NI UNIVERSALITÉ NI PERPÉTUITÉ DANS LE CATHOLICISME
cains enfants de TEurope, vis-à-vis -du reste du monde, tient, non moins qu'à Tévangile^à la supériorité de leurs progrès dans la philosophie, dans la science, dans la civilisation moderne, trois forces auxquelles Rome a prodigué ses anathëmes.
Tout converge vers le triomphe Gnal d'une religion respectueuse de la philosophie et de la science, reposant sur le libre examen au lieu de le condamner, et se déclarant progressive au lieu d*afFecter Timmobilité doctrinale.
Le catholicisme est universel en ce sens qu*il dit à tous : « Venez à moi! i>et que ses missionnaires courent la terre, pénétrant et dans les déserts les plus reculés de l'Afrique et dans les petits îlots semés sur les plus lointains Océans.
Mais ni dans TOcéanie, ni dans les immenses continents de l'Asie et de TAfrique, il n'a pu acquérir une vitalité sérieuse. Les grandes religions, telles que le Brahmanisme ou le Bouddhisme, échappent à ses prises, et le grand lama du Thibet a plus de fidèles que le pape de Rome.
Sans doute quelques Chinois, quelques levantins, quelques sauvages se convertissent. Mais généralement rintérèt les décide ; leur catholicisme est superficiel, et ils continuent à vivre sur leur vieux fond de paganisme.
Il suffit de regarder la carte du globe pour discerner la formidable disproportion existant entre Texiguë minorité des catholiques romains et Ténorme majorité des non-catholiques.
La prépondérance romaine est toute cantonnée chez les peuples latins de TEurope et de TAmérique du Sud.
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La liare a reculé devanl le croissant; le malioinélismc a étendu se» conquôtea dans une foule de cités qui furent chréliennes, el le chef des croyants trône dans cette ville de Gonstanliiiûple où Irùna Constantin.
En (jrèce, eu Russie, en Orient, cent vingt millions «le catholiques ont répudié loute attache avec Rome et coiislilncnt des églises nationales.
En Allenifi^ne, en Angleterre, en Ecosse, en Hollande, en Danemark, un Sut^de, en Norv^ge, en Suisse, aux États-Unis, cent soixante-dix millions de chréliei répudié forthudoxic ciitliuli'iue et conslituenl des églù) réformées.
De là II résulte que l'Église romaine complc moins do lidèles qu'il n'y a île schismatiques et d'hérétiques foudroyés par ses anathèmes. Ceux-ci forment un total de 290 millions cl les callioliqucs romains ne sont i 350 millions.
Mats qu'est-ce à dire, 250 millions ? Ce nombre coni prend tous les baptisés. Or, parmi les baptisés enfuils, combien de pratiquants hommes? Et parmi les pratiquants, combien le sontpar tradition, par respect humain, par décorum, par politique, plutôt que par conviction! A quels chin'res descendrait-on si on déduisait du tolul des hommes immatriculés dans le catholicisme, la foule de ceux qu'il trouve hostiles, la foule de ceux qu'il laisse indiflerents, el la foule de ceux qui ne s'en accommodent que comme d'un bienfaisant mensonge?
Comptez ceux qui pratiquent le catholicisme, parmi lei hommes tenant la tète des universités, des corps savants. J des académies. Considérez combien vous trouverez dol catholiques efTecUfs parmi les génies qui ont illustré lesl nations durant le xix" siècle. La plus grande partie dq
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celte élite n'esl-elle pas formée d'hommes qui ne furent jamais catholiques, et d'autres hommes qui, élevés dans le catholicisme, comme Lamennais, Victor Hugo, s'en sont détachés, sans d'ailleurs abdiquer leur foi en Dieu et en rimmortalilé ?
Les choses en sont là que les principaux apologistes du catholicisme plaident son utilité, non sa vérité. Ils laissent dans Tombre ses dogmes et mettent en lumière ses services. Ils le célèbrent comme le meilleur auxiliaire de Tesprit conservateur, comme un parfait instrument de discipline sociale ou môme de solidarité démocratique.
Défendre de cette sorte une religion c'est la montrer perdue. Pense- t-on ainsi donner la foi? Imagine-t-on que l'a qui veut? Ne demande-t-on pas plutôt, au nom d'un intérêt, une hypocrisie?
Ce n'est pas de gaieté de cœur que tantd'hommes ont renoncé à la croyance des aïeux et à toute celte poésie d'une religion qui a bercé leur enfance. S'ils l'ont fait, c'est parce qu'il y avait dans leur raison personnelle et dans la raison générale une force impérieuse qui commandait, et qu'il fallait lui obéir. C'est parce que la suite des temps a apporté des évidences, révélé des contradictions qui bon gré mal gré subjuguent la pensée et la conscience.
C'est une douleur amère de rompre avec la foi traditionnelle ; mais ce serait une autre douleur amère de mentir à soi et aux autres ; et ce serait de plus une indignité.
Les religions sont des incorporations passagères de la morale éternelle. Elles durent de par la puissance des
vérités philosophiques ou sociales dont elles sont devenues l'organisme vivant; elles meurent de par le progrès croissant des vérités philosophiques ou sociales qu'elles n'ont pas su s'incorporer.
La logique de ses doctrines a opposé TEglise à la Révolution en marche dans le monde depuis le xv!"" siècle, et a mis le dogmatisme catholique dans la nécessité de déclarer la guerre à la raison, à la liberté, au droit. La force des choses, née de la force de la vérité, veut qu'il soit vaincu.
- Ce n'est pas sans motif que Montesquieu n'accordait que quatre ou cinq siècles de vie au catholicisme. Le catholicisme doit mourir, sauf complète transfiguration.
Mais peut-il se transfigurer? Son passé neTenchalnet-il pas, étant donné le dogme de Tinfaillibilité?
Il en serait ainsi sûrement si la logique gouvernait toujours les actes des hommes : ce qu'elle n'a jamais fait.
■ Qui sait si les cadres du catholicisme, qu'Auguste Comte voulait utiliser pour son mandarinat religieux des savants, ne serviront pas pour un renouveau du pur christianisme où relTacemenl de l'orthodoxie laisserait le champ libre à la raison, où Tesprit de fraternité vivifierait nos idées d'universelle solidarité, et où le règne de la charité concorderait avec le règne de la justice?
Ce qui demeure certain c'est qu'au-dessus de ce dogmatisme catholique dont les jours sont comptés, il y a un christianisme immortel, indépendant des dogmes, des églises et des clergés, qui possédera à jamais des fidèles pour rhonneur de Thumanité.