‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 175 sur 244 · LE TRIOMPHE DU RATIONALISME NOMINALISTE · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DU RATIONALISME NOMINALISTE

Ockam avait allumé la guerre dans le camp des scolastiques. De part et d'autre, pendant le xiv^ et le xv^ siècle, on prodigua raisons et sophismes pour ou contre le nominalisme, qu*on appelait la moderne philosophie : agitation salutaire d'où naquit la Renaissance.

Parmi les adversaires d*Ockam se distinguèrent le professeur Walter Burleigh, et Thomas, évêque de Cantorbéry. Tous deux patronnèrent le réalisme, soit au nom de la raison, soit au nom de la foi.

Après eux, Thomas de Strasbourg, prieur de Tordre des ermites de saint Augustin, etMarsile dlnghem, recteur de rUniversité allemande de Heidelberg, défendirent aussi le réalisme, en Tatténuant.

D'autre part, Pierre d'Ailly, adepte de l'astrologie judiciaire, apologiste de l'omnipotence ecclésiastique, condamnateur de Jean Huss, mais homme illustre à qui ses traités et ses prédications méritèrent le double surnom à! Aigle de France et de Marteau des hérétiques^ entreprit d'introduire des tempéraments dans le nominalisme. Toutefois, s'il en combattit les tendances sceptiques, il ne lui fut pas foncièrement favorable, et il tra-

vailla à déblayer la philosophie de tout ce fatras d'entités dont on Tavait embarrassée.

De plus en plus nombreux, les purs nominalistes formaient une masse compacte que ne purent ébranler les écoles thomistes et scotistes liguées contre Tennemi commun.

Parmi eux, on remarque un contemporain d'Ockam, le moine Durand de Saint-Pourcain, devenu évêque de Meaux, dont Tidée fondamentale était qu'exister c'esi être individuellement; puis, le prédicateur allemand Gabriel Biel, qui, au xv* siècle, fit une exposition remarquable des doctrines nominalistes.

L'autorité patronnait le réalisme ; mais l'opinion était favorable au nominalisme, plus net, plus intelligible. Force fut de lui faire sa place à la Sorbonne. Il y fut professé, dès le XIV® siècle, par Jean Buridan, recteur de rUniversité de Paris.

Buridan est surtout connu par ses discussions sur le libre arbitre, et en particulier par l'argmentation suivante, qu'on lui attribue sans doute à juste titre, quoiqu'elle ne se trouve pas dans ses écrits : Voici un àne également pressé de la faim et de la soif. Vous le placez entre une mesure d'avoine et un seau d'eau produi-' sant une égale impression sur ses organes. Que fera-t-il"? Pensez-vous qu'il demeurera immobile et qu'ayantprès de lui tout ce qui lui est nécessaire pour se rassasier et se désaltérer il mourra de faim et de soif? Non, évidemment, dites-vous ; cet àne, après tout, ne sera pas assez àne pour se laisser mourir ainsi. Vous êtes donc forcés de reconnaître que cet àne a le libre arbitre.

Ockam, Durand de Saint-Pourcain, Buridan, Biel,

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