‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 131 sur 244 · LA SEVE DE VIE DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

LA SEVE DE VIE DU CATHOLICISME

Une chose sauve momentanément la religion c'est la subsistance d'une forte sève morale dans cette portion du clergé que n'a pas encore empoisonnée la politique de Rome.

Le clergé dcTEglise romaine a une autre dignité, une autre indépendance, une autre grandeur que le clergé des églises grecques, serf du pouvoir.

Il forme une vaste hiérarchie dont les membres, chacun esclave de la règle et soumis à son chef, ont la discipline d'un régiment sous les armes.

Cette hiérarchie asservit; elle ne s'asservit pas. A genoux devant le Christ, le Pape, la Vierge et les Saints, elle reste debout devant les puissances qui passent.

Qu*on n'allègue pas de fameux exemples de bassesse. Ils ont été passagers. Je parle d'un ensemble, et j'envisage la suite des temps.

L'Église romaine, avec ses séculiers et ses réguliers, a apprivoisé les barbares et a fait leur éducation ; elle a pendant des siècles présidé au droit public et à la culture de TEurope; elle a formé des saints, les uns avant tout ascètes et appliqués à leur propre sanctification, les autres avant tout animés d'une active, charité et sacrifiant leur vie au bien du prochain, dans les travaux de l'apostolat comme un François Xavier, ou dans le soulagement des misères humaines comme un Vincent de Paul.

Son histoire est remplie d'alternances entre les chutes et les relèvements. Quand l'abus et le désordre semblent tout emporter, surviennent des poussées réformatrices

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qui fonl passer dans les noembres gangrenés u de pur chrislianisTTie. Que d'hommes à ciler depuis Agobard, saint Bernard el Gerson, jusqu'àsaint Charles Borromée,''saint Fran(;oîs de Sales el l'abbé de Sainl-Cyran! Aujourd'hui même, malgré !e triomphe croissant de l'esprit ultramontain, avec son exclusivisme, ses ambitions et ses sécheresses, n'y a-l-il pas des cœurs de pr&Irca et de moines où germe le précieux levain du vieil esprit évangélique?

Mais qui dira combien le mal dû à l'égoïsme collectit du corps sacerdotal l'emporte sur le bien dû aux vertus individuelles de tels de ses membres? Plus on étudie les évolutions de la pensée chrétienne, plus il est manifeste que le catholicisme, dans ce qu'il a de faux et de caduc, fui l'œuvre du sacerdoce, intéressé à asseoir de plus en plus sa propre domination, et d'ailleurs sinctTement convaincu qu'en dénaturant la religion du Christ il la sauvait.

Non moins que dans le dogme, la contradiction catholicisme avec l'évangile apparaît dans les prodigieux progrès du paganisme et du fétichisme sur tous les points de la catholicité.

Au premier temps du christianisme les païens disaient aux chrétiens : « Comment verrioas-nous en vous des hommes qui savent honorer la majesté divine? Vous n'avez ni autels, ni images, ni sacrifices, ni fêtes. » A quoi les chrétiens répondaient : « Nos autels, c'est nos cœurs allumés du feu de la charité; nos images, c'est l'idée présente en nos âmes de Dieu notre père et du

Christ noire maître; nos sacrifices, c'est l'immolation de nos penchants ; nos fêtes, qui sont de tous les jours, c'est la joie du renoncement, la paix de la conscience, l'espoir de Tavènement du Christ. »

Mais l'heure vint où le christianisme se fit païen, pour ^enir à bout du paganisme. Il ne l'extermina point; il X'absorba.

Le culte du Dieu du Christ céda la place au culte du <^hrist Dieu ; et, de même que l'année païenne était marcquée d'un bouta l'autre par des commémorations mythologiques. Tannée chrétienne fut disposée de telle sorte ^ue la suite des mois et des jours racontât les grandes scènes de la vie du médiateur fait Dieu, les mystères de ^a foi, la sainteté, les enseignements, les prodiges, les ^ouOrances de ses apôtres, de ses docteurs, de ses thau- :iiiaturges, de ses confesseurs, de ses martyrs.

L'an 607 de l'ère chrétienne, dans la Rome des papes 'devenue le prolongement de la Rome des Césars, le Panthéon, jusque-là consacré à tous les dieux, fut consacré à tous les saints, par Boniface IV : d'où la Toussaint, célébrée d'abord en mai à l'exemple de la fêle col- Jective des divinités païennes, et, deux siècles plus tard, transférée au l*"" novembre,

Jupiter trônant dans sa cour de dieux et de déesses faisait officiellement place au Christ entouré des saints et des saintes qui l'ont raconté, prêché, servi, attesté par leur vie et par leur mort.

La canonisation succédait à l'apothéose. L'apothéose était la canonisation païenne, consacrant les vertus guerrières, politiques, sociales, des héros, des fondateurs de cités, des bienfaiteurs de l'humanité. La cano-

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nisalion esl l'apolliéose catholique, coDsacraiiL l'excellence dea fidèles dans la foi, dans l'espérance, dans la charité et dans les vertus ascétiques.

Tout-comme Janus étaiLlegardien vigilant de l'Olympe et en ouvrait les portes, saint Pierre «era le portier sévère du Paradis et en tiendra les clefs. A la déesse de la beauté et de l'amour succédera la Madone, réunissanl toutes les grâces de la virginité et de la malerDÎté. Au jeuni: ttacclius le triomphateur des Indes, debout sur son char de fleurs au milieu des ivresses de la victoire, s'opposera un Frani;ois Xavier, l'apôtre des Indes, mourant dans une ile de la Chine au cours de ses conquêtes sur les Ames. A Mars, le dieu des hataitles, fera vis-à-vis un saint Michel, le chef des milices célestes. Mercure, le messager ailé de Jupiter, se retrouvera dans l'archange Gabriel. Le gigantesque saint Christophe sera l'Hercule catholique. De niëme qu'il y avait un Plutus, dieu de la fortune, qui présidait aux fructueux profils, il y aura un Antoine de Padoue, le thaumaturge des gens en peine, donnant prospérité aux entreprises de toute sorte, contre du bon argent mis dans ces troncs dont l'invention remonte aux pontifes du paganisme.

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Dans le ciel catholique il n'y a pas cet éclectisoil l'Olympe païen où une place est ostensiblement faite aa vice et au crime. Toutefois, à cûlé des saints qui sont restés dans les larges voies de l'humanité et ne se sont mis ù part que par la sublimité des vertus dont s'accompagnait leur active piété, combien n'y en a-t-il pas qui n'ont rien ni des héros ni des sages que l'antiquité offre à noire admiration !

Certains font de leurs bonnes actions d'u

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céments sur le paradis; damnent charitablement qui ne pense pas comme eux ; sont vindicatifs dans leur mansuétude, orgueilleux dans leur humilité, intéressés dans leur désintéressement. Beaucoup brûlent d'un zèle sincère mais fanatique ; anathématisent la nature comme foncièrement mauvaise et corrompue ; désespèrent du progrès social; n'envisagent que Dieu et le ciel; n'ont de famille et de patrie que TEglise.

