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LES TEMPÉRAMENTS APPORTÉS AU RIGORISME CHRÉTIEN

Cependant, à mesure que s'élargit la société spirituelle inaugurée par les chrétiens, les exigences durent s'adoucir; et peu à peu certaines choses qui, dans les premiers lemps, étaient ordonnées en qualité de préceptes, ne furent que recommandées en qualité de conseils.

De plus en plus le partage s'accentua entre les pratiques strictement obligatoires et les pratiques simplement utiles pour la perfection.

Il le fallait bien. L'usage s'était établi parmi les croyants de retarder le plus possible le moment de leur baptême. Sans doute plusieurs le faisaient pour être mieux instruits dans la doctrine, conformément à cette opinion des Pères qu'il convient de connaître à fond le christianisme avant d'être consacrés chrétiens. Mais d'autres n'avaient en vue que de différer le moment oit ils seraient sous le joug de la discipline morale la plus rigide et ou il leur serait imposé de ne plus pécher. Maintes fois leur prévoyance prolongeait les délais jusqu'au moment de la mort. En effet, si, d'une part, on pensait qu'une fois reçu le sacrement purificateur, il était indispensable de rester pur et que les fautes commises après le baptême ne pouvaient que difficilement être pardonnées ; d'autre part^ il n'était coqtesté par personne que le baptême nettoyât l'âme de toutes ses souillures antérieures.

C'était là un des points qui déconcertaient le plus la raison des païens. Ils se faisaient un jeu d'opposer au juste qui termine sa vie sans le baptême et est réprouvé, le scélérat qui termine sa vie par le baptême et est sauvé.

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« Venez ici, s'écriait ironiquement l'empereur Julien, venez ici sans crainte, corrupteurs, meurtriers, sacrilèges, hommes souillés de toutes les infamies! Je vous rendrai purs à la minute en vous lavant dans cette eau. »

Môme parmi ceux qui s'étaient fait baptiser, il y avait des chutes déplorables. Il arrivait qu'ils ue retombaient dans les pires imperfections que pour avoir voulu î-lrc trop parfaits. Le fardeau qu'on a entrepris de soulever est trop lourd; on a peine à le soutenir; on se décourage, et on Ucfie tout.

Les politiques se disaient que le temps des lièvres sublimes ne saurait toujours durer, cl qu'il fallait tout atténuer pour ne pas tout compromeltre. Il leur semblait qu'avec des préceptes moins rigoureux, il n'y aurait pas peut-être autant de chrétiens justifiant les paroles de saint Cyprien quand il s'écriait, dès le milieu du m" siècle : « Chaque prêtre court après les biens et les honneurs avec une fureur insatiable ; les évëques sont sans religion ; les femmes sont sans pudeur; la friponnerie règne ; on jure, on se pai'jure ; les animosités divisent les chrétiens ; les chefs des fidèles négligent leurs chaires pour s'enrichir par le négoce ; enfin nous nous plaisons à nous seuls, et nous déplaisons à tout le monde. »

ENTHOUSIASME ET .\Sr.ÉTISllK

Aux défaillants dont parle saint Cyprien avec une exagération visible due à l'austérité de son zèle, il aurait été facile d'opposer beaucoup de chrétiens et de chrélieunes donnant l'exemple des plus belles vertus, candides en leurs pensées et en leurs actes, simples dans

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leurs vêtements et dans leur vie, pieux et charitables. L'historien païen Âmmien Marcellin nous peint avec complaisance ces croyants ingénus et forts, que « leur frugalité, leur front baissé vers la terre, leur droiture et leur modestie recommandaient au Dieu éternel et à ses vrais adorateurs ».

A côté des chrétiens de commande qui mettaient le même empressement à voir les baladins du cirque qu'à entendre les orateurs de la chaire, qui, au sortir d'une homélie sur le devoir de pauvreté, rentraient pompeusement dans de somptueux palais où des centaines d'esclaves s'empressaient à les servir et au moindre manquement étaient battus de verges, il y avait, au iv"^ siècle, des chrétiens enthousiastes dont la foi aboutissait souvent au dégoût du monde et cherchait, à la suite d'un saint Antoine, d'un saint Paul, d'un saint Malch, d'un saint Pacôme, d'un saint Hilarion, des déserts écartés, pour y gagner la vie éternelle par les méditations, les humiliations, les privations, les mortifications de Tascélisme le plus rigoureux.

Il n'était bruit que de jeunes gens riches et illustres quittant fortune et honneurs pour aller s'ensevelir au milieu des sables brûlants de la Thébaïde. Les merveilles d'abnégs^tion et de sacrifice qu'on se racontait d'eux, parlaient aux imaginations avec encore plus d'éloquence que la bouche d'or d'un Jean Chrysostome.

En effet, noble et généreuse était l'ardeur qui échauffait ces âmes; et du sein des austérités les plus dures devaient jaillir pour elles d'ineffables délices, parce qu'elles aimaient.

Leur zèle aurait pu mieux se dépenser et il lui arrivait de s'exagérer jusqu'au fanatisme; mais il y a de ces

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clioses que lu raison désavoue et qui pourtant sont grandes que celles que la raison fait faire. Sans son^< à les imiter, il faut les admirer.

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