‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 169 sur 244 · L'INQUISITION · texte numérisé non relu

L'INQUISITION

pensée sous le poids de la terreur, forçant les aveux par une savante gradation d*abominables tortures, et allumant partout de sinistres bûchers.

Sur Tun d'eux devait succomber la grande héroïne, la pieuse illuminée, incarnation sublime du patriotisme populaire, Jeanne d'Arc, que plusieurs centaines d^hommes d*église, évèques, vicaires apostoliques, moines, abbés, prieurs, chanoines, clercs de tout rang, forts de la tolérance pontifîcale, condamnèrent comme hérétique au nom de la théologie devenue Thumble servante de nos envahisseurs. Aujourd'hui on la canonise. Les prêtres qui Font faite martyre lui doivent bien de la faire sainte.

Ce n'était pas une nouveauté que les peines infligées ^ux hérétiques. On a vu qu'ils étaient recherchés et punis, <]è8 les premiers temps du triomphe de l'Eglise, pour ce motif que l'orthodoxie religieuse est un bien encore plus précieux que l'or, la liberté et la vie.

Le régime de la contrainte était la règle. Aux époux l'Église disait : Abjurez toute nouveauté et recevez les sacrements, ou vous verrez vos enfants soustraits à ^otre tutelle et votre mariage traité de concubinage. Aux mourants elle disait : Abjurez toute nouveauté et recevez les sacrements, ou votre famille se trouvera ruinée par la confiscation de vos biens. A tous elle disait : Abjurez toute nouveauté et recevez les sacrements, ou vous serez exclus des charges publiques, frustrés de tout héritage, soumis à des amendes et à des châtiments corporels, exposés au bannissement ou même à la mort.

Les théologiens répétaient sous mille formes les deux axiomes catholiques que saint Bernard devait formuler

ainsi : « Les princes sont les ministres de Dieu pour exécuter ses vengeances. Il vaut mieux punir les hérétiques par le glaive de la puissance temporelle que de souffrir qu'ils pervertissent les fidèles par leurs discours et par le spectacle de leur persévérance dans Terreur. »

Il était entendu que TÉglise a sur les hérétiques et les apostats une autorité qu'elle n'a pas sur les infîdèles. Elle est leur mère par cela même qu'ils acceptent ou ont accepté une partie de ses dogmes; et il lui appartient de punir ces fils rebelles.

Les deux conciles tenus à Tolède en 633 et en 693 veulent bien désapprouver la dure persécution infligée, sous le roi Sisebut, à ces milliers de juifs qui furent contraints d'embrasser le catholicisme. Il y eut abus, selon les Pères des deux conciles^ vu que ces juifs n'étaient pas nés sous les lois de l'Église, et que celle-ci n'avait pas sur eux les mêmes droits qu'elle possède sur les hérétiques. Mais, ajoutaient-ils, que ce soit de force ou par choix quils sont devenus catholiqueSy du fait seul qu'ils ont reçu le baptême et ont été initiés aux mystères de l Eglise^ il faut les contraindre d'ij persévérer, de peur que le nom de Dieu ne soit blasphémé et la foi mise en mépris.

La recherche de rhérésie était pratiquée par les évèques dans leurs diocèses respectifs; il était tenu compte des témoignages les plus suspects ; et non seulement les personnes étaient frappées, mais aussi les écrits étaient brûlés. Il y avait en quelque sorte des congrégations diocésaines du Saint-Offîcc et de l'Index.

En 1183, le grand concile de Vérone ne faisait que consacrer un état de choses existant, quand il ordonnait expressément aux évèques de s'enquérir par eux-mêmes ou par leurs commissaires des personnes entachées d'hé-

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