Ne faut-il pas convenir que la biographie des grands hommes de Plutarque offre un autre intérêt que celle de ces religieux qui s'immobilisaient au haut d'une colonne et faisaient leur idéal de jeûner, se macérer et prier dans leur étroite guérite ?

Comme nous comprenons le pieux Erasme qui, chaque fois qu'il lisait la vie de Socrate, avait bien de la peine à s'empêcher de dire : « Saint Socrate, priez pour nous ! » On remplacerait volontiers un saint Siméon le Stylite, un saint Labre, par un saint Epictète, un saint Aristide ; et près de saint Louis, si justement canonisé, on aimerait à voir figurer saint Marc-Aurèle.

Les païens multipliaient les représentations des dieux, comme les catholiques multiplièrent les représentations du Christ, de la Vierge et des Saints. Mais faut-il croire que les Grecs et les Romains imaginaient que les dieux quittassent l'Olympe pour se loger dans les statues où ils étaient représentés? Non évidemment. Parmi les prières païennes qui nous sont demeurées, on n'en trouvera pas une qui s'adresse aux images de la divinité.

Toutefois, il est sûr que Içs prêtres ne négligeaient rien pour attacher aux statues dont ils avaient la garde telles ou telles vertus miraculeuses et attirer ainsi la

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foule des dévots duos leurs sanctuaires. Les fidèles A saietit des fltturs el des ilambeaux devant ces images sacrées, les porlaieut Iriumidiilement dans des processions, se prosternaient devant elles en énuméraot ies vœux qu'ils désiraient voir exaucés. Fait-on autrement aujourd'liui? Prétendre qu'il n'y a pas d'idoUtrïe dans les usages callioliques revient à dire que les païens ne furent pas idolâtres.

Dos le iV^ siècle avant l'ère chrétienne, Platon attaquait dans le monde antique les mêmes superstitions qui ont rellcuri dans le monde calboliquc. En un endroit de son livre sur l'État ou la Hé[)ubtique, il nous montre les prôlres païens jouant auprès du riche le rôle de sorciers et lui garantissant qu'en vertu d'un divin privilège ils peuvent le faire Léuéfieier, lui et ses ancêtres, d'une entière expiation des fautes commises. Que si lo richu refusait son concours ou leur était avare de ses oITrandes, ils le menaçaient des plus grands tourments dans les enfers. A propos de quoi le philosophe remarque que de telles superstitions font la partie belle aux malhonnêtes gens, puisqu'elles leur ménageai le moyen de concilier avec le (irolit de leurs crimes l'impunité de la part des dieux. Dans un autre dialogue relatif à la prière, après avoir établi que nous ne saurons jamais si le succès de nos vœux ne nous apporte pas les pires maux, Platon enseigne que, sans fatiguer la divinité de souhaits trop souvent téméraires, nous devrions nous recommander à elle par de bonnes actions. Aux Athéniens, qui mettent leur conliance dans les pompeuses cérémonies ou les copieuses oUrandes, il oppose tes Lacédémouiens se contentant de demander que /ou/ frai < fiien leur soi/ (/is/irnsil tandis qu'ils s'acquitteront MUj^J

mêmes de leurs devoirs; el il fait déclarer par Jupiter Ilammon que la simple prière des Lacédémoniens est infiniment au-dessus de toutes les dévotions des autres Grecs.

Processions, neuvaines, eau bénite, saintes huiles, ornements sacerdotaux, jeûnes, jubilés, reliques, pèlerinages, chapelles miraculeuses, statues miraculeuses, sources miraculeuses, autant d'emprunts du catholicisme aux religions existantes.

En se mettant dans les meubles des anciennes religions, la religion nouvelle suivait la politique qu'a prônée au vi"^ siècle le pape saint Grégoire le Grand, quaad il disait qu'il y aurait folie à vouloir convertir tout d'un coup des âmes incultes; que qui veut atteindre au faîte s'y élève par degrés, non par bonds ; qu'au lieu de renverser les temples païens il faut s'y établir et y installer des reliques chrétiennes à la place des vieilles idoles. Et en effet, ce fut la tactique des missionnaires de la papauté, dans l'Armorique et dans la Grande-Bretagne, de christianiser les menhirs ou les dolmens druidiques en les surmontant d'une croix, et de sanctifier les miracles traditionnels des fontaines sacrées en substituant à des patronages de fées des patronages de saintes.

La correspondance des fêtes chrétiennes avec les fêtes païennes ou juives, démarquées, transfigurées, fit que le peuple n'eut pas à soufTrir d'un trop grand changement dans les usages.

La joyeuse fête de Noël prit la place des fêtes de Saturne et fut fixée originairement au six janvier (date maintenue chez les orthodoxes grecs), puis au vingt-cinq décembre, quoique saint Luc témoigne que la naissance

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lie Jésus eut lieu à la belle saisoa, quand il nous moi les bergers île la Palesline passant la nuil iiux champs. Les Saturnales se retrouvent dans les festins de l'Èpi- [ilianic, où l'habitude s'est établie de faire des rois et des reines d'un jour, et aussi dans les réjouissances du carnaval. La Semaine sainte, Pilques, la Pentecôte, sont autant de lransrig:uralions de soleiinités juives. Les Rogations reproduisent les prières publiques et les processions des [toniains pour la prospérité des fruits de la terre. La fête des Lupercalcs, avec ses torches brûlant en l'honneur du dieu Pan, revit dans la Chandeleur avec ses chandelles allumées et bénies en l'honneur de la présentation de Jésus au Temple. Les feux de la Saint- Jean furent substitués aux feux de joie en l'honneur du Soleil, l'^t combien d'autres analogies !

Les apjicllatioDS païennes des jours el des mois persisteront : mardi, jour de Mars; mercredi, jour de Mercure ; vendredi, jour de Vénus ; janvier, mois de Janus; février, mois des expiations ; mars, mois de Mars ; juin, mois de Junon ; juillet, mois de Jules César ; aoàt, mois d'Auguste. Que si septembre, octobre, novembre, décembre, signifient septième, huitième, neuvième, dixième mois, c'est que le monde romain faisait commencer l'année au mois de mars, avec le printemps.

Les fêtes catholiques, comme les fêtes païeanes, devinrent des représentations de l'événement qu'elles rappelaient. Noël avait sa crèche; l'Epiphanie ses rois mages; le Jeudi Saint son cénacle; le Vendredi Saint son chemin de la croix ; PAques son simulacre de la résurrection, et la Pentecôte ses étoupcs enllamméos figurant l'embrasement des âmes par l'Esprit Saint.

La religion nouvelle imite les solennités

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Ihéisme ; et les arls plastiques ainsi que la musique sont mis au service du culte. Les païens du iv" siècle admiraient dans les basiliques naissantes le faste des costumes, Tordonnance des pompes, Tharmonie des chants. Quel contraste avec les simples commémorations des premiers temps, qui tiraient toute leur majesté de la foi profonde et de Fonction sainte des âmes!

Le catholicisme, comme le polythéisme, inspirera le ciseau du sculpteur et le pinceau du peintre. L'art catholique aura ses Âpellc, ses Zeuxis, ses Phidias et ses Praxitèle.

