‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 182 sur 244 · SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD

Saint Bernard trempa son âme aux deux courants de TEvangile et fut, au xii® siècle, ce que devait être Gerson au XV® siècle, à la fois un homme d'action et un homme de contemplation.

Nous le voyons propager la vie monastique par des

fondations multiples en France, en Espagne, en Italie,

en Angleterre, en Irlande, aux Pays-Bas, en Allemagne;

prendre la haute main dans les affaires ecclésiastiques ;

conduire d'innombrables négociations ; foudroyer de

ses anathèmes les moindres atteintes à l'orthodoxie ;

enflammer par ses prédications populaires le zèle des

croisés contre l'Islamisme; adresser de hardies remon-

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Irances aux rois et aux papes; dédaigner pour lui-même le pontificat et la prélature; être, enfin, du fond de sa cellule, où il se livre à des mortifications qui le tueront, Toracle du monde catholique, de par la seule autorité de la puissance morale que lui confèrent son génie et ses vertus.

Mêlé aux querelles de son temps, l'abbé de Clairvaux prit parti, comme plus tard Gerson, contre les prétentions théocratiques de TEglise : «Trêve à tant d'audace ! s'écriet-il en divers endroits de ses écrits. Prêtres du Christ, ne prétendez point associer le pouvoir et l'apostolat. Si vous voulez posséder à la fois l'un et Tautre, vous serez privés de l'un et de l'autre. Dominer vous est défendu; servir vous est ordonné. Je ne connais ni glaive ni supplice qui me fassent tant craindre pour vous que cette fureur de régner. »

D'après saint Bernard, la mission du prêtre est d'initier les âmes à la vie spirituelle.

D'abord l'homme s'aime lui-même. La nature y pousse: qui pourrait haïr sa propre chair? S'aimer n'est pas mauvais, si on y met de la modération et si en même temps on est secourable envers ses frères.

Mais que l'homme se regarde, et il sera vil à ses propre^ yeux. En vain, mécontent de soi, voudra-t-il remplir le vide qu'il y sent, par toute sorte de biens. A quelques délices qu'il goûte, rien ne pourra rassasier son àmc. Aussi grande que soit l'abondance qui l'environne, l'àme songe toujours à ce qu'elle ne possède pas, et elle souffre plus de ce qui lui manque qu'elle ne jouit de ce qu'elle a. Au bout de tout, vous ne rencontrerez jamais qu'inquiétude et épuisement. Ainsi la connaissance de nousmêmes nous détache de nous-mêmes et nous apprend

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