SAINT PAUL A ATHÈNES
L'éloquence de Paul, simple et forte, éclate dans les lettres immortelles qu'il adressait à ses coreligionnaires de Rome, de Corjnthe, d'Ephèse, de Colosse et de Thessalonique.
En même temps qu'il écrivait il parlait en tous lieux. La tradition nous le montre prenant la parole dans la ville des Socrate et des Platon, à Athènes :
« Athéniens, dit-il, je vois qu'en toutes choses vous êtes religieux à Texcès ; car, comme je passais, regardant vos idoles, je trouvai un autel où il était écrit : « Au dieu inconnu. » Ce que vous honorez sans le savoir, je viens vous Tannoncer. Dieu, qui a fait le monde et tout ce qu'il renferme, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans les temples bâtis par les hommes, et il n'est point honoré parles ouvrages des hommes, comme s'il avait besoin de rien, puisqu'il distribue à tous la respiration et toutes choses. Il a fait que toute la race humaine venue d'un seul homme se répande sur toute la face de la terre, marquant les temps et donnant des bornes à la demeure des peuples^ afin qu'on cherche Dieu, tâchant de le trouver comme à tAtons, quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous, car c'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. Comme quelques-uns de vos poètes
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l'ont dit : « Nous sommes de race divine », et étant de race divine, nous ne devons pas estimer que la divinité soit semblable à de For, à de Tangent, à de la pierre, ouvrage de Tart et de la pensée de Thomme. Or donc, Dieu, ne pouvant plus souffrir ces temps d'ignorance, mande maintenant à tous les hommes, en tous les pays, qu'ils fassent pénitence, parce qu'il a établi un jour où il doit juger le monde en équité par celui qu'il a choisi ; et il a donné à tous ample motif de croire en le ressuscitant des morts. »
Tandis que l'apôtre célébrait la majesté de Dieu, les Athéniens l'écoutèrent d'autant plus volontiers qu'ils reconnaissaient dans sa parole comme un écho de ces grandes voix qui avaient autrefois retenti dans l'Académie et dans le Lycée ; mais lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns raillèrent, les autres dirent : Nous vous entendrons une autre fois sur celte matière. Et Paul sortit ainsi du milieu d'eux. Quelquesuns pourtant s'attachèrent à lui et crurent.
LF. DKMOCHATISMK CIIUKTIKN
Quels étaient-ils ces croyants dont Paul et les autres apôtres, et auparavant Jésus-Christ, captivaient les ûmes ? Heu de riches, peu de puissants ; des pauvres, des ignorants. Les classes dirigeantes étaient hostiles à la prédication nouvelle, et celle-ci n'avait garde de se parer des raffinements qui leur plaisent. En revanche, les petites gens lui faisaient bon accueil et elle possédait cette simplicité sublime qui remue la fibre populaire.
Ce fut d'ailleurs le propre du Christ de faire appel non
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aux salisfaits de ce monde, mais à tous ceux qui désiraient l'avènement d'un monde meilleur.
Des multitudes d'hommes accablés de tous maux gisaient k terre comme des brebis sans pasteur; il les vit et il les prit en pitié ; il dit à tous ces déshérités qu'ils seraient les premiers dans la maison du père commun ; il découvrit les riantes perspectives du règne de Dieu à ces créatures gémissantes qui « étaient dans les douleurs de l'enfaritemenl ».
Que si on s'étonnait qu'il s'adressilt si bas, il répondait en faisant comprendre qu'il faut des hommes nouveaux pour le triomphe d'idées nouvelles : << Personne, disait-il, ne coud une pièce de drap neuf â un vieux vêtement; autreinent le neuf emporterait une partie du vieux, et la rupture en deviendrait plus grande. On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieux vaisseaux, parce que te vin nouveau romprait les vaisseaux, et le vin se répandrait, et les vaisseaux se perdraient ; mais il faut mettre le vin nouveau dans des vaisseaux neufs. »
Fidèle à ces inspirations, suint Paul s'enorgueillit de ce que la plupart des convertis à sa doctrine sont dos hommes de rien qui n'ont ni fortune, ni rang, ni science; et il accable d'un superbe mépris les subtilités de cette philosophie dont la Grèce était si fière.
De fuit, la philosophie grecque, avec toutes ses finesses, demeurait le mets de quelques délicats au lieu de devenir le pain des foules. La sagesse platonicienne s'était montrée éminemment aristocratique ; la sagesse chrétienne fut éminemment démocratique : or, la semence jetée dans les Ames fraîches et na'ives est celle qui produit la gilus belle moisson.