‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 138 sur 244 · SAINT VINCENT DE LER1N · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE LER1N

On ne saurait trop s'étonner de ce qa*il se trouve des hommes si impies, si enclins à Terreur, que, non contents de la règle de la foi donnée aux fidèles et reçue de toute antiquité, ils cherchent des nouveautés et veulent toujours ajouter, changer, ôter quelque chose à la religion, comme si elle était, non pas un dogme céleste qui^ révélé une foisy nous suffit^ mais une institution humaine qui ne puisse être amenée à sa perfection qu'en la réformant.

Ne faisons pas parler notre propre esprit, là où doit parler la foi ! C'est folie que de chercher du nouveau dans la religion. Non seulement elle a été bien enseignée par les apôtres ; mais encore elle a été bien retenue par ceux qui les ont suivis.

Là où les Pères concordent, il faut reconnaître Tunaniniité de TÉglise conduite par un même esprit. Là où quelques Pères diffèrent, il faut croire que ceux qui s'écartent du grand nombre, ou bien sont mal compris par nous, ou bien se sont mal expliqués ; et, en tous cas, sans se départir du respect qu'on leur doit, il n'y a pas à les écouter.

Une pente secrète porte l'esprit de l'homme à une religion de plain-pied qui lève toutes les difficultés et qui supprime tout l'exercice de la foi. On n'aurait plus de digue à opposer aux fantaisies de la pensée, si, admettant des variations et des évolutions dans le dogme, on s'accommodait de la nouveauté.

Une Église qui a pourrèr/lede la foi quelle doit avoir aujourd'hui celle quelle avait hier^ qui croit que celle d'hier est celle de tous les siècles passés et futurs, en sorte que la vérité régnera éternellement dans sa communion, et quil y a une promesse éternelle qui l'en assure,

Fabrs. — Pensée chrélieuuc. 29

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est incompatible par son propre fond avec toutes les nouveautés,

• La règle pour ne se tromper jamais c'est, en quelque temps que ce soit^ de suivre ceux quon voit marcher devant soi. Il n*y a jamais rien à ajouter à la religion parce que c'est un ouvrage divin qui a d'abord sa perfection.

Deux hiérarchies, Tune spirituelle, TÉglise, Tautre temporelle, la Féodalité; deux sortes de forteresses, le monastère, le château; deux ordres de militants, les moines, les chevaliers : voilà le moyen âge.

Les thérapeutes qui menaient dans leurs retraites une vie toute recueillie, toute mortifiée, avaient été parmi les juifs une sorte de moines, d'où prirent leurs modèles les religieux des premiers monastères chrétiens.

L'Orient fit ses favoris de ces pénitents exaltés et les préféra à ses prêtres. Mais ils eurent quelque peine à s'accréditer dans l'Occident. Saint Jérôme raconte les propos insultants que tenaient les fidèles, quand, au iv*' siècle, ils voyaient des religieux à tête rasée passer par les rues de Rome, où ils étaient une nouveauté. « Ne va-t-on pas débarrasser la ville de cette engeance? disaient-ils. On devrait bien les lapider ou les jeter à Teau. » Il arrivait môme, d'après Salvien, que la foule les poursuivait de ses sifflets et de ses huées.

Mais, à la longue, la face des choses changea. Les moines reclus ou en société abondèrent en Italie, dans les Gaules, en Espagne, en Afrique ; et plusieurs, tels que saint Martin de Tours, Jean Cassien, saint Patrick, saint Vincent de Lérins^ saint Coloniban, se distingué-

rent tellement par leurs vertus, que le peuple en vint

aies opposer malicieusement aux prélats de l'Eglise. Cette prédilection pour les moines, qui étaient en général de simples laïques, ne fit que s'accentuer quand les monastères eurent presque tous adopté la règle de saint Benoît.

Saint Benoît, né près de Nursie en 480 et mort en 313, est la plus grande figure du vi** siècle. Il fut un ascète tout animé du vieux génie politique de Rome, Après avoir peuplé d'une douzaine de couvents les points les plus déserts de la campagne romaine, il alla, en 529, édifier au Mont-Cassin, sur les ruines d'un ancien temple d'Apollon, le fameux monastère d'où l'esprit bénédictin devait rayonner dans toute la catholicité.