Mais n'est-il pas remarquable que la même Église qui fait une loi aux fidèles d'observer les commandements de Dieu, désobéisse elle-même au premier de ces commandements, lequel prescrit de ne point faire d image taillée ni de représentation quelconque^ et à plus forte raison de ne point se prosterner devant une figure, quelle qu'elle soit.

Par une suite de ce précepte, une statue d'Abraham ou de Moïse aurait été chez les Juifs une abomination ; et nous voyons que les Mahométans, fils spirituels des Hébreux comme les chrétiens, ont hérité de leur pieuse horreur des images.

Les chrétiens primitifs pensèrent de même. Arrière les images ! On doit en laisser l'usage au paganisme idolâtre. Suivre son exemple serait attacher le corps vivant du christianisme à un cadavre en pourriture. Il n'y u pas à figurer le Christ, il y a à Timiter. Telles sont les idées qui prévalent chez Tertullien, saint Epiphane, Lactance, Minucius Félix, et sur lesquelles on se régla pendant les premiers siècles.

C'est aillai que les Itoiiiains liooorcrent les dieux sans leur élever des slalues durant environ deu\ cents ans. A propos de quoi Varrou fait remarquer que,, s'ils eussent conservé celte coulunie, le culte des dieux eût été plus pur et plus saint.

Même au iv' siècle, saînl Augustin reconnaîtra la légitimité du précepte biblique, en constatant que ceux qui ont les yeux sur des images pendant leurs prières sont païens.

Mais, la persécution finie, quand ils purent à leur aise briser les idoles ou images païennes, les chrétiens victorieux trouvèrent tout naturel d'avoir leurs idoles ou images chrétiennes. Plus d'idoles à combattre ! Ayons nos idoles !

En vain, au viii° siècle, le quatrième concile de Constantinople condamnera toutes les images comme subversives de la foi; en vain au ix' siècle, Claude, le docte évèque de Turin, déclarera que le culte rendu aux croix, parce que Jésus-Christ a expiré sur une croix, est aussi ridicule que le serait un culte rendu aux barques parce que Jésus a prêché sur une barque; en vain l'archevôque Je Reims, llincmar, dira que l'usage des statues ne peut que faire du catholicisme un culte de poupées, et ae montrera disposé à Jeter la malédiction aux sculpteurs, à l'exemple de TertuUien qui disait qu'ils étaient coupables du crime d'adorer les idoles, eux qui étaient cause qu'on les pût adorer; eu vain Agobard. l'illustre archevêque de Lyon, enseignera que tout ce culte d'images est une dérogation aux usages de la primitive Eglise et qu'il ne saurait en résulter que de déplorables superstitions. La décision favorable du second concile de Nicée, tenu en 787, fera loi, et on approuva

toutes ces représentations en bois, en métal^ en pierre, en toile, comme autant de livres de la religion où les plus ignorants peuvent lire.

Après tout, pourquoi le génie des arts ne mettraitil pas ses merveilles au service de Tidée religieuse? Pourquoi l'esprit de Thomme ne s'élèverait-il pas à Dieu au milieu des hymnes et des cantiques, parmi les enchantements de l'architecture, de la sculpture, de la peinture, mariant leurs créations pour Texaltation des cœurs ?

Il suffit qu'ici rien ne sente le boudoir ou le théâtre ; et que l'esthétique ne se départe pas de cette simplicité évangélique dont le fond austère n'exclut ni le gracieux, ni le grandiose. Tout y doit respirer et inspirer la sainteté.

Quand l'imagination et la sensibilité sont frappées, ridée se fait vouloir, l'âme se transfigure, et l'être entier est conquis.

Les choses seraient donc pour le mieux si, n^altribuant aux formes sensibles qu'une valeur commémoralive ou suggestive et se gardant d'en exagérer l'usage, on eût toujours pensé qu'elles ne peuvent jamais être qu'un accessoire utile qui ne tient en rien à la substance de la religion, et que ne pas les admettre ne serait aucunement altérer l'essence de la foi.

Mais quel n'est pas le mal si les fidèles sont induits à avilir la nature divine en lui prêtant les passions et les faiblesses de la nature humaine et à se représenter Dieu et les saints à l'image d'un roi et de sa cour, si bien qu'en haut la faveur règne à la place de la justice, et qu'en bas, par l'entremise du prêtre, des offrandes obtiennent ce que devrait obtenir la seule vertu?

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Le nom «Je superstition s'applique Lien à cet ai (le formalités dont se fait autant d'obligations une (licté ignorante et crédule. On met sa contiance dans d'inei>tes simulacres, dans des formulaires creux, dans des cérémonies puériles, duns des pralitities stériles; et trop souvent les faux devoirs qu'on se crée font négliger les véritables.

Saint Paul, lui, célébrait la sainte liberté apportée aui: hommes par l'évangile, et il opposait aux servitudes de l'ancienne loi la spiritualité de la loi nouvelle toute fondée sur la foi et la charité.

D'après ses leçons, l'essentiel de la religion n'est pas dans le cérémonial du culte, mais dans la purilication des âmes; et, comme l'avaient dit les grands prophètes il'Isracl, les oeuvres de justice et de miséricorde sont l'olTriinde que le créateur attend de ses créatures. Ft des ergotages sur les foies à chômer ou les jeûnes à observer! L'important est que le cœur, ce foyer des mauvaises pensées et des mauvaises actions, soit tournt^ vers Dieu et purgé de ses vices. « Au\ puis tout est

Les plus sages parmi les docteurs du catholicisme conviennent d'abus introduits et reconnaissent que les pratiques accréditées contrastent avec les décisions de divers conciles où nous relevons, entre autres, les principes suivants : Le culte qu'on rend ù la divinité est un culte d'adoration. Le culte qu'on rend aux saints ut aux saintes est un culte de vénération. Le culte qu'on rend à Marie est le culte de vénération le plus grand qui soit possible ; mais cette vénération ne doit jamais être de l'adoration. 11 faut honorer et respecter les

honorer et respecter encore plus la Vierge ; mais Dieu seul doit être adoré. Nous pouvons intercéder la Vierge et les saints, qui à leur tour intercèdent Dieu ; mais c'est de Dieu que vient toute grâce. Nulle image, nulle relique, nul sanctuaire ne possède quelque vertu ou quelque influence céleste. On doit seulement confesser que Dieu accorde parfois de grandes grâces à leur occasion.

Entre habiles, on avoue le mensonge des légendes sur lesquelles furent bâties des vies de saints tout à fait imaginaires, telles que celles d'un saint Roch, d'une sainte Catherine, d'une sainte Marguerite; on reconnaît même que les moines du moyen âge s'attelèrent à une vaste entreprise de romans pieux où leur fantaisie mettait ses inventions à la place de la réalité qu'ils ignoraient.

Mais on professe qu'il faut être indulgent pour des récits chimériques dus aux altérations cérébrales que produit, selon saint Jérôme, l'excès des jeûnes et dès rnortifications ; on excuse, avec Grégoire le Grand, l'ingénuité de ces saints qui « disent par une inspiration ijui leur est propre des choses qu'ils attribuent naïvement à l'inspiration divine » ; et on estime, avec le jésuite Feller, qu'il faut bien pardonner aux auteurs ecclésiastiques des impostures qu'ils ont crues méritoires, puisqu'ils ne visaient qu'à l'édification des âmes simples et crédules.

