‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 156 sur 244 · LA PHILOSOPHIE ARABE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE ARABE

Dans les écoles Aristote était l'auteur de prédilection, soit qu'il fût plus particulièrement connu grâce auxcom* mentaires de Thémistius, de Syrianus, de Simplicius, les derniers Alexandrins, qui avaient tourné au péripatétisme ; soit à cause de son caractère éminemment didac^ tique ; soit parce que sa concision sévère a quelque chos^ qui répond au génie sentencieux de l'Arabe.

II ne faudrait pas imaginer qu'on le prisât surtout à cause de son grand sens scientifique. Le sens scientifique est peu naturel aux Arabes, quoique plusieurs d'entre eux se soient appliqués avec ardeur et avec éclat aux malhémaliques, à l'histoire naturelle et à la médecine. En outre, le point de vue de la science est implicitement interdit aux disciples de Mahomet. Il leur faut non un monde où s'équilibrent des forces mesurables, mais un monde qui se prèle aux coups d*Etat capricieux de la Fatalité qu'ils adorent. Aussi beaucoup d'interprètes dénaturèrent-ils la doctrine d'Aristote dans laquelle dominent l'esprit d'analyse et le sentiment de

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rautonomie, pour raccommoder à leur religion foncièrement hostile aux idées de libre arbitre et aux recherches expérimentales.

Ce qui leur plaisait c'étaient toutes ces abstractions logiques où leur subtilité pouvait se donner carrière. De là le règne des arguties d'école ; de là une science toute en formules. L'islamisme eut ses doctes théologiens, féconds en raisonnements alambiqués, habiles à faire prendre le creux pour le profond.

L'esprit arabe n'est pas moins exalté que subtil. Aussi allia-t-il, dans dea commentaires érudits, les inspirations néoplatoniciennes avec les déductions aristotéliques, le mysticisme avec la dialectique.

AVIGENNE, ALFARABI, TOPHAIL

Le mysticisme jouait déjà un grand rôle chez les deux premiers maîtres de la philosophie arabe, Alkendi, qui vivait au commencement du ix* siècle, et Alfarabi, né un siècle plus tard.

Alfarabi, auteur d'une Logique et d'un Traité de la division des sciences dont les scolastiques firent grand usage, enseignait que tout se ramène à l'unité et que la fin de l'homme est de s'identifier avec la raison universelle.

Avicenne, au xi* siècle, parut d'abord combattre cette théorie et opposer la contingence de la nature à la nécessité de TÊtre premier qui, immobile, meut toutes choses ; mais l'expression définitive de sa pensée aboutit à identifier Dieu avec le monde.

Selon ce maitre des sciences naturelles et de la médecine, les religions sont des entreprises de haute mora-

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Usfttion où la politique àes uns el la créilulilé des autres introduisent des miracles qui n'y sont point. Il dépend de nous d'ullirer sur nos ûmes les rayons de cet intellect divin qui a illuminé les grands prophètes, Moïse, Jésus, Mahomet, simples hommes comme nous, et de faire de notre pensée le miroir de l'univers, AviceoDe conseille dans ce but la réÛexïon, l'ascétisme, la purification de soi-même.

Au su' siècle, Tophaïl emprunta à Avicenne plusieurs de ses idées et mil en œuvre les conceptions néoplatoniciennes dans un roman pliiiosopliique. Son héros est un homme qui fait sa propre éducation, s'initie au surnaturel en se mettant à l'école de la nature, el se perfectionne peu à peu dans l'art de s'unir avec Dieu, à la façon d'un Plotin ou d'un Jamlllque. i

Averroès, contemporain de Tophaïl dont il fui le protégé et l'ami, se montra moins mysUque. Néanmoînsi il donna, lui aussi, une large part aux inspiratioQt néo-pluloniciennes, tout en ne jurant que par le iiit>w ArisLote.

