BEAUTÉS DE L'IMITATION G
qu'il dit. « Soyez discret, me dit un homme, soyez discret, gardez pour vous ce que je vous confie » ; et pendant que je me tais et que je crois son secret bien caché, il ne peut observer lui-même le silence qu'il m^a demandé; à Tinstant même où il me quitte le voilà qui se trahit aussi bien que moi.
La gloire des bons est dans leur conscience même,
et non dans la bouche des hommes. Il n'y a de paix que
pour qui est indifférent aux louanges ou au blâme.
Un homme en vaut-il plus parce qu'un autre Testime
grand ; en vaut-il moins parce qu'un autre l'estime petit?
"Vous êtes ce que vous êtes, et tout ce qu'on pourra dire
n'y ajoutera ni ôtera rien.
On demande d'un homme : qu'a-t-il fail? Mais s'il l'a
ïait par vertu, c'est à quoi l'on ne regarde guère. Dieu,
Xui, considère bien moins ce que l'on fait que le moiif
cjui le fait faire. C'est beaucoup que bien faire ce que l'on
lait; c'est bien faire ce que l'on fait que songer plus à
"procurer le bien commun qu'à satisfaire sa volonté propre.
N'importunez pas les autres de vos conseils, car les
liommes ne souffrent pas volontiers qu'on les conduise
au delà de leurs propres lumières; mais instruisez-les
par vos exemples. Si vous commencez par bien établir
la paix en vous-même, vous pourrez ensuite la procurer
à autrui. L'homme pacifique est plus utile que le savant.
Celui qui est passionné croit aisément le mal et change
même le bien en mal; mécontent et inquiet, il est agité
de divers soupçons et ne peut ni demeurer en repos ni
y laisser les autres; il dit souvent ce qu'il ne devrait
pas dire et il ne fait pas ce qu'il lui serait expédient de
faire ; il est attentif aux obligations du prochain et il
néglige ses propres obligations. Au contraire, celui qui
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est bien assis dans la paix tourne tout en bien ; il ne soupçonne pas volontiers les autres; il aime à s'accuser et à excuser son frère.
Aussi perfectionné que Ton soit, il faut toujours être en garde. De même qu'un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, l'homme faible et changeant abandonne facilement ses résolutions et est agité par des tentations diverses. D'abord s'ofi*re à l'esprit une simple pensée, après vient une forte imagination, après suivent la délectation, le mouvement déréglé et enfin le consentement. Ainsi peu à peu l'ennemi entre dans l'âme de toutes parts, si on ne lui a résisté dès le commencement. Plus on est lent et lâche â combattre, plus on va s'afTaiblissant de jour en jour et plus l'ennemi a de force. Mettons la cognée à la racine de Tarbre, afin qu'étant libres de nos passions, nous possédions la paix intérieure.
Ce n'est pas au dehors qu'est la source de la paix. Tel sort gaiement qui revient avec tristesse, et la joie du soir assombrit la matinée du lendemain. Il en est ainsi de toutes les joies charnelles; elles s'insinuent agréablement, mais elles mordent et tuent à la fin. Où que tu ailles, que verras-tu qui soit stable sous le soleil? Tu crois peut-être te rassasier ; tu n'en viendras jamais à bout. Lève les yeux vers Dieu.
L'âme tournée vers Dieu, grâce à l'affaiblissement des inclinations mauvaises qui l'éloignent de lui, se rend peu à peu digne, par la méditation intérieure et par Tardeur de la charité, de converser avec son divin maître. Voici que Dieu devient de plus en plus présent à l'âme; il la soutient dans ses efforts, la relève dans