Ce n'est pas tout. Les théologiens répudient ces réserves des vieux philosophes qui enseignaient qu'il est préférable de ne se faire sur les dieux aucune opinion que de s'en faire une qui leur est injurieuse ; ils imaginent que la créance donnée aux fables les plus absurdes peut tourner au bien de l'Eglise ; ils tolèrent

Fadiue. — Pensée chrélicnne. 26

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enQn, sous l'abri île la formule facile in luto [fe/a peut sans ble^aer la conscience) celle hypocrisie cliarlatanesque qui joue avec les choses sacrées, celle extravagance mystique qui accrédite les pratiques les plus allé lissantes. A l'exemple de Joseph de Maisire, on voit dans les superstitions des oucr/it/ps avancés de la religion qu'il serait imprudent de détruire; on professe que ressentiel reste sauf pendant que la critique s'en prend à ces superfétalions Ju culte ; et on trouve politique de laisser à l'impie cet os à ronger, sans songer à la foule de désillusionnés, qui s'autorisent des insanités de la foi religieuse pour condamner tout sentiment religieux et même rejeter tout frein moral.

Le culte des reliques qui, non plus que le culte des images, n'avait jamais existé dans la vieille religion pratiquée par Jésus et ses apôtres, s'établit dans 1& religion nouvelle à mesure que se consolida le sacerdoce et que se multiplièrent les néophytes venus du monde polythéiste.

Ce n'était pas assez d'adorer Jésus qui n'avait jamais prétendu être adoré. Sitôt qu'à la suite des empereurs les peiens entri:rcnl en masse dans le giron de l'Église, on vit se développer la superstition des reliques et la foi dans leur merveilleuse puissance. Dès le iV siècle, les corps saints cessent d'être simplement vénérés pour devenir des fétiches dont on attend des miracles.

Voici le cri d'alarme que poussait saiut Augustin au v" siècle, dans une lettre adressée à Aurèle, l'arclievëque de Carlhage : u Soldats du Christ, ne recoanaissoK-vous pas les ruses de l'insidieux ennemi? C'est le démon qui a semé partout ces moines hypocrites qui

vagabondent par les provinces et ne se fixent nulle part. Ils vont promenant des reliques de martyrs vraies ou prétendues; vantent leurs amulettes; prient qu'on leur donne, et de leur pauvreté se font des richesses. »

Bientôt l'usage s'établit de jurer par les reliques comme les anciens juraient parleurs dieux; et il sembla qu'une église ne pouvait être un sanctuaire sacré, si elle ne possédait sur ses autels des reliques de Jésus, de la Vierge et des saints, parties quelconques de leurs corps, ou objets ayant servi à leur usage, voire à leur supplice.

Plusieurs reliquaires conservent précieusement soit le cordon ombilical du (ils de Marie, soit des lambeaux de chair qu'on présente à la vénération des fidèles comme ayant été détachés du prépuce de Jésus le jour où, en bon petit juif, il fut circoncis. On montre la couronne d'épines qui fut dérisoirement placée sur la tête du Christ, l'éponge qu'un soldat lui présenta trempée de vinaigre et de fiel, les courroies qui l'attachèrent au gibet, les clous dont furent percés ses mains et ses pieds, le suaire qui servit à l'ensevelir, l'inscription qui surmonta sa croix, et celte croix elle-même.

Où ne possède-t-on pas du bois de la vraie croix ? Vingtcinq ans après sa prétendue découverte sous Constantin, on en avait déjà coupé et distribué tant et tant de morceaux que saint Cyrille de Jérusalem disait, avec une touchante naïveté, qu'il en était de ce bois sacré répandu dans toute la terre comme des cinq petits pains dont Jésus nourrit miraculeusement cinq mille hommes dans le désert.

Dans divers départements de France et dans presque tous les pays d'Europe, des églises se vantent de posséder quelques gouttes du sang de Jésus et organisent la procession du Précieux Sang.

iOi LE DOGMATlSMt: CATFIOLIQL'K

Et les gouttes de lait de la Vierge, qui i conipte ? On possède aussi en maints endroits, surtout en Espagne, de ses larmes, de ses cheveux, son peigne et son voile.

Quant aux saints et aux saintes, un gros volume ne sufiîrait pas à l'énuméralion de leurs reliques, des miracles dont elles ont le privilège, des indulgences qui y sont attachées. On baise de vieilles sandales rapetassées et des mouchoirs souillés de mucosités séculaires, avec l'espoir d'eo obtenir des grâces.

Des cadavres, où les lîdêles de Jéhovah et de la loi du Sinui n'auraient vu qu'iiiipurelé, les fidèles de la papauté les ont dépecés pour en faire des objets de culte.

Dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, des béoéficiers procèdent périodiquement à l'ostension solennelle des reliques; et on fait passer tour à tour sous les yeux des tiilèles agenouillés, un doigt de saint Luc, une épaule de saint Jean Chrysoslome, un bras de sainte Marie l'Egyptienne, des cheveux de saint Pie V, une jambe do saint Pierre d'Âlcantara, bref toute sorte de débris sacrés. Une vertu est attachée aux membres des saints et aux objets qui les ont touchés.

Que dire de la concurrence des reliques? La saÏDte tunique du Christ, qui fut tirée au sort par les soldats romains après sa mise en croix, ne se trouve pas seulement à Argenleuil; elle so trouve également à Rome et dans une vingtaine d'autres lieux. On compte jusqu'à trois tètes de suint Jean-Baptiste.

Une imagerie niaise, avec ses légendes béates, donne de la vogue a tant d'exhibitions extravagantes, et entrelient les démonstrations pieuses, les offrandes, les pèlerinages dont elles sont l'objet.

LE PAGANISME CATHOLIQUE 40a

D'un bout à Tautre de la catholicité, les patronages miraculeux se sont multipliés. Il y a le saint qui fait pleuvoir et le saint qui détourne la foudre. Il y a la sainte qui fait trouver un mari et la sainte qui fait avoir des enfants. Bretons et Irlandais se prosternent devant différentes niches selon qu*il s'agit de chasser la fièvre ou de chasser la colique. Pour un abcès, adressez-vous à saint Mandez ; pour Tépilepsie adressez-vous à saint Gilles.

Pendant longtemps les saints guérisseurs ont été plus courus que les médecins. Gela valait aux prêtres, inlercesseurs attitrés près des divers sanctuaires, une énorme quantité de tributs reconnaissants. Il suffîsait d une relique bien achalandée pour enrichir une paroisse. La mine la plus riche du globe est pauvre à côté de cette mine incomparable qu'a été et qu'est même encore la crédulité des dévots.

Il s'est rencontré pourtant des hommes d'église àqui a répugné l'exploitation des reliques. Au xii*' siècle, Etienne de Muret, fondateur de l'ordre religieux de Grammont, était mort en odeur de sainteté. On lui attribuait des prodiges. Son successeur, l'abbé Pierre de Limoges, s'agenouilla auprès de son tombeau et dit : « 0 serviteur de Dieu, nous savons que tu es un saint; mais épargnenous tes miracles ; car tu changerais notre solitude en place de foire. De grâce, mets un terme à la renommée qu'on te fait au détriment de notre salut ! Sinon, je jetterai les restes à la rivière. » Mais voici que le bon abbé fut remplacé par un autre révérend moins scrupuleux. L'engouement et la crédulité du peuple aidant, les miracles continuèrent. L'abbaye regorgea d'or et regorgea encore plus de vices.

