LA THÉORIE ORTHODOXE DE L'INQUISITION
par un individu peut être un obstacle à son salut éternel ou au salut éternel d'une foule d'autres, la charité, bien loin de nous faire une loi de lui vouloir ce bien, nous oblige plutôt à désirer qu^il en soit privé, soit parce que le salut éternel est préférable à tout bien temporel, soit parce que l'intérêt de la multitude prime celui d'un particulier.
N'est-il pas manifeste que, si les hérétiques qui reviennent de leur erreur trouvaient toujours ouverts les bras de TEglise et qu'on leur conservât la vie ainsi que les autres biens temporels, cette conduite pourrait être préjudiciable au salut du grand nombre? Quelle source de corruption, pour ceux qui en sont témoins, qu'une rechute dans l'hérésie ! Et comme l'impunité des coupables est un encouragement à les imiter!
Donc, il est tout au plus permis d'accorder que l'Eglise, non contente d'admettre à la pénitence ceux qui reviennent une première fois de leur erreur, leur conserve la vie et leur rende quelquefois, par de bénévoles dispenses, les dignités qu'ils possédaient auparavant, quand ils se révèlent complètement et irrévocablement convertis. C'est là une conduite qui a été souvent suivie pour le bien de la paix. Mais, lorsque ceux qui ont été admis à la pénitence tombent de nouveau, la preuve est faite qu'ils ne sont pas fermes dans la foi. En cas de repentir, on peut bien les admettre encore à la pénitence ; on ne saurait les délivrer de la peine de mort.
Dieu est le scrutateur des cœurs et il démêle les relaps qui reviennent véritablement. Mais l'Église ne lit pas de même dans les âmes; et, présumant avec vraisemblance le manque de sincérité de ceux qui sont retombés après être une fois revenus, elle leur dit : Je
consens bien à ne pas fermer sur vous les portes du salut; mais force m'est de fermer sur vous les portes de la vie.
Casuistique criminelle, mère de milliers d'homicides et de milliers d'hypocrisies !