LA THÉORIE ORTHODOXE DE L'INQUISITION
et en le livrant au pouvoir séculier pour être exterminé de ce monde.
Il y a là une nécessité ; car les saintes Ecritures et les saints Pères nous apprennent qu'il faut extirper les chairs mortes pour préserver la masse du sang, et retrancher du troupeau les brebis galeuses qui pourraient le contaminer. Arius dans Alexandrie ne fut qu'une étincelle. Mais on eut le tort de ne pas éteindre cette étincelle ; et il en naquit un incendie qui ravagea Tunivers entier.
Et qu'on n'allègue pas la parole de Jésus-Christ disant : Laissez croître le bon et le mauvais grain jusqu'à la moisson. Le vrai sens en est précisé par ce qu'il ajoute : dans la crainte qiCen arrachant t ivraie y vous n arrachiez avec elle le bon grain. Par là Jésus-Christ a manifesté assez, selon saint Augustin, que, quand cette crainte n'existe pas, c'est-à-dire quand on n'encourt pas de sérieux scandale, quand l'hérétique n'est pas couvert par de puissantes sympathies et n'a pas de défenseurs au moyen desquels il puisse faire un schisme, on ne doit point laisser dormir la sévérité de la discipline.
Quoique la doctrine de TEglise demeure immuable, il y a des cas où TEglise est obligée de s'armer de patience et tolère certains maux pour ne pas aller audevant de maux plus graves. Cela explique qu'elle ait supporté les violateurs de son orthodoxie toutes les fois qu'elle ne pouvait sans péril procéder autrement, à cause de leur grand nombre.
Mais qu'elle frappe sans faiblesse, dès qu'elle peut frapper avec sécurité î
Tant s'en faut, certes, que l'Église catholique veuille la mort des coupables. Elle s'y résigne. David ne put
assurer la paix à sa maison qu'après que son (ils Absalon eût succombé dans la guerre qu'il faisait à son père. De même, il faut que les hérétiques périssent pour le salut des autres enfants de TÉglise. Celle-ci songe au bien da grand nombre qui résulte de leur supplice; et son cœur de mère est consolé.
Mais TEglise ne doit-elle pas toujours recevoir en grâce ceux qui renoncent à Thérésie? Non.
Pour ceux qui y renoncent une première fois, elle sera miséricordieuse. Mais pour ceux qui, après une première abjuration, seront retournés à leur vomissement, elle doit estimer que leur qualité de relaps exige qu'en dépit de toutes les manifestations de leur repentir ils soient impitoyablement livrés au bras séculier pour périr dans les flammes, et qu'ils ne puissent plus bénéficier que de l'octroi des sacrements.
Voici les raisons développées par saint Thomas.
L'Eglise étend le bienfait de sa charité non seulement à ses amis, mais encore à ses ennemis et à ses persécuteurs, conformément à ce précepte du Christ : Aimn vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent.
Mais la charité peut s'appliquer à deux sortes de biens qu'on procure au prochain. L'un est le bien spirituel, c'est-à-dire le salut de l'àme ; et c'est ce bien qui est le principal objet de la charité. L'autre bien, qui n'est que l'objet secondaire de la charité, est le bien temporel, c'està-dire la possession de la vie, de la fortune, des dignités.
La charité nous oblige à ne vouloir pour les autres cette seconde espèce de biens qu'à titre subsidiaire, et à vouloir par-dessus tout leur salut et celui de leur prochain. En conséquence, si la conservation de la vie