‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 30 sur 244 · PROCLUS · texte numérisé non relu

PROCLUS

s'abstenir de la viande des animaux. L'égyptien Plotin avait voyagé chez les Indiens et chez les Perses pour s'éclairer à fond de leurs doctrines. Extase, théurgie, ina^e, étaient des importations orientales. Le syrien Proclus mêlera Hermès et Zoroastre, Orphée et Pythagore, Platon et Aristote ; se posera en réconciliateur de toutes les religions, et visera à être le pontife universel.

Ce luxe d'érudition, ce goût d'éclectisme, cette manie de fusion religieuse, triple signe de décadence, n'empêchent pas que Proclus s'élève à de remarquables conceptions.

Voici comment il parle de Tamour, cette âme de Iharmoûie universelle, qui est tantôt charité, tantôt élan vers l'idéal : a Les êtres supérieurs aiment les êtres inférieurs, non parce qu'ils sont beaux et par suite aimables, mais par le doux attrait d'être leur providence. Les êtres inférieurs au contraire aiment les supérieurs non par le désir de leur faire du bien, — car quel bien pourraient-ils faire à ceux qui sont meilleurs qu'eux et plus parfaits ? — mais parce qu'ils trouvent dans les êtres supérieurs des modèles vers lesquels se tourner. Ainsi la bienfaisance et la bonté dans les êtres supérieurs, ^i,dans les êtres moins bons, le sentiment de leur propre indigence et Tadmiration des natures qui sont au-dessus d'eux, voilà les deux grandes manifestatious et comme le double courant de Tamour. »

Non content d'éclairer d'un nouveau jour les doctrines de l'école, Proclus les corrige sur certaines matières importantes. Ainsi, il combat le déterminisme théologique de Plotin qui, persuadé que choisir est ignorer le meil-

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leur, faisait consislcr la liberté de Dieu dans la néceSsiie de son action providentielle menant tout au bien. Il combat avec encore plus de force le déterminisme anthropologi(]ue qui montre l'homme esclave de ses idées ou de ses inclinations, el il établit les vcrilablcs bases de la moralité humaine : c Ne confondons pas, dit-ïl, le libre arbitre avec la volonté. La volonté va naturellement au bien; la liberté peut pencher et se déterminer pour la mal. Placés pour ainsi dire entre le corps et l'esprit, la sensation et la raison, nous sommes mus d'un double mouvement, l'un propre à l'ùlme, et qui nous mènerait toujours au bien, sans fatigue el sans choix; l'autre, qui nous vient du corps, et qui nous entraîne au mal ou vers le monde inférieur de la matière. La liberté consiste dans la faculté de suivre par choix l'un ou l'autre de ces mouvements. Elle nous a été donnée pour que nous puissions nous perfectionner et nous rendre dignes des dieux qui sont nos modèles et nos pères. Ce pouvoir est tout personnel; il est tellement uni à notre nature qu'au lieu de dire qu'il est à nous, il est plus juste de dire qu'il est nous-mêmes. L'homme, c'est la liberté. »

Malheureusement Proclus est prompt à gâter ces saines pensées par les contradictions où l'engage sa manie de faire des mosa'fques d'idées. Il lient Lien pour la liberté; mais il tient encore plus pour l'extase où, il le déclare, la liberté est annihilée.

C'est le propre de cet éclectique de pondérer toujours l'innovation et l'imitation. Kn même temps qu'il s'unit à Plolin pour exalter le détire de l'amour au-dessus de la science, Proclus se distingue de lui en mettant la foi au-dessus de l'amour.

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