Donnons une idée du code monastique de saint Benoit reçu par les religieux de l'Occident avec le même respect que professait l'Orient pour les règles de saint Basile.

Autant saint Benoit estime les soldais du Christ qui vivent pieusement et pauvrement en ermites ou en cénobites, autant il réprouve les moines qui ne sont détachés du siècle que par grimace et dont la tonsure est un mensonge. 11 les montre allant deux par deux, Irois par trois, s'accordant à prendre un faux visage, légitimant ce qu'il faudrait condamner, condamnant au besoin ce qu'il faudrait permettre, esclaves de leur ventre et livrés à la luxure.

C'est ainsi que saint Jean Chrysostome, après avoir dit avec orgueil qu'en son temps il y avait plus de femmes consacrées à Dieu qu'il n'y avait d'épouses et

de mères, déplorait qu'à côté des vierges qui se vouaient sincèrement au soin des malades et des pauvres, il y en eût un très grand nombre qui revêtaient le voile blanc et le manteau noir des religieuses sans en avoir les vertus. C'est ainsi encore que saint Jérôme représentait certains moines de son siècle affectant un faux renoncement, faisant étalage de leurs barbes de boucs et de leurs pieds nus. captant les largesses de fidèles crédules qui les comblaient en vue de l'expiation de leurs péchés, singeant l'austérité tant qu'ils pouvaient être vus, et se dédommageant la nuit par des orgies clandestines des jeûnes rigoureux auxquels ils s'astreignaient le jour.

Une fois les purs glorifiés et les impurs stigmatisés, saint Benoît trace la règle des monastères. Il s'agit d'instituer dans la vie commune des frères une équitable discipline qui assure le service de Dieu, l'intégrité des mœurs et le maintien de la charité. A la base, à côté de la prière, saint Benoît met le travail. Le moine est perdu s'il n'évite pas l'oisiveté, « l'ennemie des âmes ».

L'Orient avait abondé en moines possédés du délire de la solitude et avides de s'absorber dans les exercices spirituels. Les gestes immodérés de leur ardente piété aboutissaient tour à tour, de l'aveu de saint Jérôme, à une espèce de folie qui les empêchait de savoir ce qu'ils faisaient et à une prostration morbide que pouvait suivre la mort. Aussi cette règle fut-elle établie qu'il fallait que les moines se donnassent quelque relâche et qu'ils eussent une occupation manuelle. On traita même d'hérétiques les Eutichistes qui allaient là contre.

L'originalité de saint Benoit réside dans sa parfaite combinaison du travail de l'esprit avec le travail du corps. Notre cerveau et nos membres demandent égale-

ment à ôtre développés ; et nos semblables attendent de nous des services matériels comme des services moraux. La tâche des religieux, leur abbé en tête, sera donc alternativement une tâche intellectuelle et une tâche manuelle.

Rendons grâce à saint Benoit de s'être fait le glorificateur du travail des mains où Tantiquité ne voyait que l'abject apanage de l'esclave! Le travail libre et volontaire sera le grand organisme de la vie moderne.

Les bénédictins ont été les éducateurs et les défricheurs de l'Europe. Leurs monastères n'étaient pas uniquement, comme l'indique ce mot, des maisons de solitaires^ fondées en vue d'une stérile contemplation et peuplées de dévots ne visant qu'à se soustraire aux agitations du siècle. Ils étaient, en même temps que des foyersde recueillement et de prière, des ruches ouvrières, des centres de labeur commun, d'éludés savantes et d'action féconde, où des hommes pieux, associés sous une même règle, collaboraient à une œuvre civilisatrice. Avec les fils de saint Benoît, le catholicisme eut ses légions de soldats, sans cesse renouvelées, qui multiplièrent leur eCFort sur tous les points de l'Occident pour discipliner la barbarie et faire des chrétiens.

