AMAURY, NOVATEURS ET PERSÉCUTEURS
Vers le commencement du xui* siècle, Amaury de Chartres, encore plus explicite qu'Alain de l'Isle, enseignait une philosophie que Gerson résume ainsi : « Tout est Dieu ; Dieu est tout. II y a identité entre le créateur et la créature. Les Idées créent et sont créées. Dieu est la fin de toutes choses, parce que toutes choses retournent à lui pour reposer éternellement en son sein et former un être unique, immuable. En un mot, Dieu est Tessence de tout ce qui est. »
A son tour David de Dinant, contemporain d*Amaury, professa le panthéisme. C'est de David que saint 'i^homas dira qu'à l'exemple de Parménide, il voit dans les différences établies entre les choses de simples points de vue de la pensée et pousse la folie jusqaa affirmer que Dieu est la matière première.
A Tentendre, il y a trois manifestations distinctes de Tètre : les substances incorporelles, dont le principe est Tesprit divin ; les âmes, dont le principe est Tintelligence ; les corps, dont le principe est la matière. Ces trois principes forment une commune unité, et au fond de tout est Dieu.
L an 1209, un concile tenu à Paris jugea qu'il fallait sévir contre de telles nouveautés. Il ordonna la destruction des ouvrages d'Amaury et de David; fit déterrer le cadavre d'Amaury comme profanant la terre sainte, et condamna divers adeptes des doctrines ainsi proscrites, les uns à la prison perpétuelle, les autres au supplice du bûcher.
A première vue, Textermination des philosophes dissidents contraste avec Thorreur que professe TEglise pour le meurtre et le sang. Mais on trouve moyen de tout accorder. On ne tue pas ; on fait tuer. Puis, ceux qui tuent ne répandent pas le sang; ils font griller les chairs. Ainsi entre l'humanité et la piété s'établit un juste équilibre.
Le bourreau est en somme le grand docteur du moyen âge. Faute de bonnes raisons pour convaincre ses adversaires, on a de bons bûchers où on les envoie se purifier.
L'Ëglise ne se borna pas à frapper des individualités