‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 194 sur 244 · WICLEF ET LES WICLKFISTES · texte numérisé non relu

WICLEF ET LES WICLKFISTES

Le nom des Lollards fut étendu en Angleterre aux sectateurs de Wiclef, qui, à leur exemple, vivaient en pauvres volontaires et portaient d'humbles vêtements.

John Wiclef, né en 1324 dans le comté d'York, loua par-dessus tout la pauvreté évangélique, et pourtant ne dédaigna pas les riches bénéfices dont l'investit le roi Edouard III.

Ce novateur pose en principe qu'il y a nécessité que le monde soit tel qu'il est. S'il y avait quelque chose qui fût susceptible d'exister et que Dieu frustrât de l'existence, Dieu serait envieux. Etant parfaitement bon, il n'a pu refuser l'être à tout ce qui le pouvait avoir. Tout ce qui est était inévitable, même le péché. Quand nous pensons que nous sommes libres, nous sommes dupes d'une illusion pareille à celle de Tenfant qui croit qu'il marche seul, pendant qu'on le mène. Au fond aucune créature n'a motif d'accuser Dieu. Même en donnant l'être aux damnés, il se montre encore miséricordieux; car finalement il leur sera plus profitable d'avoir été que de n'avoir pas été.

Selon Wiclef, les enfants morts sans le baptême peuvent quand même être sauvés; c'est le mutuel consentement de l'homme et de la femme qui fait le mariage, et non la bénédiction du prêtre ; la confession n'est pas nécessaire, il n'y a de nécessaire que le repentir.

Il appelle la foi en la transsubstantiation la plus détestable des erreurs. Le Christ ne réside qu'en figure dans

FADni. — Pensée cliréliciine. 38

Teucharistie. N'adorez que condilionnellement l'hostie; mais adorez absolument Jésus-Christ qui est dans le ciel.

Il dénie à TEglise de Rome la prééminence sur les autres Eglises, et aux papes, aux archevêques ou évêques, la prééminence sur les simples prêtres. A ses yeux, la valeur des sacrements dépend du mérite de ceux qui les confèrent, et non d'une vaine investiture. Dès lors, la magistrature sacerdotale n'a d'efficace que dans les ecclésiastiques irréprochables. Les prêtres et les moines qui vivent au milieu des richesses sont des indignes. N'imitant pas Jésus-Christ, ils n'en sauraient avoir la puissance, tandis qu'elle subsiste dans le plus humble laïque dont Tàme reste pure et sans attache aux biens de la terre.

Contempteur de la puissance ecclésiastique, Wiclef n'est guère plus respectueux de la puissance civile, quoiqu'il revendique ses droits à l'indépendance et n'admette point que la juridiction des prélats se substitue à la sienne.

A ses yeux, pas plus qu'un pape sans vertu n'a droit à la tiare, un roi sans vertu n'a droit à la couronne. L'homme qui par ses qualités morales mérite les plus grandes louanges, mérite aussi les dignités les plus hautes. Aux plus saints les plus saints offices. Les vicieux les usurpent. Où la valeur morale n'est pas, aucune autorité n'a de raison d'èlre. Tout grand qui se dégrade signe sa déchéance. Que le peuple remplace les mauvais pas les bons! Il fera justice.

Les Wicléfistes répétaient à la suite de leur maître

JEAN HUSS ET LES HUSSITES 59o

que le Pape était rAntéchrist, et que le déchaînement de Satan annoncé pour Tan mille dans l'apocalypse avait été le fait de TEglise romaine devenue l'immonde Babylone.

L'esprit de révolte grondait en eux non seulement contre les prêtres et les moines, mais aussi contre tout pouvoir infîdèle à leur idéal de sainteté. En 1381, quand le manouvrier Wast Tyler ameuta les paysans pour venger sa fille outragée par un collecteur d'impôts, les Wicléfistes se mêlèrent aux séditieux et donnèrent force à la grande insurrection populaire sous laquelle faillit succomber le roi Richard.

Wiclef avait été condamné par le concile de Londres. Il s'exila à Oxford et trouva moyen de mourir en paix, Tan 1387. Mais en 1412 les bons orthodoxes qui ne se pardonnaient point de n^avoir pas jeté au bûcher cet hérétique s'avisèrent de prendre leur revanche sur son cadavre. Il fut déterré et livré aux flammes.

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