Etquel harmonieux ensemble d'activités dans ces monastères dont chacun constitue une cité qui se suffit à ellemême ! La prospérité économique s'y allie à une vitalité intellectuelle et morale qui rappelle, mais sans le même esprit de liberté, la vie cénobitique de l'Institut de Pylhagore, si haute et si féconde. Tout comme il possède son église où on prie, sa bibliothèque où on étudie, son école où on enseigne, le monastère a ses champs, ses bois, son jardin, son moulin, sa boulangerie, ses

métiers de toute sorte. Les moioes, agriculteurs, tna(;oii9, artisaos, manuracluriers, fonl sortir de terre, bAlisaent, fabrir|ueiit ce rgui est ntWssairc & la vie commune. Ils produisent pour cux-mfimes ; ils produisent auasi pour les pauvres. Le monasitrc possède onc annexe réservée aux œuvres d'hospitalité et d'assistance.

Qui ne reconnaîtra que saint Benoit a été un maître dans la réalisation de ce socialisme iitlelligent où aux cumliinaisons matérielles s'ajoute la mise en œovre des forces morales?

Saint Benoit admet i]uc les enfanis soient voués |>ar leurs parents k la vie monastique dès l'âge le plus tendre.

Au lieu (le comprendre l'iniquité de la tyrannie ainsi exercée sur une personne liumaine, l'ignorance (le ces temps n'envisageait que la future béatitude d'une Aine consacrée k Dieu. Bossuet lui-mémo dira : <• C'était épargner aux enfants des tenlaLions et leur préparer une heureuse paix, que de les ensevelir tout vivants dans cette société, avec les anges de la terre, a Mémo Je nos jours il est possible de voir, affublés du froc, des novices do dix à quatorze ans, vendus au couvent par une famille qui prétend les di^rolier aux périls du monde et victimes inconscientes d'un véritable détotirnensent i!o mineurs.

S'il a le tort Je consacrer ce qu'un a pu appeler la traite des enfunts, saint Benoît a du moins le mérite d'avoir institué le régime des noviciats. D'un cûlé, il n'admet pas que le religieux demeure libre de tout engagement, comme c'était ordinaire; et il le veut (inissaiit par se donner tout entier, pour toujours. Mai

autre côté il entend que rhomme qui adopte la vie monastique sache bien à quoi il s'engage et ait fait au préalable l'essai de ses forces.

Avant d'incorporer définitivement le novice, on lui fera connaître points par points la règle de Tordre. « Voici, lui dira-t-on, sous quelle loi on combat dans notre armée du salut. Si tu peux l'observer, tu seras des nôtres. Si tu ne le peux, va-t-en : tu es libre. »

Le novice, après des épreuves dont la durée doit être au moins d'un an, persiste-t-il dans sa vocation? Alors il sera admis à prendre devant Dieu des engagements solennels lui imposant à perpétuité la chasteté absolue, le détachement absolu, l'obéissance absolue.

Dans Tévangile selon saint Luc, Jésus oppose aux hommes mariés ceux qui « se sont rendus eunuques eux-mêmes à cause du royaume des cieiix ». Tels sont les moines. Ils doivent réprimer la sensualité et se prémunir sans cesse contre la tentation; entretenir la vie intérieure par les bonnes lectures dont l'usage s'étend aux brèves heures où on est tous à table, afin que le repas lui-môme soit transformé en un exercice spirituel ; enfin retrancher toutes les superfluités et se contenter du strict nécessaire dans le vêlement qui sera celui du paysan de l'époque, dans le coucher qui sera une paillasse avec une couverture, dans le manger et dans le boire où domineront les légumes et l'eau.

