre, celle-ci apporte richesse et prospérité tandis qu'il est couché, comme ferait un ami à un ami chéri. Mais à qui ne la cultive pas des deux bras «et reste sans famille, la terre dit : « Va mendier ta nourriture à la porte des autres. »

Quant aux Grecs et aux Romains, quelques lents progrès qu'ait faits chez eux la condition de la femme et des enfants, améliorée par Tinfluence des sentiments chrétiens, leur religion fondamentale était la religioB

356 LK UOliMATISMi; (JATIIOLIQIK

du foyer. Ils prisaient la virginité, el Borne avait ( veslales; mais ils ne mellaienl pas la purelé de la vierge au-dessus de la chasteté de l'épouse. Rien n'était vénéré comme le sanctuaire de la famille, et c'était un devoir essentiel de continuer la chaîne des ancêtres en leur donnant une postérité. ^^m

i,A VIE iirlioiei'se: opPOsf:R a la vif. du siècle ^^|

Les cultes antiques avaient cela de propre qu'ils étaient éminemment nationaux el reposaient sur une communion de sentiments et de rites, sans appareil de dogmes et d'articles de foi.

La piété s'y confondait avec le patriotisme. C'était une religion de donner beaucoup de citoyens à la pairie, el d'acquérir force, courage, habileté, (ierté, grandeur d'Âme, de fa<;on & faire toujours respecter el à vaillamment défendre les foyers domestiques et les autels publics, choses sacrées où se résumaient la familli^ et l'État.

Le propre du christianisme fut l'opposition établie entre les royaumes de ce monde et le royaume qui n'est pas de ce monde, entre la vie du siècle et la vie religieuse.

En cette région que la charité ouvre à l'àme, l'entier détachement, l'humilité, le support des injures, la dépendance, l'abjection, la soumission, la souiïrance apparaissaient comme des vertus; et avec saint Augustin tous les pères de l'Eglise se plaisaient à montrer combien immense est l'abîme qui sépare la cité du monde, arrêtée aux espérances terrestres, de la cité de Dieu olacant au l'iel tout son espoir.

Page 1