LE NOMINALISTE ROSCELIN
AU temps de saint Anselme s'émut le fameux débat relatif aux idées générales.
Porphyre, dans son introduction à la logique d'Âristote commentée dans toutes les écoles, disait que « c'est une grande question de savoir si les genres et les espèces ont une existence réelle ou n'existent que dans notre intelligence ».
Roscelin, chanoine de Gompiègne, entreprit de trancher cette grande question, déjà abordée avant lui, mais moins nettement et moins bruyamment. Il se fit le chef du nominalisme et soutint que les idées générales, loin d'être des types préétablis, ne sont que de purs nomsy des points de vue abstraits des choses individuelles. Ainsi penser à l'homme, c'est penser à un
signe, non à rien de réel. L'idée d'homme n'est qu'un son de voix^ si Ton ne se représente tel ou tel homme.
Saint Anselme, platonicien comme Scot Erigène et Lanfranc, combattit cette doctrine et défendit contre e lie la Trinité catholique, que Roscelin réduisait à une unité nominale, enseignant que Dieu ne saurait être à la fois le Père, le Fils et TEsprit, de même qu'une maison n'est pas simultanément le toit, le fondement et le mur.
Il est vrai que Roscelin, mandé au concile de Soissons, avait rétracté cette opinion. « Mais, dit l'archevêque, il l'avait rétractée seulement des lèvres et parce qu'il avait peur que le peuple ne le massacrât. » Massacrer ! Voilà un argument d'une nouvelle espèce, qu'Anstote avait omis dans sa classiûcation, et dont le rôle a malheureusement été bien grand à cette époque d'intolérance théocratique qu'on appelle le moyen âge.
Il ne faut pas s'étonner si les défenseurs de l'orthodoxie étaient hostiles à la doctrine de Roscelin. Les nominalistes, à qui saint Anselme reproche de ne pas d égager la raison des ténèbres corporelles et de ne pas distinguer du matériel des choses ce qui doit être considéré en soi, tendaient à dissoudre en éléments individuels cette société spirituelle que constituait l'Eglise et à s'affranchir, comme d'autant de fictions, des autorités consacrées.
l'idéaliste GUILLAUME DE CHAMPEAUX
Un brillant professeur de Paris, plus tard évèque de Châlons, Guillaume de Ghampeaux, combattit lui aussi Roscelin et se fit le c\\qI àM Réalisme ^ que nous appellerions aujourd'hui r/c/^a/es/we.