Tel sera le détachement du moine, qu'il ne possédera aucune chose comme sienne. Saint Benoit estime essentiel d'extirper jusqu'à la racine toute attache à la propriété personnelle. Nul ne se permettra de rien donner ni de rien recevoir sans l'ordre de labbé. Il ne

détiendra rien en propre, pas même un livre, pas même ce qu'il faut pour écrire. « Un religieux ne saurait être propriétaire de ceci ni de cela, par la même raison qui fait qu'il ne lui est pas permis d'avoir en sa puissance son corps ou sa volonté. »

Et en effet l'abdication de soi est complète. La règle est Tobéissance passive. Même quand Tordre donné lui paraît inexécutable, le frère doit le recevoir en toute soumission et douceur. S'il constate que la chose passe totalement ses forces, qu'il expose la raison de l'impossibilité à son supérieur, mais qu'il le fasse en toute humilité, sans aucun esprit de résistance, sans aucune montre d'impatience ou de contradiction. Que si, après ses observations respectueuses, le supérieur persiste dans son commandement, le frère se dira qu'il en doit être ainsi et, se confiant à Dieu, il obéira. Ne racontet-on pas que certain abbé prescrivit à un de ses moines d'arroser tous les jours un bâton planté dans le sable, et que pendant trois ans le moine obéit? La légende ajoute qu'au bout de trois ans, pac une permission de Dieu qui récompensait son obéissance, le religieux vit le bâton tout à coup transformé en un arbre magnifique, chargé de branches, de feuilles et de fruits.

Surtout, que jamais un frère ne s'interpose en faveur d'un autre frère! Défense est faite à tout religieux d'intervenir pour en justifier un autre ou pour le protéger, i( seraient-ils unis par les liens du sang ».Âu supérieur le privilège de juger et de condamner les délinquants.

Parmi les pénalités figurent, outre l'expulsion applicable aux cas extrêmes, les jeûnes forcés, les coups de fouet, la séquestration .

Voilà certes une puissance excessive conférée aux abbés.

Il est vrai que ce sont les frères qui, jeunes et vieux, élisent au suffrage universel Tabbé mis à leur tête; mais, une fois élu, il demeure le chef sa vie durant. Il est vrai aussi que Tabbé est rigoureusement tenu de recueillir les opinions de tous les frères chaque fois qu'il s'agit de prendre une résolution importante; mais Tavis des frères ne fait pas loi. Après y avoir bien pensé, l'abbé décide, dans sa prudence et dans sa justice. Aux frères d'obéir.

Saint Benoit reconnaît que d'abord la voie paraît rude ; mais il ajoute que Thabitude la rend aisée.

Le perpétuel enchaînement des prières, des travaux, des bonnes œuvres, apporte chaque jour une suave allégresse au pieux solitaire qui a la conscience droite et le cœur pur. Puis, que dé maux évités! A combien d'émotiojos et de chagrins on se soustrait, quand on renonce à toutes ces contentions que nécessitent la fortune et le pouvoir! Volontairement asservi dans la société religieuse, le moine possède vis-à-vis de la société civile cet esprit d'indépendance que donnent l'exiguïté des besoins, l'empire sur les passions, la simplicité de la vie, le mépris de la mort.

« On trouve une douceur infinie, dit saint Benoît, à suivre cette route du salut. » Et, dans son éloge de la règle religieuse, le grand organisateur des monastères du moyen âge devance Téloge qui a été fait en nos temps de la règle militaire : « C'est sain, cela repose l'esprit d'avoir sa vie réglée d'avance, sans discussion possible et par conséquent sans irrésolution et sans regret. C'est de là que viennent l'insouciance et la gaieté. Où sait ce qu'on doit faire, on le fait, et on est content. »

A la femme, si atteinte par les injustices sociales, si sensible aux brutalités de la vie, si ouverte aux joies intérieures, l'existence monastique offrira un attrait parlicu* lier. Soumise à Tinfluence du prêtre et exclue elle-même du sacerdoce, elle cherchera dans les couvents où elle peut être religieuse au même titre que les religieux et devenir prieure, abbesse, supérieure, soit la paix, soit Faction, et, avec l'action, Temploideses forces d*amour déviées de la famille.

De Tordre des bénédictins sortiront au x"" et au xi"" siècle les grandes congrégations de Cluny et de Citeaux, tandis que saint Bruno fondera la Chartreuse. Au début du xn^ siècle seront créés successivement Tordre des Trappistes dont le rigorisme ascétique dépassera celui des Chartreux ; Tordre des frères hospitaliers dits chevaliers de saint Jean de Jérusalem, puis chevaliers de Rhodes, puis chevaliers de Malte; Tordre des chevaliers de la milice du Temple ou Templiers.

