AVERROÈS
siste à étudier ce qui est et se ramène à Tainour de la vérité.
Le meilleur culte de Dieu n'est-il pas la connaissance de ses œuvres, acheminement naturel à la connaissance de lui-même? A coup sûr rien n'est plus noble aux yeux de Dieu. Et pourtant c'est là ce que des mystiques taxent de vaine présomption. Il est vil de déprécier ainsi les penseurs qui rendent à la divinité le culte le plus sublime et l'adorent par la plus pure de toutes les religions.
Qu'on n'imagine pas toutefois qu'Averroès, en exaltant l'œuvre supérieure du philosophe, veuille pousser à la destruction des croyances populaires. Tout compte fait, celles-ci lui apparaissent comme un mélange de raison et de superstition qui tourne au profit des consciences et aide aux bonnes mœurs. Il admet donc que le sage respecte la religion établie, au lieu de suggérer aux simples des doutes dangereux. Il est même assez intolérant pour absoudre les pénalités imaginées contre les dissidents et pour déclarer que l'épicurien, dont la doctrine aboutit à détruire tout culte et toute moralité,
mérite la mort.
Ces réserves n'évitèrent point les critiques à Averroès non plus qu'à ses prédécesseurs. Le petit troupeau des philosophes tendait à démontrer l'immutabilité des lois de la nature, l'éternité de la matière et la mortalité de la personne humaine, contrairement au dogmatisme des théologiens qui, le Coran à la main, affirmaient qu'il n'y a aucun enchaînement de faits nécessaire ; que Dieu opère librement tout en tous; que le monde a été créé et peut périr par la volonté du créateur; enfin, qu'après la mort l'homme ressuscite
Pabre. — Pensée chrétienne. 33
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