AGOBARD DE LYON ET CLAUDE DE TURIN
Entre Alcuin et Scot Érigène, il y a à signaler deux grands prélats, Agobard et Claude, contemporains de Charles le Chauve et de Louis le Débonnaire.
Agobard, archevêque de Lyon, attaque les superstitions dominantes; s'élève contre Texploitation des terreurs du peuple sollicité à prodiguer les dons aux églises pour chasser les épidémies ; défend contre les explosions de la colère publique ces prétendus sorciers à qui on attribuait les orages ou les sécheresses dont soufrait la terre ; réprouve le préjugé de ces duels judiciaires où la commune ignorance voyait un arrêt de Dieu ; écrit contre les épreuves de Teau et du feu jugées révélatrices de la culpabilité ou de l'innocence selon que la victime de ces tortures prenait ou non le dessus.
L'Espagnol Claude, évêque de Turin, égale Agobard par la largeur de ses vues et son esprit de réforme. Il combat l'ignorance des fidèles qui croyaient que faire pénitence les innocentait de tous les désordres et de tous les crimes.
Siècles étranges ! Ce n'étaient partout qu attentats et déprédations. Mais on était assidu aux offices religieux; les jeûnes étaient respectés de tous. Pendant le carême, bien autrement rigoureux qu'il ne Test devenu depuis, les villes les plus bruyantes prenaient Taspect d'une silencieuse solitude; le cours même de la justice était suspendu; hommes et femmes passaient la plus grande partie du jour dans les églises. Nul ne manquait de communier au moins quatre fois Tan, le Jeudi saint, à Pâques, à la Pentecôte et à la Noël.
UE2$ 800LACTIQIJES
CUade est d^accorxl avec Agobard soil pour condanmer les formes kiolàtriqyes données ao culte chrétien, uA pour déplorer réclosioa de ces Eaux actes des martyrs, de ces fausses ries des saints que mulUpliatent depieoz industriels en Tue d achalander des fêles, des reliques et des pèlerinages,
Ses critiques du culte de la croix scandalisèrent les théologiens et lui attirèrent les censures d'éTèques et de moines. Il ne faisait pourtant que continuer Alcuin lui* même qui, utilisant des écrits iconoclastes parus i Brtance. araît inspiré à Chariemagne un capitniiire mémorable par lequel Tempereur s'élevait contre le culte des images.
HINCMAR ET RJlBAN-llAUR
Autant Agobard et Claude faisaient la part de Tesprit de liberté, autant Hincmar et Raban-Haur sontinrenlarec force le principe d'autorilé.
llincmar, archevêque de Reims mêlé à toutes les grandes alTaires de son temps, fut le type des préWs dominaleurs. Il faut voir avec quelle superbe il revendique les droits de la puissance épiscopale. A ses yeo^ les sièges des évùques sont les trênes de Dieu; et I^ juridiction des évi^ques s'étend aux rois. S'il se rencontra un monarque adultère, homicide, ravisseur, les concile^ d*évèques sont qualifiés pour le juger. A eux de décidelT si ses vices n'ont pas abrogé les privilèges de sa nais^ sance. Hincniar écrivait au roi Louis III : «c Ne prétendes pas désobéir au concile pour faire ce qui vous plaît; car alors Dieu à son tour fera ce qui lui plaira. Songes que voire père a vécu moins que le sien. Eux aussi avaient
IIINCMAR ET RABANMAUR 477
joui à Compiègne des pompes qui aujourd'hui vous environnent. Jetez les yeux sur leurs tombes. Dites-vous que vous mourrez, et que seul ne meurt pas celui qui mourut pour nous sauver. Sire, votre heure est proche. Vous passerez ; mais la Sainte Eglise du Christ demeurera éternellement. »
Mater grands et petits par la crainte est la politique (l'Hincmar et de ses confrères de Tépiscopat. Pour faire respecter les biens de TËglise, ils rédigent en concile une lettre collective où il est dit que Charles Martel, malgré les services rendus à la chrétienté, fut damné éternellement pour avoir commis le sacrilège de toucher aux possessions du clergé ; que saint Enchère, archevêque d'Orléans, ravi en extase, a vu le vainqueur des mahométans tourmenté dans le plus profond des enfers; que, Tabbé de Saint-Denis ayant fait ouvrir son sépulcre, il en sortit un dragon infernal ; et qu'eux, évèques, peuvent se porter garants de tous ces faits, d*après des témoignages irrécusables. Quel jour jeté sur ces vieux temps !
Hardi contre les papes comme contre les rois, Ilincmar admet que, si le souverain Pontife attente sur les évèques, les évoques Texcommunient ; et il traite de coupes de poison enduites de miel ces décrétâtes, œuvre d'un faussaire, dont Nicolas P^ consacra au ix"" siècle Tautorité, utile aux prétentions du Saint-Siège.
C'est en vain que l'intrépide archevêque de Reims revendique Tindépendance épiscopale contre les conquêtes croissantes de la suprématie romaine. La Papauté étendra de plus en plus les progrès de son pouvoir aux dépens de celui des princes et des évèques.
i:8 LES SCOLASTIQUES
Si llincmar, archevêque de Reims, afTeclail d'être le pasteur de l'Eglise nationale des Francs, Raban-Uaur, évèque de Mayencc, apparaissait comme le pasteur de l'Église nationale des Germains.
La postérité a conservé le souvenir des nombreux synodes que tint ce prélat pour extirper les abus des cloîtres, et de la prodigalité avec laquelle, lors d'une épidémie, il donna son bien aux pauvres, qu'il nourrissait par centaines à sa propre table.
Auteur d'écrits divers, en particulier d'un Traité de l'Univers qui embrasse toutes les questions relatives à Dieu, aux anges, à l'iionime, aux animaux, à la nature, cet ancien disciple d'Alcuin était devenu un maître, fondant de florissantes écoles, enseignant avec autorité, semant autour de lui la vie de l'intelligence cl l'ardeur de la foi. On le comparait, on le préférait même àScot Erigène.
Le bel bymne Veiii Crcafor xpiriliis est l'œuvre de ce grand lettré de vaste savoir et de piété profonde.
Ce fut la tendance dominante des clercs et moines germains de demeurer des indisciplinés, de mêler l'esprit laïque à l'esprit ecclésiastique, de n'ôtre jamais absolument dociles au mot d'ordre de Rome, d'avoir foi pardessus tout à l'inlluence créatrice de l'Esprit qui visite les iVmes et les anime de la grâce d'en haut.
Déjà se remuaient les germes d'où devait naître, sept siècles plus tard, la Réforme.
«(UNE CHITTSCUALK
Au temps où il était k la lëte de l'abbaye Raban-Maur avait eu sous ses ordres le moine
■ de PQn^^l