Une corrélation existe en elTet entre la superstition et la démoralisation. Non seulement la superstition, ennemie de la liberté et de la tolérance, favorise les rigueurs du despotisme et les persécutions du fanatisme, là où elle règne ea maltresse ; mais encore elle abAtardit les consciences.

Grùcc aux encouragements donnés par l'Eglise à ce fétichisme atavique que tout homme a dans le sang, on ne vise qu'à exorciser la nature pour changer le cours des choses, au lieu de travailler à se changer soi-même. Grand saint, faites que je gagne ce procès ! D'être juste et d'avoir pour soi le bon droit, ou n'a souci. Grand saint, donnez-moi la fortune ! Et on croupit dans la paresse. On est dressé aux petites dévotions, non à l'action droite, saine, féconde.

Qui n'a vu, surtout dans certaines cités d'Espagne et d'Italie, de ces dévots, prompts à tout vénérer et ii tout profaner, qui allient la religiosité la plus grimacière à l'immoralité la plus cynique ? La courtisane et le voleur sollicitent égalejnentla madone pour qu'elle leur ménage de riches proies, sous peine de u'èlre plus la bonne vierge. Maint Napolitain admettra que vous doutiez de Dieu, mais non pas que voua doutiez des pleurs de la statue de saint Janvier. Plus proche est Rome, plus accentué est le paganisme.

C'est à Rome que se trouve cette basilique de Sainte- Marie Majeure ou Notre-Dame des Neiges, dont l'emplacement, as3ure-t-on, a été désigné, au iv" siècle, par une chute soudaine de flocons neigeux tombant d'un ciel clair, el où est exposée aux regards des croyants la prétendue crèche qui servit de berceau à Jésus nouveau-né- On en fit de bonne heure un centre de dévotions el de miracles, grand rendez-vous de la chrélienlé.

Plus fameuse encore que Noire-Dame des Neiges a été Noire-Dame de Lorelte, dans les Etals du Pape. Le clergé découvrit un beau jour que la maisonnette authentique de la Sainte Vierge, menacée de destruction par les Sarrasins, avait élé transportée là par les anges : ce qui n'empêche pas les moines de vous montrer, à Nazareth, une bâtisse qu'ils vous signalent comme Tantique domicile de Marie. Innombrables et encore innombrables furent les miracles attribués à Lorette, dont Sa Sainteté le pape Sixte-Quint a été le principal metteur en scène. Pèlerins et trésors y ont afflué.

Si rilalie possède Notre-Dame de Lorette, l'Espagne possède Saint-Jacques de Compostelle, la grande foire aux reliques du moyen âge.

Des paysans avaient découvert un sarcophage antique près de Compostelle; et le clergé de la Galice se mit en tète que c^était le tombeau de Tapôtre saint Jacques, mort à Jérusalem. La légende s'établit; des miracles opportuns la confirmèrent; et jamais il n'y eût de pèlerinage plus suivi que celui de Saint-Jacques de Compostelle. On s'y rendait des points les plus reculés de la chrétienté. Pendant un millier d'années, ce ne furent qu'incessantes allées et venues de toutes gens, nobles ou roturiers, portant la gourde et le bourdon. Les ex-voto s'ajoutaient aux ex-voto.

Cependant, rien n'est mieux établi que la fausseté de la légende, je ne dis pas aux yeux des profanes, mais aux yeux même du clergé; et naguère encore, sous ce titre Saint' Jacques en Galice^ un prélat, M^*" Duchesne, démontrait, après bien d'autres, le néant du conte sur lequel s'édifia la merveilleuse fortune des prétendues reliques de l'apôtre saint Jacques.

rtéunissez les miracles allnbués à Notre-Dame de lu Salelto, à Noire-Dame de Lourdes, au Sacré-Cœur, eiifin à tous les sanctuaires courus en ces derniers temps, vous n'approcherez [las du total des miracles qui ont été attribués aux fausses reliques de Saint-Jacques de Compostelle et à la fausse maison de Notre-Dame de Loretle. Mais, d'autre part, ajoutez tous ces miracles les uns aux autres, groupez en un seul bloc tous les miracles attribués aux sanctuaires catholiques passés et présents, vous n'approcherez pas du total des miracles que les païens proclamaient authentiquement opérés par un Esculape, un Apollon, une Diane.

Ce n'est pas simplement Ëphèse, Delphes, Êpidaure, qui voyaient se dérouler d'immenses processions de pèlerins et dont les temples étaient couverts de tablettes votives, où s'exprimait la reconnaissance des dévots rapportant à leurs dieux des merveilles qui, quand elles étaient réelles, étaient le simple produit de fortes imaginations mises en branle par la foi. Les sanctuaires miraculeux abondaient dans toutes les contrées, surtout dans celles qui, comme la Thessalie. étaient favorisées d'un air vivifiant et de sources salutaires. La croyance à la théurgie médicinale, c'est-à-dire à la ^uérisun des maladies par l'intervention des dieux, était universelle.

Aux lieux qu'une divinité favorisait de ses préférences pour y opérer des prodiges ou y rendre des oracles, toui un monde d'ouvriers vivait des représentations qu'oa faisait du dieu, tout un monde de commerçants vivait de l'afQuence des pl'Ierias; et la population n'entendait pas qu'il fût touché à une dévotion qui était la fortune du pays. C'est ainsi qu'à Éphëse, k graude Diane fut longtemps une intarissable source de revenus dont Lourde»

est loin de nous donner l'idée. Aussi quelle rumeur, quelle révolte, quand la prédication chrétienne vint mettre en danger les bénéfices séculaires, prélevés sur la crédulité païenne ! Saint Paul nous en a laissé le témoignage.

En matière de merveilleux, les patrons du catholicisme n'ont été que des écoliers. Il y a loin des petits miracles contés par Marc, Luc et Mathieu, aux prodiges grandioses mentionnés dans la théogonie grecque, dans les légendes indiennes, ou même dans les livres mosaïques.

Seul l'évangile dit selon saint Jean, évangile tout dirigé à la déification du Christ et à l'édification des chrétiens de la fin du i""" siècle, attribue à Jésus deux grands miracles, quand il nous le montre rendant la vie à Lazare mort et la vue à Taveugle-né.

De tout temps, la divination et les guérisons avaient été la menue monnaie des thaumaturges; mais il n'était pas rare qu'on parlât aussi de morts rappelés à la vie. Dans ce remarquable livre sur les Prescriptions contre les hérétiques dont s'est tant inspiré Bossuet, ïertuUien reconnaît qu'en dehors de l'orthodoxie chrétienne il existe des hommes d'une haute vertu, occasion de scandale pour les chrétiens faibles qui en sont ébranlés parce que, au lieu de juger des personnes par la foi, ils jugent de la foi par les personnes ; et il ajoute que ces mécréants peuvent alléguer en faveur de leurs fausses et pernicieuses doctrines le prestige des miracles, vu qu'il est notoire qu'ils ont « guéri des malades, ressuscité des morts, prédit l'avenir ». Bien entendu, ce sont-là, selon lui, des coups malins du démon.

