‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 152 sur 244 · LE POINT CULMINANT DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

LE POINT CULMINANT DU CATHOLICISME

Nous voici arrivés à Tépoque qui fut Tapogée de la civilisation catholique. Tandis que la brillante folie des croisades précipitait l'Europe sur TAsie, des Universités, pleines de vitalité et jouissant de larges franchises, se constituaient. En France, Orléans, Bourges, Toulouse, Montpellier entreprenaient de rivaliser avec Paris. On n'avait pas seulement Tardeur d'enseigner et d'apprendre. On pensait ; on sentait; on créait.

C'est alors que s'affinent la langue italienne et la langue espagnole, exquis instruments où vibrent toutes les sonorités du verbe catholique. C'est alors que se produisent, naïfs et puissants, des historiens et des chanteurs dont la prose ou les vers dégagent de son vieux maillot la langue française. C'est alors qu'éclosent ces antiennes, ces séquences, ces hymnes, purs joyaux de la foi, et que la musique chrétienne, rompant la monotonie grandiose du chant grégorien, prend son vol dans des harmonies suaves et sublimes où l'art du compositeur met en œuvre des morceaux écrits par les saint Bernard, les saint Thomas d'Aquin, les saint Bonaventure, théologiens que la piété fait poètes. C'est alors qu'avec leurs sculptures émouvantes et grotesques, dévotes et irrévérencieuses, angéliques et diaboliques, s'épanouissent vers le ciel ces cathédrales où tant de roturiers inconnus, artistes en pierres vives, ont dépei^sé du génie, et dont le style ogival, si improprement appelé gothique, ne naquit ni en Orient, ni au delà du Rhin^ mais fut la création de la France plagiée par les nations voisines.

Les iconoclastes ayant été mis à la raison par les con-

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ciles, rËglise catholique rehausse la majesté de ses cérémonies eu empruntant aux arts toutes leurs merveilles. Architecture» sculpture, peinture, musique, unissent leurs efforts pour faire du temple chrétien la maison de Dieu. Sous la sombre profondeur de ces larges voûtes qui semblent abriter quelque chose de plus qu'humain, parmi les teintes multicolores de ces vitraux où resplendissent les milles légendes de Tépopée religieuse, au milieu de ces flots d'harmonie grave et douce où aux accords de Torgue donnant en quelque sorte une âme à la nature se marient les voix d*un peuple prosterné, on a la sensation de l'infini.

Merveilleuse unité ! Art, science, histoire, usages, tout ramène l'âme à la religion. L'église, à la fois la maison du peuple et la maison de Dieu, sert aux jeux du théâtre, en même temps qu*à la prière, aux arrêts de la justice en même temps qu'à la célébration des offîces. Elle est une gigantesque croix de pierre où mille figures racontent rhistoire du Christ préfiguré, venu, continué; font revivre les personnages et les scènes du drame judœochrétien, depuis la création jusqu'au jugement dernier ; symbolisent les mœurs, les vertus, les tentations, les vices des diverses classes de Thumanité; étalent toutes les obscénités à côté de toutes les puretés; représentent enfin les péripéties tragiques de la séparation des élus et des réprouvés, les délices du paradis, les épreuves du purgatoire, les tortures de Tenfer. Dans cette Bible vivante tout a son image.

En ces temps-là, semble-t-il, il n'y avait d'atmosphère respirable que celle de la foi. L'imagination populaire se dégageait des dures étreintes d'une vie opprimée et misérable dans le rêve d'un monde céleste, où une

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iDÎi-aculeusc loote-puissance devenait le prix de la saUleté el faisail éclater le bienfait d'éclalantes re%'ancl)U de là justice au profit des exilés de la terre.

On pouvait Tarier sur l'espjice des miracles ; maïa aul , ne doutail du surnaturel. L'examen des doctrines montre qu'il y avait là un terrain commun aux liéréliques et aux orthodoxes. Miïme cliez les égarés du culte du diable, DOUB trouvons impliqué l'état d'iînie sur lequel reposait le culte du CUrisl.