Au XIII® siècle, non seulement la congrégation bénédictine des Cisterciens possédera à elle seule plus de trois mille monastères; mais encore on verra se constituer les quatre ordres mendiants : Tordre des Franciscains, comprenant entre autres les cordeliers, les recollels et les capucins; Tordre des Dominicains; Tordre des religieux de Notre- Dame du Mont-Carmel ou Carmes, et Tordre des Augustins,qui parmi ses frères prêcheurs compta Martin Luther.

Quand le moine Luther, tenant en échec la papauté, aura rendu manifeste la décadence du pouvoir de Rome, le besoin se fera sentir de créer de nouveaux cadres dans cette immense armée des ordres religieux par qui a été propagé, agrandi, défendu le catholicisme.

D'anciens instituts seront réorganisés; d'autres surgiront; et les milices les plus variées serviront de renfort à la grande milice qui adoptera le nom de Compagnie de Jésus.

Pour mieux diriger les suprêmes batailles engagées depuis le xvi® siècle contre la pensée libre, les généraux des ordres religieux, soustraits aux juridictions épiscopales, résideront à Rome. C'est de là qu'ils feront circuler dans leurs corps d'armée, répandus sur tous les points du monde, le mot d'ordre papal.

Quelle prise de possession des âmes ! Quelle force et quelle souplesse! Comme toutes les activités, toutes les aptitudes, tous les enthousiasmes, tous les fanatismes sont utilisés! Les congrégations seront industrielles^ commerçantes, politiciennes, non moins que contemplatives, prédicantes, enseignantes. Il y en aura pour l'exploitation des mille formes de la superstition ; mais il y en aura aussi pour le soulagement des mille formes de la misère humaine. Des femmes jeunes, belles, riches, renonceront aux joies de la famille et du monde pour aller vivre pauvrement dans la société des misérables et devenir les sœurs de ces inconnus. La raison? C'est qu'ils sont des êtres qui souffrent, et qu'elles-mêmes, en souffrant avec eux, s'ouvrent les portes du ciel. Et elles assisteront leur infortune, soigneront leurs plaies, réconforteront leur courage avec un inlassable amour.

Mais les beautés de l'abnégation et du dévouement ne sont pas nécessairement liées à l'esclavage ; et l'esclavage, même volontaire, aimé, bienfaisant, demeure l'esclavage. De grands services, des traits sublimes n'effacent pas le tort de la volonté qui s'abdique à jamais.

' tus SCOLASTIQUES

A côté de eacriltces féconds, que de stériles dépenses d'iiéroïsme dans In servitude monacale! Que de méfaib cl que de défortnalions de conscience, dont l'histoire des couvents étale le tableau 1 Derrière ces clôtures, sacrées pour les pouvoirs public à l'égal de la plus imprenable citadelle, que d'iniquités et de cruautés commises! Combien de malheureux et de malheureuses y ont trouvé une prison, un sépulcre!

No sail-on pas comme le zèle de pieux solitaires s'échauiïe aisément jusqu'au plus impitoyable fanatisme. Bi bien qu'il y a lieu d'appliquer aux moines d'ûccîdcnt ce que l'abbé Fleury a dit des moines d'Orient : n Quand ils faisaient tant que de quitter leurs solitudes pour venir dans les villes soutenir ce qu'ils croyaient iMre la cause de Dieu, il n'y avait pas de violence dont ils ne fussent capables »?

Ignore-l-on tant de scandales do religieux et de religieuses descendant à des pratiques contre nature pour avoir voulu s'élever au-dessus de la nature?

