LES DEUX COURANTS ÉVANGÉLIQUES
Telle est l'intransigeance de Jésus qu'il demande que l'homme arrache son œil, coupe sa main^ si son œil ou sa main lui sont un sujet de scandale. Il déclare qu'il est venu apporter le glaive et séparer violemment le fils du père, la fille de la mère.
Un jour, on vient dire à Jésus : « Votre mère et vos frères sont là. » Il répond : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui Taccomplissent. » Jésus dit encore dans saint Luc : « Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. »
C'est saint Luc qui nous montre Jésus admettant qiion se fasse eunuque pour le royaume de Dieu. C'est aussi saint Luc qui oppose la contemplative Marie, assise aux pieds de Jésus, à l'active Marthe occupée de tout préparer pour restaurer son hôte. Marthe ne peut s'empêcher de regretter que sa sœur se désintéresse ainsi des soins du ménage et lui laisse toute la lAche : i( Dites-lui donc de m'aider », dit-elle à Jésus. Mais il lui répond : <c Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera point ôtée. »
Par une suite de ces enseignements, on a fait consister la vraie vie chrélienne dans la vie religieuse, c'est-à-dire dans la vie des religieux s'élevant par le renoncement et parles mortifications à la contemplation pure.
A la base sont les pratiques ascétiques, qui tendent à réprimer les penchants de notre nature, de sorte que l'homme sache se priver de ce qui Tattire le plus et faire
OU souffrir ce qui lui coûte le plus. Se vaincre ne vaul-il pas mieux que de vaincre le monde?
L'ascète s'inflige sans cesse de nouvelles austérités. Il se prive de nourriture et de sommeil, non pour un effet utile, mais pour le simple plaisir de mater la chair sous le joug de Tesprit. Saint Athanase nous montre son ami saint Antoine tellement humilié des nécessités où nous condamne notre guenille corporelle qu'il ne se lavait jamais et que ses pieds ne furent jamais nettoyés a sauf quand force lui fut de passer dans Teau ».
Après s'être fait un tempérament d'ascète, le religieux vogue à pleines voiles dans les eaux du mysticisme; et il savoure le repos amoureusement goûté au sein d'extases béates. Ce repos est un avant-goût délicieux de la mort. Beatimortui quia quiescunt.
De plus en plus, chez les purs contemplatifs, le rêve se substitue à l'action. Ils se stérilisent dans le vagabondage de leur imagination en quôte du parfait et s'estimeot volontiers supérieurs aux agissants qui, au prix d'inévitables imperfections, réalisent des œuvres.
Si dans les couvents ils se rapprochent les uns des autres pour que la commune manifestation des mûmes sentiments en augmente chez chacun Ténergie, leur devoir est de se garder comme d'un crime de toute forte attache et de rester isolés en Dieu.
La vision du monde ù venir les a désintéressés de ce monde. Ils ne trouvent de bon dans la vie que la mort qui, en la terminant, terminera leur exil; et dans cet exil ils ne connaissent d'heures enchantées que les heures d'extase ou ils s'écrient avec le psalmiste : « Du moment où je vous possède, Seigneur, je ne demande rien à la terre ni au ciel. »