10 LE IIOGMATISME CATHOLIQUE

Lucien disait non sans raison que, quand ud tidn

preslidigilaleur se faisait clirélien, il était sur de faire fortune.

Mais beaucoup faisaient mieux fortune en restant païens.

C'est en effet dans les religions autres que la religion du Christ, qu'il est le plus question de prodiges purement étonnants et sans portée morale.

Pourtant, parmi les miracles sans nombre que se racontaient sur leurs dieux les fidèles du paganisme, il y en avait aussi d'édifiants. Telle rhisLoîre d'Alceste, qui, après avoir donné sa vie pour raclieter de la mort son mari, est ramenée des enfers par Hercule. Telle encore l'histoire de Pliilémon et Baucis, époux hospitaliers que Jupiter récompense en les dotant d'une seconde jeunesse et en changeant leur cabane en un temple de marbre dont ils deviennent les ministres.

Dans les livres sacrés de l'inde, les miracles qui sont une œuvre d'équité, de charité, de miséricorde, surabondent; et la sphère de leur action bienfaisante s'étend au-dessous de l'humanité, jusqu'aux animaux nos frères infàiettrs. Ajoutez qu'en outre de nombreuses guérisons, il y est question de pèclie miraculeuse, de figuration et de résurrection.

riailer I

C'est surtout les musées d'archéologie qu'il faut riailer pour faire un voyage à travers tant de religions mortes qui eurent leurs longues périodes de vitalité dans les civilisations disparues. On y trouvera entassés des yeux, des oreilles, des jambes, en pierre, en terre cuite, ea métal, antiques ex-voto qui témoignent du prestige d'étranges idoles dont les prêtres d'alors disaient : « Par leur toute-puissance les aveugles voient, les sourd»

entendent, les boîleux marchent. » On y trouvera figurées toute sorte de scènes qui témoignent qu'aujourd'hui et hier se ressemblent. Mêmes suggestions, mêmes illusions, mêmes impostures.

Splendeurs éteintes ! Grandeurs évanouies ! Des colosses sacrés aux pieds desquels se prosternaient à Memphis et à Babylone les multitudes, tour à tour tremblantes et reconnaissantes, n'ont été sauvés de la poussière que pour enrichir nos collections et devenir l'amusement de la curiosité publique.

Que de simulacres, maintenant révérés, iront un jour s'enterrer dans les mêmes nécropoles d'antiquailles et inspireront eux aussi aux générations futures un étonnement mêlé de pitié !

Dans les religions, il en est de la superstition comme de cette ivraie qu'on trouve dans les meilleures terres. Partout, soucieux de s'assurer richesses et prééminences, les sacerdoces ont développé la superstition, au lieu de travailler à la réduire ; partout ils ont fait dans le culte la part de plus en plus grande à l'automatisme, au lieu de n'en tolérer que ce qu'exige l'infirmité humaine pour aviver et maintenir l'esprit religieux; partout ils se sont étudiés à compliquer les rites, à multiplier les observances, à vulgariser les mythes les plus contraires au bon sens ; partout ils ont exploité la terreur par un savant étalage de chimères et ont sollicité les âmes à mettre leur confiance dans des choses impuissantes; partout, quand ils se sont prétendus en possession de livres révélés, ils ont fait aux peuples étrangers un crime de l'ignorance de ces livres ; partout, quand ils se sont mêlés de spéculations théologiques, ils ont eu le parti pris de

m LE DOGMATISME CATHOLIQUE

mater ta raison, celle révélation universelle, d'imagînef les iloclrioes les plus absurdes, el de mettre la force au service du dogme; partout ils ont voulu qu'on n'eût de choix qu'entre l'îdolAtrie et l'alhéisme, entre la servitude iulellcctuelle et l'irréligion, comme s'il n'y avait pas de place pour une religion do l'esprit laissant les âmes libres sans les laisser désemparées ; partout ils ont favorisé ces prières qui cessent d'être de salutaires élévations de l'ilme à Dieu pour devenir des appels intéressés aux miracles ; partout ils ont sollicité l'Iiomme à s'estimer un objet assez important pour que l'Être suprême renverse à cause de lui l'ordre de l'Univers, entre dans ses querelles, et, selon le mot do Montesquieu, fasse à fout momc7il des choses dont la plus petite mettrait la nature en engourdissement. El quelle religion ne paraîtra la véritable, si ou consent à tenir pour vrais les miracles qui y sont affirmés par des témoins et considérés comme certains par le peuple'?

Cependant, plus il esl entré de raison dans la manière de penser des hommes, moins ils ont admis rinlerruption du cours naturel des choses. Si la foi aux miracles fût jamais universellement florissante, ce fut à des époques où manquait le sens critique, parmi des dévots dressés à se métier de l'esprit d' examen, croyant sans voir clair, opinant sur commande.

Le vulgaire dit qu'il y eut un temps dos miracles et que ce temps n'est plus. Ce qu'il faudrait dire, c'est qu'il y eut un temps de crédulité aux miracles. L'enchaînement rationnel des phénomènes était jadis ce qu'il est aujourd'hui. Mais on ne le voyait pas du m&mc œil. L'imagination y trouvait ce que la foi y cherchait. Elle est bien

vraie et elle porte plus loin que ne l'imaginait son auteur, celte parole de Bossuet : « Le plus grand dérèglement de Tesprit est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient. »

Encore faut-il constater que, parmi les triomphes de la science devenue la grande thaumaturge, la foi aux miracles persiste dans les milieux et parmi les hommes fermés à Tesprit scientifique.

Nous ne devons donc pas nous étonner si, chez l'éternel peuple des sots, une recrudescence de la déraison a répondu aux progrès de la raison et a fait trouver menteurs les philosophes qui proclamaient que le triomphe des lumières avait définitivement dissipe les ténèbres de la vieille religiosité.

C'est ainsi qu'un redoublement des superstitions païennes marqua l'agonie du paganisme. Les inventions niaises de la magie sacerdotale se multiplièrent au lendemain du siècle où Gaton s'étonnait que deux augures pussent se regarder sans rire, et où Cicéron disait qu'il ne se trouvait plus une vieille femme pour croire aux mystères des sacrifices.

Au temps même de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, la congrégation des rites approuva et le souverain Pontife imposa un culte dont la conception était venue, dans ses nuits d'hystérie, aune pieuse visionnaire qui eut pour directeur le jésuite Lacolombière, pour biographe l'évèque de Soissons Languet, pour appui la Compagnie de Jésus et bientôt la majorité de l'épiscopat.