N'en croira-l-on pasGossuet, quand il déplore celte insatiable soif d'acquérir, celle ûprelé pour les héritages, les dons, les possessions, qui sévit dans les monastères : <■ L^» fantôme de communauté, dit-il, sertdeprélexle pour coo^ — vrir l'intérêt ; comme si la communauté était autre choi que l'assemblage des particuliers qui ont renoncé à lout ^ et comme si le désintéressemenl des particuliers ne devai' ' pas rendre toute la communauté désintéressée. Ayeic " aiTaire à de pauvres gens chargés d'une grande famille ë souvent vous les trouverez droits, modérés, capables dc^^ relùcher pour la paix, et d'une facile composilion. Aye^^ alîaire à une communauté régulière, elle se fait un point* de conscience de vous traiter avec rigueur. On ne voit.*

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point des gens plus ombrageux, plus difOcultueux, plus tenaces, plus ardents dans les procès que ces personnes, qui ne devraient pas même avoir d'affaires. Cœurs bas, cœurs rétrécis, est-ce donc dans TËcole chrétienne que vous avez élé formés? Est-ce ainsi que vous avez appris Jésus-Christ, Jésus-Christ qui n'a pas eu de quoi reposer sa tète, et qui a dit, comme saint Paul nous l'assure : « On est bien plus heureux de donner que de recevoir » ?

C'est précisément cette concupiscence flétrie par Bossuet qui fit bientôt dégénérer de son idéal l'œuvre de saint Benoit ; associa le débordement des vices à l'insolence des richesses, et causa la dureté de ces moines qu'on verra tenir des serfs sous le joug jusqu'à la veille de la Révolution.

Dès les premières années du ix° siècle, en 817, un concile d'abbés dçvra se tenir, à Âix-la-Chapelle, pour entreprendre la réforme des monastères. Ceux-ci, dans les siècles suivants, oscilleront sans cesse entre le relèvement et la décadence.

Cela ne les empêchera pas de donner l'essor àde grands docteurs. Mais aucun de ces docteurs ne sera de la taille d'un Augustin ou même d'un Alhanase.

DE BOÈCK A ALCUIN

Deux hommes nés dans la seconde partie du v^ siècle, Boèce et Cassiodorc, furent pour ainsi dire les intermédiaires entre la vieille science païenne et la scolastique chrétienne.

L'écrivain homme d'Elat Boèce, qu'on pourrait appeler le dernier des classiques romains, s'applique à humaniser les Golhs; est tour à tour au pouvoir et en prison,

et console sa captivité par d'éloquentes considérations sur les misères de la vie, la grandeur de Tâme, le vide des richesses^ des voluptés et des honneurs. Il explique comment la prescience divine s*accorde avec la liberté humaine et il fonde la vraie béatitude sur la foi en la Providence alliée à la vertu. Son livre, resté célèbre, est d'un bout à Tautre une personnification de la Philosophie se faisant Tinstitutrice de l'homme. Les réminiscences de Platon, de Gicéron, de Sénèque, y tiennent infiniment plus de place que les inspirations des évangélistes, des apôtres et des Pères.

Boèce, selon l'usage des beaux temps de Rome, avait été envoyé tout jeune à Athènes pour s'initier aux connaissances de la Grèce. Il y consacra dix-huit ans à l'étude et approfondit, outre les divers systèmes des penseurs grecs, les sciences morales, physiques et mathématiques, où on voyait autant de dépendances de la philosophie. Cela explique la diversité de ses ouvrages, qui touchaient à toutes les branches du savoir humain. Il y a lieu de distinguer d'abord ses conimenlaires sur Aristote, ses commentaires sur Porphyre, très utilisés par les scolastiqucs; puis ses traités en faveur de la Trinité et de l'Incarnation contre les disciples d'Arius et de Nestorius.

Cassiodorc occupa comme Boèce de grandes situations près du roi ThéoJoric, avant d'aller ensevelir sa vie dans un couvent qu'il avait construit sur ses terres de la Calabre. Une de ses entreprises fut de fonder à Rome des écoles, moitié ecclésiastiques, moitié séculières, où fussent enseignées les lettres divines en vue du salut éternel, et les lettres profanes en vue de la formation du citoyen. 11 accrédita dans les monastères

DE BOÈCt: A ALCUIN 463

Thabilude précieuse de faire des copies des vieux manuscrits, et légua à la postérité, dans ses Institutions divines et humaines^ une encyclopédie du savoir de son temps.

 la suite de Boèce et de Cassiodore, apparaissent au VI* siècle deux illustrations chrétiennes de moindre grandeur : saint Grégoire de Tours et Fortunat.