L'une des plus belles créations de l'espril religieux, viviûant d'anciennes traditions germaines el gauloises, fut la chevalerie, celte école de l'honneur au moyen ège, A l'apothéose du chevalier était liée l'apothéose de la femme, relevée de l'abaissement où la tenaient des habitudes de protection dédaigneuse, idéalisée dans les pays du Nord comme sur la terre de Provence, en Angl*lerre comme en Italie, devenue lareine des cours d'amour pour devenir plus tard la reine des salons, donnant le ton aux esprits, décidant des manières et faisant les mœurs- Exception faite des scélérats parjures au serment prêté, la chevalerie forma une élite d'hommes preoi, courtois, hardis el loyaux.

Il faut nélrir leurs partialités injustes, leurs actes d« cupidité, d'oppression et de férocité,

11 faut aussi tlétrir leurs atroces accès de fanatisme, l'ar exemple, quand le chanoine Itaimond d'Agiles, témoin oculaire, nous montre, avec une naïve adoiiratioD qui fait pitié, les chevaliers chrétiens mallres de Jérusalem, cliévauchanl sur des monceaux de lëles, de mains et de pieds ; livrant aux flammes des milliers de Sarrasins qui avaient évité le fer de leurs lances; procédant

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à une immense tuerie dans renceinle du temple de Salomonoùlesmahométans avaient coutume de célébrer leur culte ; ayant du sang jusqu'aux genoux et jusqu'à la bride de leurs chevaux, et décidant encore, après cela, la mort des malheureux échappés au carnage, si bien que le nombre des infidèles tués s'éleva à soixante-dix mille, on s'étonne que le Recueil qui renferme de telles histoires ait été publié sous ce magnifique titre Gesta Dei per Francos ; et on pense avec tristesse qu'à côté des beaux faits de Dieu accomplis par les Francs, il n'y a eu que trop de forfaits des Francs accomplis sous le couvert de Dieu.

Toutefois la part des vertus subsiste. Les chevaliers étaient des gens prompts au dévouement et au sacrifice, amoureux de la gloire et dédaigneux de la vie. Hautes étaient leurs âmes, droits leurs caractères, invincibles leurs courages. Là est leur titre de noblesse à jamais impérissable.

Mais que d'êtres annihilés au bénéfice de ces quelques .privilégiés ! Que de belles personnalités converties en fumier pour faire pousser ces fines fleure de Iji chevalerie ! Non, malgré les universels démentis que l'histoire donne à la raison, il p'est pas vrai que le genre humain jsoit né pour un petit nombre d'élus, ces élus seraient* ils de ceux qui savent mourir pour autrui.

Ne soyons donc pas surpris si, dès le commencement du XII* siècle, Tinstinct populaire s'insurgeait contre les usurpations du privilège. Dans les communes, obstinées à poursuivre Tœuvre laborieuse de leur affranchissement, j'idée de droit faisait lentement son chemin; deux classes d'hornmes réfractaires à Toppressian théologicjué,

les légistes et les médecins, donnaient l'impulsion ; et de temps en temps soufflait parmi les foules un vent de liberté» présage des tempêtes fécondes de Tavenir.

Plus on rencontrait d'obstacles, moins on usait de tempéraments. L'esprit de révolte afTectait quelquefois d'aller, dans Tordre social, jusqu'au communisme, et, dans Tordre religieux, jusqu'à Tathéisme. Du temps de saint Louis, il y a tel poète qui dans ses vers latins fronde toute croyance et dit :

On n'ose rien de grand que si Ton est athée.

Ne connaissons-nous pas d'ailleurs ces .audacieux fabliaux qui furent comme la Bible primitive de la libre pensée ?

Cependant, aux plus grandes hardiesses s'unissaient les plus puériles superstitions. Ainsi, il serait téméraire d'assurer que ceux qui prétendaient ne pas croire à Dieu ne crussent pas fermement au diable. Durant le moyen âge, il y a un fond de manichéisme dans toutes les imaginations. Elles sont sans cesse hantées par Tidée du démon, Tennemi de Dieu, qu'on se représente lutinant, tourmentant, perdant les hommes.

Les esprits surexcités idéalisaient leurs craintes en fictions de toute sorte, et la fréquence des hallucinations donnait crédit à ces récits étranges qui jettent une vive lumière sur Tétat psychologique de nos pères.

A Tidée du diable correspond Tidée du jugement dernier. L'attente de la fin du monde avait pesé longtemps sur les âmes comme un aO'reux cauchemar. On trouve un écho de ces angoisses dans le chant terrible du « Dies irœ^ dies illa... » que nous traduisons ici, parce qu'il

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