Cette visionnaire, dédaignée au xvii® siècle, prise au sérieux au xviii®, pleinement triomphante au xix% était la sœur Marie Alacoque, personne si précoce que, dès l'âge de trois ans, elle s'écriait : « Mon Dieu, je vous

414 LE IMUlÀllSME CATHOUQUE

c^MUSfecr^ OMi |^ftn^lê et bis rœa de chasteté perpétuelle », |i c c >^MW si privilégiée <pi'aa coarent des visitandines ie PwmT le IbaïaK Jésus se faisait mystérieusement ^^ftlir à elle. l«i a{^)«riissail bientôt hice à face, et fioale- Meal amdiait soo propre cœur de sa poitrine pour le Imi Jottnw. Après quoi, seloa son pieux biographe, « Jésus demanda qu'à son tour elle lui donnât son cœur pour prix du présent qu*il venait de lui foire. La sœur le lui offrit avec toute Tardeur dont elle put être capable; le Fils de Dieu le prit effectivement et le plaça dans le sien ».

L*adoration du Sacré-Cœur, consacrée par une fêle spéciale, par des temples, par des pèlerinages, par d'in* nombrables confréries et par une copieuse nomencla^ ture de miracles, a prosterné des foules devant Timage sanglante du viscère qui est Tagent de la circulation à\M sang.

Le même matérialisme religieux a engendré celte profusion de scapulaires et de médailles où la crédulité voit des talismans utiles au corps non moins qu'à Tàme. On les dit susceptibles de sauver d'un boulet ou de guérir d'une maladie ceux-là même qui les portent à leur insu.

Encore faul-il èlre dans le mouvemenl. Au cours du XIX'' siècle, qui est le siècle du dogme de Tlmmaculée- Conception, la plupart des Notre-Dame des anciens temps sont devenues hors d'usage. Elles ont fait place à une nouvelle catégorie de Saintes Vierges qui toutes sont gratifiées du titre d'Immaculées. Devant elles brûlent en Europe des millions de cierges.

Les pièces de métal bénites où est représentée Marie foisonnent plus que jamais. Dans le nombre il en est qui

ont particulièrement joui du renom de médailles miraculeuses et dont le débit fut immense. Elles portaient cette inscription : « Marie, conçue sans péché, priez pour nous ! » Le souverain Pontife les avait dotées de faveurs exceptionnelles; et elles avaient la réputation d'avoir été frappées sur un modèle dessiné par la mère de Dieu elle-même.

Chaque saint possède aussi ses médailles auxquelles des vertus sont attachées, dès que le prêtre leur a fait son incantation en les bénissant. Mais la popularité d'un saint est généralement éphémère. Tel saint est aujourd'hui en pleine lumière qui demain aura son déclin ; et tel est encore dans Tombre qui demain sera élevé sur le chandelier. Chacun son tour.

De même pour les églises, les chapelles, les reliques, les fontaines sacrées. De vieilles eaux miraculeuses ont été oubliées pour l'eau de la Salette, et celle-ci est en train d'être oubliée pour l'eau de Lourdes. Des sanctuaires fréquentés pendant des siècles sont désertés pour des sanctuaires dont la fortune est toute nouvelle.

La mode a son rôle dans les choses de la dévotion, devenue un sport comme un autre. Prières et cantiques offrent un curieux amalgame de physiologie et de sentimentalité dont les fadeurs confinent à Térotisme. Dans des églises coquettement parées où laTpiété a toutes ses aises, les airs de la vieille liturgie sont remplacés par des roucoulades d'opéra qui donnent de langoureux frissons aux belles pécheresses. « Assez de profanations ! a dit certain jour le bon Pie X. Qu'on retourne au plainchant! » Et les prélats de murmurer: « Le pape veut donc vider nos églises ? Ces attractions y amènent ceux que n'y amènerait pas la foi ».

il6 LE DOGMATISÎpllî CATHOLIQUE

Dg fait, les gens du monde ne croient guère; mut Jlt se (lisent : « Qui sait? Après Lout, l'église est un [ieu de divertisse ment comme un autre. » Et on est dévot avec les dispositions d'un joueur qui met à lout hasard deU corde de pendu dans sa pocho.

Que diraient des dévotions cattioli<jues les CicéroD, tes Sénèque, les Juvénal, jadis si indignés contre 11 piété mercenaire de ces païens qui, au lieu d'honorer simplement les dieux, ne tendaient qu'à en faire les protecteurs de leurs intérêts et de leurs passions?

Oublieuse du Christ qui chassait les marchands du Temple, rÉg lise a ses courtiers qui encaissent des primes d'assurance contre les risques d'outre-lonihe; et elle accrédite dans ses sanctuaires une sorte de bourse îles valeurs célestes dont la cote varie selon les circonstances.

A l'exploitation de la peur s'ajoute l'exploitalioa de la convoitise, si volontiers crédule. Les saints sont convertis en miraculeux agents d'alTalres, ayant leurs diverses branches d'opérations. Le plus occupé est saint Antoine de Padoue. Au tronc des demandes fait vù-t' vis le tronc des versements, scellé aux murs de l'égliMi sous une image voyante du saint en plâtre colorié. Les suppliques niaises se combinent avec les froctueuses offrandes pour requérir et payer des entremises surnaturelles qui, si elles existaient, ne seraient souveol qu'une ridicule ou odieuse complicité, au profit de sol* licitations sottes, injustes, criminelles.

Bien de plus aisé que la route ouverte aux callioliques désireux de s'acheter le salut au plus juste prix. Que faut-il? Distraire du temps donné aux affaires et aux

plaisirs quelques heures qu'on donnera à ce grand roi qui s'appelle Jésus-Christ et pour lequel TEglise a depuis longtemps abandonné Dieu le Père; faire une cour assidue à la reine-mère, aux grands faroris et aux grandes favorites qui environnent son trône; s'acquitter enfin des redevances requises envers ceux que l*onctk>n sacerdotale a faits sur terre ses fondés de pouvoir.

Gomment le Seigneur ne serait-il pas satisfait ? Pour le cas où il aurait quelques motifs de se plaindre, on s'est ménagé dans le céleste palais des protecteurs attitrés, qui ont charge d'adoucir le maître. On leur adresse des prières auxquelles sont attachées de précieuses indulgences, on porte des amulettes à leur effigie, on fait des dons à leur intention, afin d'en obtenir, outre quantité de grâces temporelles, le mérite d'une bonne mort rachetant la plus mauvaise vie.

Quelle dislance de telles pratiques à la religion pure ! Qui aime se livre-t-il à ces marchandages : je vous donne ceci; donnez-moi cela? Non. Il aime, et il aime. Bientôt, là où fut une religion qui avait ses fidèles, n'apparaîtra plus qu^un commerce qui a ses clients.

Jésus avait dit : Malheur aux riches ! L'Eglise romaine Semble dire : Malheur aux pauvres ! Avec elle qui peut le plus débourser peut le plus obtenir. De l'argent ! Et vous êtes exemptés du jeune prescrit. De l'argent ! Et le mariage prohibé devient permis. De l'argent ! Et les cas de conscience réservés sont tranchés à votre satisfaction. De l'argent! Et le crime enrichi obtient de la cour de Rome des titres de noblesse. De l'argent ! Et vous bénéficiez de remises sur votre part de purgatoire. De l'argent! Et vous ouvrez à vos proches les portes du paradis.

Pabre. — Pensée ehrélicunc. ^^

(Il LE DOGHATISHE CATUOUQUE

La fareur f]D'elle doaae à lant de basses [traliques earicliît l'Église, maïs la perd. Les plus gramls enoemîï d'une religion ne sont pas ceux qui du ileliors la combatlenl par l'exégèse historique ou la discussion philosophique; ce soQt ceux qui du dedans la minent par les excès de la superstition et du luercanlilisoie.