L'évoque de Tours Grégoire, né en Auvergne, mérite d'être appelé l'Hérodote de nos vieux âges. Historien crédule, il se plait à conter des miracles imaginaires; mais il anime tout par ses naïves peintures.

Tour à tour chapelain delà reine Radegonde et évêque de Poitiers, Fortunat fut, au vi** siècle, ce qu'avait été au V* siècle Sidoine Apollinaire évêque de Clermont, le poète du catholicisme.

On lui doit le Vexilla régis prodeunt^ hymne pieux mais empreint de préciosité. On lui doit aussi de gracieuses pièces où perce cet épicurisme dévot qui sera si souvent raillé par les fabliaux. Que de petits vers n'adresse-t-il pas soit à sainte Radegonde, abbesse du monastère de Saint-Martin de Tours, soit à sœur Agnès, abbesse du monastère de Poitiers, pour remercier sa chère mère ou sa chère sœur des friandises dont elles le gratifient! Il se dépeint délecté par les plaisirs de la table et quelquefois entre deux vins, si bien que, comme il le dit, « sa muse, gagnée par l'ivresse, a la main incertaine, et il lui semble voir autour de lui tous les objets nager dans la rouge liqueur de Bacchus ». Tant s'en faut que ses poésies vaillent celles du gracieux saint Paulin de Noie et du vibrant Espagnol Prudence, qui furent, à la fin du iv" siècle, Tun l'Horace, l'autre le Pindare chrétien.

kl '•! si--:jf Tt: SccîssuDl Isidore de Se ville que f;sj i;fi.f JCutiLt i& poiire de lÉglise catholique et II Liui:.rf L•tt^ sJtrjftSw \t en STÔ à Carlliagène, où son I.:— ria-: r.arfîTiïf-Er. làion^ arail reçu, à Texerapledc fi •:•,•: iu ûi \"jtS5iï:oitf«, «De htole culture qu'il rail au >:'.:- 'rf ui J'Lr:!}*. I^ereac érèque de Séville Tan 601, . .k':li*i :^ swic* ejejo^jol peodaot Irente-ciuq années i-. > * : i-MCK^ex rôaDxne Thomme le plus entendu aux LÎL.nrs^ io:j:"5ûis5Ciciï<^ le plus pieux, le plus instruit de

\»i I L'z II. ^Zit rsrîense histoire des rois Goths, Van- .ii.:> t: >i>iit<. c**: il n^tUeint ni la pathétique élo- :^:i::. -- -i* LiBle* rues de son compatriote Paul •.*r,>:. :*.. ^--fi'înnl d'Augustin, écrivit au v* siècle «..-: >. :-.; i • ,M2vi>e du Discours de Bossuet sur raclion i; li Pr. ^:itrire dins Thistoire universelle. Isidore de >;...: :::i:>^si Jes trailès de morale où Tesprit phi- .. >. . :::: <\il.ii: unî bien que mal à l'esprit théologi- .... .: > : ::: v:l: i-riies orudiles, mais semées d'erreurs; !> :: .:::•: i-iÀ.rvs Je rEcrilure sainte, et un recueil de .....>.... L !■. i ûire autorité dans le monde catholique- A.. ^ .. >..:;:. i:a {'ivbl vulgarisera ce recueil, avec ;; ;;...::. !e ; iu>:eurs fausses décrétâtes que les papc^' ;. ::: v:.i> .i. . uyaiout la suprématie, maintiendront looè' ^ :.:: > Cv :nme authonliques.

PiHîrt \u{ \x décadence s'accentue. Pointd'époque oùl^ lolhuirio dosinlolliirencesait été plusgrande. Il n'y a plu^ tlo lilliralure en dehors des sujets religieux. Toute la vie inlellooluolle est concentrée dans le catholicisme et se dévoltippe à Tombre des écoles épiscopales ou moua- •\iles, visant à facjonner des clercs et n'enseignant sciences

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