‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 201 sur 244 · BEAUTES DE L'IMITATION · texte numérisé non relu

BEAUTES DE L'IMITATION

naïf, transparent, non frelaté par les raffinements du bel esprit, exempt de procédés, point précieux, point aristocratique, mal propre à Tamusement, visant droit à instruire et à toucher, enfin tout à fait étranger à la rhétorique artificielle des cicéroniens qui oublient de sentir et de penser pour faire des phrases et font des phrases dont seraient choquées les oreilles du moindre afTranchi de l'ancienne Rome. C'est dans ce latin populaire, d'une saveur si originale, qu'est écrite Ylmitation de JésuS'Christ.

Heureux, dit Tauteur de l'Imitation, celui que la vérité enseigne directement, non par des figures et par des ;()aroles qui passent, mais en se révélant telle qu'elle est. <3u'avons-nous à faire de ces disputes de Técole sur le ^enre et l'espèce? Mieux vaut éprouver un bon sentiment que savoir comment on le définit. Celui qui trouve lout dans l'unité, qui rapporte tout à l'unité et qui voit ^out dans l'unité, peut être stable en son cœur et demeurer établi dans la paix de Dieu. 0 vérité, qui êtes Dieu même, faites que je m'identifie avec vous par une éternelle charité. Souvent le dégoût me prend de tant lire et écouter. En vous est tout ce que je veux et désire. Que tous les docteurs se taisent; que toutes les créatures se taisent; parlez-moi vous seul!

11 ne faut pas blâmer la science : en soi et réglée par Dieu elle est bonne ; mais il faut toujours lui préférer une conscience pure. Malheureusement la plupart des hommes s'étudient plus à savoir beaucoup qu'à bien vivre. Oh! s'ils mettaient aussi grande diligence à extirper leurs vices et à s'inculquer des vertus, qu'ils s'en donnent à remuer des questions, on ne verrait pas tant de maux

ai lanl de scamlnles. Lorsque Dieu nous jugera, il M nous demandera pas ce que nous avoBS lu, mais ce que Qous avons fait; ni si nous avons Lieu parlé, mais si nous avons sainLement vécu. Dites-moi, où sont maintenant tous ces maîtres, tous ces docteurs bien connus de vous quand ils vivaient et qu'ils florissaient dans les sciences? D'autres occupeut leurs places, et je ne sais s'ils pensent seulement a eux. Ils semblaieat être quelque chose durant leur vie, et maintenant le silence. Oh ! que la gloire de ce monde passe vile et que c'est bientôt fait de nous ! L'homme qui vil aujourd'hoi ne parait plus demain; et quand il a disparu de nos yeux il s'etTace bienlfit de notre pensée.

S'il vous estarrivé de voir un homme mourant, songez que vous passerez par le même chemin. Combien d« fois avez-vous ouï dire : un tel a été tué d'un coup d'épée; un tel s'est noyé ; celui-ci s'est étranglé en mangeant ; cet autre a expiré en jouant. Ainsi la mort est la fin de tous, et la vie des hommes est une ombre qui passe.

Prenons donc notre vol au-dessus de toutes ces vanités qui tourmentent inutilement l'existence et n'aboulisaenl qu'à la tombe. L'homme a deux ailes pour s'élever audessus des choses de la terre : la simplicité et la pureté. La simplicité doit être dans l'intention, ol la pureté dans l'afTeclion. La simplicité tend vers Dieu; la pure té l'atteint et le goûte. Plus un homme sera recueilli en lui-même et sera devenu simple de cœur, moins il aura de peiue à comprendre les choses les plus relevées, parce qu'il recevra d'en haut la lumii;re de rintelligence.

Après avoir interprété la belle parole de l'allocution de Jésus sur la montagne; « Bienheureux ceux qui ont

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le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu, " le sage cénobUe nous donne les moyens do purifier noire cœur. Il trace le talileau îles misères de la vie ; il noua apprend à nous recueillir en nous-mèmca; il nous fait goûter le charme de la solitude ; il combat tour à tour la vanité, l'orgueil, l'impatience, l'apathie, la dissipation, la sensualité, la pusillanimité, l'irrésolution, loutes nos maladies morales.

A chaque page se li'ouvenl les plus utiles enseignements et des vues profondes sur la nature humaine.

Dans le mouvement ou dans le repos Je ne suis point où est mon corps, mais plutôt où mon esprit m'entraîne. Je suis où est ma pensée, et ma pensée est oii est ce que j'aime. Ce qui se présente à elle le plus vite, ce sont les choses qui me plaisent d'instinct ou par accoutumance. Ainsi, quand nos affections intérieures sont corrompues, il est inévitable qu'elles corrompent nos actions.

Il nous est bon de rencontrer des contradictions. Elles nous prémunissent contre la vaine gloire. Il nous est bon d'avoir quelquefois des peines et des traverses. Elles nous apprennent à ne pas mettre notre espérance dans les choses du monde. Le monde va à néant, et qous avec lui.

Nous sommes riches de courage tant qu'il ne nous arrive aucune fâcherie; nous savons même bien conseiller les autres et les fortifier par nos discours. Mais dès qu'il nous survient une afiliclion soudaine, nous manquons de conseil et de force. Rien tant que l'adversitë ne donne occasion de voir jusqu'où va la vertu de chacun. Ce n'est pas que les occasions rendent l'homme fragile; mais elles le montrent tel qu'il est.

^i^^ LES MYSTIQUES

Exerçons-nous à profiter des difflcultcs et des dis^'lces pour nous recueillir en nous-même et travailler avec efficacité à notre amendemenl. En général on est fécond en bonnes résolutions et stérile en bonnes œuvres. On découvre la voie de la perfection et on voit clairement ce qu'il faut faire; mais accablé du poids de sa corruption OD ne s'élève à rien de parfait. Vous, luttez courageusement, La chair murmurera; mais elle sera domptée par la ferveur de l'esprit, et une mauvaise habitude sera surmontée par une habitude contraire. Pourquoi toujours remettre à demain l'exécution de vos bons proposf Levez- vous ; commencez à l'instant, et dites : voici le temps d'agir, voici le temps de combattre, voici le temps propre pour me corriger.

Deux cboses en particulier aident beaucoup à bieo s'amender ; l'une, de s'arracher violemment su principal vice oii nous porte notre nature; l'autre, de poursuivre ardemment la vertu dont on a surtout besoin.

Appliquez-vous avec un soin spécial à prévenir ou à déraciner en vous les défauts qui vous choquent le plus en autrui. Si vous avez devant les yeux quelque bon exemple ou que vous en entendiez parler, animez-vous Jt l'imiter: que si vous voyez faire quelque chose de répréhenKible, soyez sur vos gardes pour ne pas en faire autant.

Songez que les autres ont l'œil sur vous, comme vous l'avez sur eux. Au surplus, si vous faites bien, ne vous préoccupez point de leurs médisances. Que sont des paroles, sinon des paroles? Elles frappent l'air; mais elles n'entament point la pierre. Tout homme est menteur, faible, inconstant et sujet h s'échapper en vains discours, si bien qu'il faut à peine le croire d'abord, quelque apparence de droiture qu'il y ait en ce

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