Qa'on ne dise pas que rejeter les gestes de la dérotioQ catholique serait déserter le christianisme. Ce aenil au contraire y rerenir.

Ce qui est évangéUque ce n'est pas d'avoir les yeux baissés et le ton papelard ; ce n'est pas de jeûner, de faire brûler des cierges, de potier des scapulaires et des médailles, d'égrener des chapelets, d'«>tre assidu aux oflices, (te n'ometirc aucun rite; c'est d'être saos cupidité, sans orgueil, sans haine, de pardonner Iw olTenses, d'opposer le bien au mal, d'aimer du fond <te riime Dieu notre père et les lionimes nos frbres, eolîll d'adorer Dieu en vérité par la pratique de toutes le* vertus.

Tolstoï demandait un jour à un paysan s'il croyait en Dieu : " llélas! non, répondit-il, je ne crois pM*" Dieu ; car je suis un pécheur. Si j'étais croyant, je 0* vivrais pas comme je vis, proférant des injures, jalo*' sanl mes voisins, buvant plus qu'il ne faut, faisant be»"^ coup de mal et peu de bien, u Ce paysan comprenait **! qu'est la vraie foi en Dieu, le vrai christianisme. '^

Dans sa parabole du bon Samaritain, le Christ opp<F : au lévite et au prêtre un do ces hérétiques que le "^ orthodoxie excommuniait. Sur le chemin gît un voj'^ geur dépouillé et laissé demi-mort par une bande C^ voleurs. Le piètre et le lévite passent outre; l'hél

soigne les plaies du malheureux et assiste son dénûment. L'homme du Christ c'est Thérétique.

Ce qui était comme perdu dans le fatras des rites et des observances judaïques, Jésus Ten avait détaché ; et il avait merveilleusement montré que le nécessaire c'est d'aimer Dieu, d'aimer le prochain comme nous-mêmes^ de faire aux autres ce que nous voudrions qui noiïs fût fait. Tout cela se trouvait dit dans la loi et les prophètes, mais y était comme un diamant enfoui sous des tas de sable. De la parole, qui, mal discernée dans la confusion des préceptes, était restée jusque-là lettre morte, Jésus fit une parole vivante, en lui donnant un ineffaçable relief, en la renouvelant dans de superbes formules, en montrant que tout était là. Or voici qu'une fois de plus l'accessoire devient le principal. Le formalisme d'une religiosité idolâtre remplace le pur esprit de la religion, et les grands préceptes de Tévangile sont noyés dans la multitude des petites dévotions.

Ce mal était inévitable, à partir du jour où l'institut <]es apôtres fit place à un corps de prêtres.

Une religion sacerdotale devient fatalement une religion de servitude, et une religion de servitude devient fatalement une religion d'idolâtrie. Comment le prêtre établirait-il son empire, s'il n'imposait l'obéissance aux Gdëles? Et comment les fidèles ne seraient-ils pas engagés dans la superstition, du moment où leur raison abdique ?

Aussi voyons-nous que l'Église bouddhiste a abouti, dans le monde asiatique, aux mêmes résultats que l'Église romaine, dans notre monde occidental. Le Bouddhisme, devançant les sublimités du Christianisme,

LE nOMMATISMi; C.VTIIOLIQI

avait remplacé l'apothéose des forces naturelles par l'apothéose des puissances morales, cl il avait eiisci§D^, avec le parfait reiionccmenl qui inale tonte coiicupisccnco, celte universelle charité qui rend le bien pour I^ mal non sculemenl aux hommes, mais même aux ani-— " maux. Les rclig-îeux lioiilJIiisles proclamèrent Bouddhi^^

un Dieu rédempteur incarné dans une vierge; ils gref-

fèrent sur les quelques faits et dils de Douddha uC^

savant assemblage de doctrines tliéologiques et de pré

ceptes ascétiques; ils créèrenl un gouvernement de^s-

consciences exercé par leurs congrégations; ils organi

sbrent des conciles; ils placèrent h la lôlc de la hiérar— "" chie ecclésiastique un prôlre suprême qui est «ne sorl^^de Dieu terrestre. Kn même temps ils apprirent ao)^^ fidèles h se prosterner devant les bèalcs imagos t\^^ Bouddhas ventrus ; ils multiplièrent les saints; ils miren ^^ h la mode les pieux pèlerinages; ils accréditèrent de» "^ légendes dorées détaillant les plus fantastiques miracles -* ils battirent monnaie avec le culte des reliques; «t oi* * peut voir, dans leurs pagodes, les fidèles en prières ^^ déposer de nches cadeaux devant des cofVrels d"or ofS» *^ on conserve ici les os de moines mendiants, là une den *"■ ^^ de Çakya-mouni, ailleurs une feuille de l'arbre quiabri-i"*

^fe tait, il y a vingt-six siècles, les mcdilalions du dirrt**" ^M solitaire.

^H Keprésenloï-vous revenu sur terre un ilrs discipleis^'

^1 qui entendirent Jésus préchant l'adoration de Dieu ci» ** ^H esprit et eu vérité, disant (jue son royaume n'est pas d»£* ^B ce monde, et ajoutant que le propre de ses apAlres ^*' ^1 sera d'être les serviteurs de tous. Supposez-le témui» *'* ^H d'une de ces grandes fêtes que Home célèbre en Vhou*'* ^B ncur dusonverain pontife. Quand, à la suite d'une longU' ^-*

LE PAGANISMK CATHOLIQUK 421

procession de dignitaires chamarrés, s'offrirait à ses yeux le grand lama de TOccident, porté sur un trône d'or, vêtu de sa chape d or, coiffé de sa tiare d'or aux trois couronnes, précédé et suivi d'un cortège splendide de prélats mitres et de gardes nobles casqués, parmi les sonneries éclatantes des trompettes d'argent et les acclamations délirantes d'une multitude prosternée, ne croirait-il pas voir une idole promenée devant un peuple d'idolâtres?

Que si on lui disait : « C'est sa sainteté le pontife roi, lieutenant de Dieu sur la terre ; c'est le chef infaillible à qui il appartient de gouverner souverainement les consciences et de dicter leur foi à des millions de fidèles )>, ne se demanderait-il pas quelle est celle nouvelle sorte de païens, et reconnaitrait-il jamais dans la caricature cléricale du christianisme la grande religion du Christ?

Bon gré mal gré, les clarlés de la philosophie, de l'exégèse, de l'hisloire, pénètrent ici et là dans les rangs du clergé. De plus en plus nombreux sont les prêtres qui rient entre eux des momeries du paganisme papisle, et qui nient au nom de la science, dans leurs conversations, ce qu'ils professent au nom du dogme dans leurs prédications. Quelles que soient les contraintes d'une discipline de fer, quelque danger qu'il y ait h encourir les haines religieuses qui sont les pires haines, on répugne à traverser la vie un masque sur la conscience; les ferments de révolte s'accumulent contre le règne de la bèlise; et il se produit des défections, pronostics de crises prochaines.

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