‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 36 sur 244 · LR CHRISTIANISME PLUS PRÈS DU PLATONISME · texte numérisé non relu

LR CHRISTIANISME PLUS PRÈS DU PLATONISME

QUE DU MOSAISME

Il n*en faut pas moins reconnaître que le platonisme avait préparé le terrain sur lequel prit racine la doctrine chrétienne. Se détacher de soi par le renoncement et savoir souffrir; adhérer à Dieu par Tamour et aimer en Dieu tous les hommes : telles sont les idées maîtresses de la morale évangélique. On les retrouve dans Platon bien plus que dans Moïse.

Les anciens livres hébreux ne disent rien du mépris de la chair, du combat de l'esprit contre les sens, de la supériorité du monde intelligible sur le monde matériel.

Les livres de Platon enseignent à ne voir de réalité que dans l'idéal ; à se* dégager progressivement des liens de la chair; à dédaigner la fortune, les honneurs, les plaisirs, la vie corporelle, enfin tout ce qui enchante les àraes ignorantes ou serviles ; à s'enfuir au plus tôt loin de ce séjour de corruption et de misère, et à anticiper l'heure de la délivrance en ressemblant à Dieu le plus complètement possible parla tempérance, la sagesse. Injustice et la sainteté.

Les anciens livres des Hébreux font un précepte de I amour de Dieu; mais pour eux Tamour de Jéhovah s identifie avec Tamour du foyer et de la patrie, avec la kainede l'étranger et de Tennemi; de plus, cet amour est tout intérêt et tout crainte : « Vous aimerez le Dieu Jéhovah, disait Moïse, de tout votre cœur, de toute votre inae et de toutes vos forces. Et lorsque le Dieu Jéhovah vous aura fait entrer dans la terre qu'il a promise avec "ferment à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, et qu'il

VOUS aura donné de grandes et de très bonnes villes que vous n'aurez point édifiées, des maisons pleines de toutes sortes de biens, que vous n'aurez point bâties, des citernes que vous n'aurez point creusées, des vignes et des plants d'oliviers que vous n'aurez point plantés ; lorsque vous mangerez et que vous vous rassasierez, prenez bien garde de ne pas oublier Jéhovah qui vous a tirés du pays d'Egypte, du pays de servitude. Vous craindrez le Dieu Jéhovah ; vous ne servirez que lui, et vous ne jurerez que par son nom. Vous ne servirez point les dieux étrangers, les dieux des nations qui sont autour de vous, parce que le Dieu Jéhovah, qui est au milieu de vous, est un dieu jaloux. Sa fureur s'allumerait contre vous, et il vous exterminerait de la surface de la terre. » Les livres de Platon concluent aussi à Tamour de Dieu, non du Dieu des Grecs, mais du Dieu de tous et de tout, non parce qu'il a des terres grasses dont il peut nous gratifier et un tonnerre dont il peut nous foudroyer, mais parce qu'il est le Bien absolu et la Beauté parfaite.

LA DOCTRINE PLATONICIENNE DE l'aMOUR

Résumons ici la doctrine exposée dans le Banquet : L'amour aspire à ce que le bon nous appartienne et nous appartienne toujours. Son objet est la génération et la production dans la beauté, la nature mortelle cherchant à se doter autant que possible de Timmortalité.

Ce même désir d'immortalité qui rend si chers à tous les êtres animés les rejetons nés d'eux, rend les nobles âmes avides de se perpétuer par la vertu et la gloire. A ces nobles âmes le contact et le commerce de la beauté

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font engendrer et produire les grandes œuvres dont elles portaient le germe : belles doctrines, beaux vers, belles lois, belles actions, immortels enfants de Tesprit qui ont valu (les temples à beaucoup d'hommes, tandis que les enfants du corps n'en ont jamais valu à personne.

Hais là n'est pas le terme de l'initiation dans les mystères de l'amour. Lancé sur Tocéan de la beauté, et repaissant ses yeux de ce spectacle qui lui fait enfanter avec une inépuisable fécondité les discours et les pensées les plus magnifîques de la philosophie, Thomme finira par apercevoir tout à coup une beauté merveilleuse, but véritable de toutes ses aspirations et de toutes ses recherches antérieures ; beauté éternelle, incréée, impérissable, exempte d'accroissement et de diminution; beauté qui n'est point belle en telle partie et laide en telle autre, belle seulement en tel temps et laide en tel autre, belle sous un rapport et laide sous un autre, belle en lel lieu et laide en tel autre, belle pour ceux-ci et laide pour ceux-là ; beauté qui n'a rien de sensible comme un visage, des mains, ni rien de corporel ; qui n est pas non plus un discours ou une science ; qui ne réside pas dans un ôtie dilTérent d'elle-même, dans un animal, par exemple, ou dans la terre, ou dans le ciel, ou dans toutes les autres choses, mais qui existe éternellement et absolument par elle-même et en elle-même ; de laquelle participent toutes les autres beautés, sans que leur naissance ou leur destruction la modifie en quoi que ce soit.

Quand des beautés inférieures on s'est élevé jusqu'à cette beauté parfaite, on touche au but ; car le droit chemin de Tamour, qu'on le suive de soi-même ou qu'on soit guidé par un autre, c'est de s'élever des beautés

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d'ici-ltas jusqu'à la beauté suprême en passaiil, pour aÏDsi liire, par lous les degrés de l'échelle, de la beauté I humaine aux belles occupaLions, des belles occupations ' aux belles sciences, jusqu'à ce que, de science en science, i OQ parvienne à la science par excellence, qui n'est autre que la science du beau lui-même, et qu'on Unisse par ! te connaître tel qu'il est réellement.

Oh ! si quelque chose donne du prix à la vie humaine, c'est la contemplation de celte beauté absolue. Si jamais . vous y parvenez, que vous sembleront auprès et l'or, et la parure, et les belles personnes dont la vue maintenant vous trouble et vous cliarme'î

Le merveilleux spectacle que celte beauté divine, pure, simple, entière, parfaite, sans mélang^e de corps ni de couleurs, et inaccessible à Coûtes les misères qui corrompent les biens terrestres !

Quelle vie qu'une vie remplie par une si douce con- ' lemplation et un ai doux commerce !

Ne pensez-vous pas qu'une fois l'œil ainsi fixé sur le vrai beau, les ombres étant dissipées, la réalité apparaissant face à face, on enfante non plus des simulacres de vertu, mais la vertu même ?

Certes, celui qui est arrivé à ce bienheureux étal où son âme est mère et nourrice de toute vertu, est vraiment le bien-aimé de Dieu, et si quelque homme doit être iinmortel, c'est celui-là.

1,E l'LATUMSJir l'HCNIt VIK UANS LK CHIUSTUXISME

Saint Augustin avait ces pensées présentes à l'esprit quand il disait : « Aux yeux de Platon, la divinité est le souverain Bien el le sa^'e est l'amant de la divinité.

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