‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 177 sur 244 · LA RELIGION DU CŒUR · texte numérisé non relu

LA RELIGION DU CŒUR

Des gloses et des mots ! La scolastique semblait ne rien tolérer au delà, et on pourrait dire qu'elle a complèlement manqué d'originalité s'il n'était sorti des écoles du moyen âge quelques penseurs solitaires qui furent grands, depuis le moine Scot Erigène jusqu'au moine Roger Bacon.

A côté des dialecticiens il y eut les contemplatifs. Le dégoût même des subtilités de la logique régnante multipliait les mystiques. Or, non moins que les audaces du raisonnement, les audaces du sentiment devaient tendre à TaiTranchissement des âmes, de plus en plus libérées de la tradition qui asservit et de la lettre qui tue.

L'homme est esprit et cœur. Tout ce que nous pensons ne se laisse pas sentir; tout ce que nous sentons ne se laisse pas penser. Le sens affectif qui est en chacun de nous est Tâme même de notre âme, et le philosophe qui n'en tient pas compte risque de s'égarer dans la région vide des formules sans vie. Le meilleur de nousmêmes, c'est précisément ce qui nous fait le plus souffrir. Qu^importe le prix dont nous payons l'amour? N'est-ce pas à l'amour que nous devons de sentir l'infini ?

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Les mTsIiques uni compris cela, el. au milieu de leurs raffinemenls, de leurs exagéralions, de leurs chimères, ils ont eu le mérite d'opposer à l'idolâtrie des abstractions la religion du cœur.

Les sculasliqucs ergotaient sur les dogmes de la foi: les mystiques auraient volontiers sacrilîé tous les dogmes au sentiment qui fait la foi.

Leur ardent désir de se mettre en communication directe avec le céksle ('■poux, les disposait mal à s'incliner devant une hiérarcliie et à accepter des intermédiaires. Aussi montrêrent-ils en général un esprit d'indépendance qui préparait l'œuvre d'émancipation île la Réforme, Luther lui-même sera un fervent mystique, déclarant trop aimer Dieu pour pouvoir supporter le pape.

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