‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 166 sur 244 · THOMAS D'AQUIN · texte numérisé non relu

THOMAS D'AQUIN

Mais pourquoi, direz-vous, la voie du salut est-ellô ouverte à certains hommes et à certains peuples, de préférence à d'autres? Dieu fait-il acception des personnes? Ne faut-il pas s'en tenir aux belles paroles prêtées à saint Pierre dans les Actes des apôtres : « En toutes nations celui qui craint Dieu et dont les œuvres sont justes lui est agréable »?

Saint Thomas vous répondra que l'acception des personnes est inique, quand il s'agit de la distribution de choses qui sont dues; mais qu'elle est toute naturelle, quand il s'agit de la distribution de dons purement gratuits.

Selon saint Thomas, comme selon saint Augustin, ceux que Dieu instruit, bénéficient de sa miséricorde ; ceux qu'il n'instruit pas ne font que compter avec sa justice. Leur délaissement provient de la juste damnation du genre humain pour le péché du premier homme. Ne cherchons donc pas à pénétrer pourquoi Dieu attire à lui ceux-ci et n'attire pas ceux-là!

Saint Thomas veut bien reconnaître que tous les actes des infidèles ne sont pas des péchés ; mais il professe qu'aucun de leurs actes n'est vraiment méritoire; et, s'il accepte qu'on prie pour eux, il ajoute que « la prière ne leur est utile qu'autant qu'ils se convertissent ».

Ce sont les idées thomistes et augustiniennes que formule Bossuet, dans une lettre dirigée contre ces savants curieux et vains qui entreprennent de sauver les Perses, les Ethiopiens, les Indiens, les Chinois et plusieurs autres peuples. Il réprouve la fausse miséricorde et la fausse sagesse de ceux qui veulent qu'avant Jésus- Christ les Israélites n'aient pas eu seuls le monopole de la vraie religion et du salut; et il rappelle les censures

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formulées contre des théories où toute l't'-coaomio de la religion i;atholii)ue est renversûe. « Ces savants, dit-il. ^'imaginent qu'ils dégraderaient la divûiilé s'ils la réduisaient à ce seul peuple, et, au lieu d'adorer les secrets et impénétrables jugenieaLs de Dieu qui livre toutes les nations k l'idolàlrle, à la réserve de celle qu'il a séparée des autres par tant de prodiges, ils clierchenl à obscurcir la sainte rigueur qui veut convaincre riiomiiie par expérience de son aveuglement, afin qu'il soit plus capable de comprendre d'où lui vient la lumière. » A ses yeux, on ne saurait trop reprendre la manie qu'ont quelques raisonneurs de sauver les Uommes contre toute raison, et de leur persuader qu'on peut être au raug des adorateurs de Dieu à un 1res bas prLx.

Du moins saint Thomas a-l-il k> mérite de confesser que les Urecs et les Romains, ignorants de l'ancienne loi connue seulement des Juifs, n'étaient pas tenus do suivre des préceptes ignorés d'eux et qu'ils étaient uniquement liés par la loi naturelle. Eu conséquence, il admet, avec saint Denis, que certains d'entre les inûdMes avaient pu être convertis avant leur mort par une miraculeuse intervention des anges et sauvés ainsi de la damnation.

L'opposilion n'en reste pas moins iirofonde entre les inûdHes et la famille des enfants de Dieu qui est la chrétienté.

Parmi les intidèles, les uns n'admettent ni l'ancien ni le nouveau Testament, ce sont les païens ; les autres n'admettent que l'ancien Testament, ce sont les juifs.

Quoique les païens errent sur un plus grand nombre de points que les juifs, l'inûdélilé dés Juifs est la pins

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coupable, parce qu'ils n'ont pas su profiter des révélations spéciales dont ils avaient été favorisés. UÉglise ^je a/ disposer de ce qui est à eux; et les catholiques ne doivent former aucune liaison avec eux.

Par une sorte de corollaire de cette doctrine de saint Thomas, les juifs furent au moyen âge les parias de l'humanité. Séquestrés dans les ghettos et ne pouvant vivre que de négoce, on leur reprochait l'existence à part et les métiers auxquels on les réduisait. Ils étaient traqué s par la haine commune. Contre eux toutes les calomnies étaient bonnes. On les accusait de transpercer les hosties pour crucifier de nouveau le Christ, et de préparer leur pain de Pàque avec le sang d'enfants égorgés. C'étaient eux qui empoisonnaient les fontaines; c'étaient eux qui déchaînaient les épidémies Le peuple redoutait et détestait en eux des familiers du diable. Aux heures troubles la politique du clergé détournait sur eux les colères; et le dérivatif se trouvait toujours efficace. Les juifs n'étaientils pas les meurtriers du Christ? Par leur parole : « Quo son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » ne à'étaient-ils pas condamnés eux-mêmes à subir l'oppression et Tabjection, toutes les violences et toutes les avanies? Il est vrai que le Christ avait dit : « Pardonnez leur; car ils ne savent ce qu'ils font, » Mais Tesprit de Secte ne pardonne pas.

Quatre ans avant la mort de saint Thomas, en 1270, lui fondée à Paris une faculté spéciale de philosophie, et défense y fut faite aux professeurs de toucher aux questions théologiques.

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Cette fondation était la mise en œuvre des idées du docteur angélique. Il avait enseigné que la raison et la foi, faites pour se compléter l'une l'autre, se distinguent nettement Tune de l'autre^ et il s'était appliquée fixer les bornes dans lesquelles la raison peut se mouvoir. La mission qu'il assignait à celle-ci était d'éclairer en quelque sorte les avenues de la foi. Que la philosophie, livrée à ses propres lumières, démontre Timmortalité de Tàme, Dieu et le devoir : c'est là une initiation utile aux mystères de la religion. Admettons donc la philosophie, à condition qu'elle soit spiritualiste et qu'elle ne prétende pas avoir le dernier mot!

Le programme tracé par saint Thomas à l'enseignement philosophique était destiné à recevoir de nombreuses applications.

Au XIX® siècle des considérants assez neufs vinrent le rajeunir, et il fut la charte d'une scolastique universitaire. Ainsi Victor Cousin, rhabillant à l'allemande sur le patron de Schelling et de Hegel la pensée thomiste, se plaisait à mettre en parallèle la spontanéité et 1* réflexion, la raison impersonnelle et la raison personnelle, les croyances du peuple et les conceptions ^® ' l' aristocratie de Tespèce humaine. 11 en déduisait fideni^^^ essentielle de la philosophie et de la religion dominat^^^' et disait en divers endroits de ses œuvres : «Dans le cb^^^^' tianisme sont renfermées toutes les vérités; n>ais ^ vérités éternelles peuvent et doivent êtres aborJ^ J illustrées, dégagées par la philosophie. Sœur de la ^ gion, la philosophie convertit les vérités qui lui ^^ ofl'erles par elle dans sa propre substance et dans^ propre forme ; elle ne détruit pas la foi, elle Téclaire e

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