‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 184 sur 244 · HUGUES DE SAINT-VICTOR · texte numérisé non relu

HUGUES DE SAINT-VICTOR

Saint Bernard était encore un adolescent, lorsqu'en 1108 Guillaume de Champeaux, désertant sa chaire de la Cité, se retira au fond d'un faubourg de Paris et y fonda Tabbaye de Saint-Victor, principal foyer du mysticisme au xii*" siècle.

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Tout imprégnés de l'idéalisme de leur maître, les moines de Saint- Victor furent naturellement acheminés à affectionner Scot Erigène, Tancêtre intellectuel de Guillaume.

Scot Erigène s'était avant tout inspiré des Alexandrins ; c'est aussi des Alexandrins que s'inspira Técole de Saint- Victor, de plus en plus mystique. Le Flamand Hugues, chef de cette grande école, contemporain et ami de saint Bernard, avait étudié avec passion et longuement commenté les livres, plus néoplatoniciens que chrétiens, qu'on attribuait à saint Denis de l'Aréopage.

Hugues fut un homme de génie. On le connaît peu; et on ne lit guère les curieux écrits où il traite de la Manière d'étudier, de la Charité, des Ecritures, des Sacrements, de la Sagesse du Christ. Le plus insupportable abus de l'allégorie gâte ses œuvres, de même que celles de ses disciples, et a souvent empêché de discerner en lui le pénétrant psychologue, le puissant métaphysicien.

D'après le moine de Saint-Victor, il faut distinguer le corps et l'àme sans trop les opposer. Le corps a son côté spirituel, la sensibilité, par où il pénètre Tàme; l'àme a son côté matériel, l'imagination, par où elle pénètre le corps. Au fond c'est le même principe qui produit ici la vie, là la pensée.

A partir de la plante, partout où il y a un organisme, préside un agent spirituel plus ou moins grossier. Les êtres s'échelonnent, formant différentes hiérarchies sur la route infinie de la perfection. Au sommet et au fond de tout est Celui qui est autant au-dessus des esprits que les esprits sont au-dessus des corps. Celui qui diffère de toutes choses créées encore plus que ne diffèrent les unes

des autres les plus opposées d'entre elles. Celui qui est rincompréhensible s'imposant à notre foi.

Hugues n'admet pas les exigences d'une orthodoxie rigide. A ses yeux l'essentiel est qu'on ait le sentiment de la vérité. Peu importent certains désaccords sur son interprétation dogmatique. Dieu échappe à tous les cadres de notre pensée. Pourquoi vouloir que tous l'entendent de môme? L'essentiel est que tous le sentent. Hugues dirait volontiers avec le Faust de Gœthe : <c Dieu! qui oserait le définir et dire : je crois en lui? Mais quel être sentant pourrait prendre sur soi de dire: Je ne crois pas en lui? Celui qui contient tout, soutient tout, ne contient-il pas, ne soutient-il pas toi, moi, luimême? La voûte du firmament ne s'arrondit-elle pas là-haut? Ici-bas la terre ferme ne s'étend-elle pas? Et les étoiles éternelles ne montent-elles pas, en nous regardant avec amour? Tout ne flotte-t-il pas dans un éternel mystère? L'invisible ne nous environne-l-il pas, partout visible autour de nous? Remplis-en ton cœur, aussi vaste qu'il soit, et, quand tu nageras dans la plénitude de l'extase, nomme ce sentiment comme lu voudras; nomme-le Béatitude! Amour! Dieu! Moi, je ne sais pas de nom qui convienne. Le sentiment est tout; le nom n'çst que bruit et fumée, vain nuage obscurcissant la céleste Ilamme. »

Aux jugements qui sont selon la raison et comme tels probables, aux jugements qui sont la raison même et comme tels évidents, Hugues ajoute les jugements qui sont au-dessus de la raison et comme tels surnalurellement dignes de foi, et il leur oppose les jugements qui sont contre la raison et comme tels indignes d'être crus.

H nous représente Tàme montant de degrés en degrés

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