Sans affirmer, comme l'ont cru certains commentateurs du maître grec, que chaque être doive s'anéantir pour arriver à la plénitude de l'être, Averroès enseigne que la connaissance des diverses manifestations de rin' telligihlc mène graduellement ùTunion arec l'Intelligible lui-même. Parvenu à cet état, l'homme ne fait qu'un avec^ la raison. « Il est en quelque sorte tous les êtres el Ic^ cônnait tels qu'ils sont, car les êtres ne sont rien eo^ dehors de la science qu'il en a. » . J

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N imaginons pas qu'une si belle aptitude soit le privilège exclusif de Thomme. D'après Avei*roès,les animaux les plus rudimenlaires ont en eux des facultés qui peuvent leur permettre d'arriver finalement à ce degré de perfection où nous nous identifions avec Têlre premier.

Dans leurs échappées panthéistes et mystiques, les philosophes arabes ne désertent pas tout à fait le péripatétisme. Au contraire, ils ont bien soin de rattacher leurs doctrines soit aux idées d'Aristote sur cette vie supérieure dont il enseigne que quelquefois nous pouvons jouir, non en tant qu'hommes, mais à cause de ce qu'il y a en nous de divin ; soit à la distinction qu'Aristote établit entre Vintellect passifs personnel et corruptible, et Vintellect actifs impersonnel et incorruptible, rayonnement de Dieu qui pénètre les âmes et par les âmes les corps, jusqu'aux plus vils.

Ils s'inspirent aussi d'Aristote pour affirmer. Téternité de la matière. Celle-ci est apte à recevoir les modifications les plus opposées, selon la diversité des influences déterminantes. Rien ne se crée ; rien ne se perd ; tout se transforme. Génération et destruction ne sont que des changements dans les modes de l'être.

Aux yeux d'Averroès, étant donné comme fond la matière éternelle, tout se réduit à un immense va-etvient d'individualités hiérarchiquement échelonnées et animées par un principe supérieur. Ce principe supérieur, c'est rintelligence universelle, survivant aux objets périssables qu'elle éclaire tour à tour de sa lumière et dont elle fait Tunité.

La foi en la création lui parait une insanité pure. D'où vient donc qlie cette foi se maintient? Celd vient de

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Ce fai'S djit 4e h feioi h onliM, ATerroès le pense i 1 i?K f ■! sa^ le fire expKâlwent, de la foi en l'imiBOfftiii&é. D'après M, fl m'y a dlmpmssable qae h laxHW î^pqs^i— plie o« imêelieti œuf; la raison pe^ s^aaBeDe o« imtfSleti passif s*é¥aiHHiit i la mort Ainsi m«l d*emtre wmbs m'est inmortri. Toolefois, on peot dire qme mo«s mo«s proloKeoiis en quelque sorte doqsmèffies dams moire poslérité. Cette comtinoation de notre être dams d^antres êtres mes de mous est un simalacre dlmmortalité. H cooTÎemt de s en contenter, faute de

^'îmarâions pas ce qoi n'est pas, comme le fait Platon dans sa RépHblique, quand il nous peint Tarenir des âmes. De telles fables ne serrent qu^à fausser Tesprit des enfants et l'esprit du peuple qui est aussi un enfant) sans beaucoup profiter à l'amélioration des cœurs. « ^^ connais, ajoute Averroès, des hommes parfailernc^^ moraux qui rejettent ces rêveries et ne le cèdent po^^ en vertu à ceux qui les admettent, m

Ailleurs, combattant le dogme mahométan de la rési^ rection, il insinue que les fondateurs de religion o^^ établi cette croyance parce qu'ils pensaient que le niei^ leur moyen de moraliser les hommes est d'intéresser^ leur égoïsme à la pratique du bien.

Le philosophe n'admettra-t-il dooc aucune croyance ? Loin de là. Hais ses croyances seront réfléchies.

Selon Averroès, la religion propre au philosophe con-

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