‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 54 sur 244 · LES ÉCRITS ÉVANGÉLIQUES ET L'EXÉGÈSE · texte numérisé non relu

LES ÉCRITS ÉVANGÉLIQUES ET L'EXÉGÈSE

Presque en même temps queTévangile de saint Marc, fut mis au jour Févangile de Mathieu, l'ancien péager, chez qui Jésus dîna en compagnie de publicains et de gens de mauvaise vie, au grand scandale des pharisiens à qui il répondait : « Ce ne sont pas les bien portants, mais les malades qui ont besoin de médecin. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Saint Mathieu s'adresse surtout aux Juifs, et a la préoccupation constante de prouver par des souvenirs de TAncien Testament que Jésus est bien le Messie prédit par les prophètes. Il n*estpas, ce semble, d'évangile où les discours de Jésus aient été si bien reproduits en leur pure et idéale ingénuité.

Cest le médecin Luc, auteur présumé des Actes des apôtres, qui écrivit le troisième évangile. Associé à i*œu?re de saint Paul, son ami, dont il partagea les travaux et la captivité, saint Luc s'adresse plus particulièrement aux Gentils. Parmi les paraboles nombreuses qu'on ne trouve que chez lui figurent : le bon Samaritain; la rencontre aux enfers du pauvre Lazare et du mauvais riche ; le retour de l'enfant prodigue ; le pharisien et le publicain en prières.

Dans le quatrième évangile, qui seul ne raconte pa les angoisser de Jésus au jardin des oliviers, et qui seul mentionne la présence de Marie au pied de la croix, on remarque, outre les allocutions doctorales de Jésus chères à l'évangéliste théologien, des épisodes nouveaux tels que les noces de Cana ; la résurrection de Lazare, l'ami de Jésus ; le dialogue de Jésus avec le pharisien Nicodème ; l'entrevue de Jésus avec la Samaritaine.

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L'exégë3C et la crilique accumuleronl les ûbjeclioas conlro les évangiles. On opposera les évangiles de Marc, de Mathieu et de Luc à l'évangile Je Jean, l'évangile spirituel par excellence, tant exalté, noii-seulemenl par les grands catholiques, mais aussi par Luther qui a dît : II C'est là le seul doux et véritable évangile principal. H faut le préférer de beaucoup aux autres et l'élever plus haut. » On fera remarquer que nous ne connaissons les paroles de Jésus qu'à travers le prisme de la tradition dont les évangélisles furent les interprètes ; que les relations évangéliques ne sont pas même des relations faites dans la langue que parlait Jésus, mais dans la langue grecque; qu'il y a dans ces écrits des lacunes et des contradictions évidentes.

Ijela n'empêche pas que la collection des récits de Mathieu. Marc, Luc et Jean ne constitue un tout unique. ÏErungile, c'csl-à-Jire la Donne iioiwrlle du règne de Dieu annoncé aux hommes, livre sans pareil pour la beauté de l'enseignement et pour l'action morale, oîi nous est révélé un type de perfection le plus aimable et le plus admirable qui soit.

Les dissemblances des évangélistes dans leur récits, — el elles sont nombreuses, — ne font que souligner leur concordance dans l'expression d'un même caractère de magnanimité, de simplicité, de pureté, de bonté. Vous ne trouverez nulle part ailleurs cette candeur et cette continuité dans le sublime. Comme l'a remarqué Pascal, a Jésus-Christ dit les choses grandes si simplement, Il qu'il semble qu'il ne les a pas pensées ; et si nette- Il ment néanmoins qu'on voit bien ce qu'il en pensait. «. Cette clarté, jointe à cette naïveté, est admirable. Qui u a appris aux évangélistes les qualités d'une àme par*

a failement héroïque, pour la peindre si parfaitement « en Jésus-Christ? »

L'évangile ne demande pas aux hommes d*ètre des dévots, il leur demande d'être humbles, doux, charitables, miséricordieux. Il ne veut pas de pratiques religieuses qui servent à dispenser des pratiques morales, et la piété y est la Qeur de la vertu.

Toute religion est une œuvre collective où Tidéal compte plus que le réel; mais où l'idéal est pris du réel. L'exégèse avec toutes ses trouvailles ne saurait détruire le grandiose de la prédication et de la mort de Jésus, la portée de l'impression extraordinaire qu'il fit sur ses disciples, l'esprit de vie des récits évangéliques et des lettres apostoliques.

Il demeure constant qu'à certain jour jaillit de la Judée Qne illumination de la conscience humaine qui renouvela le vieux monde, et dont le rayonnement, après avoir éclairé des siècles, embrase encore des millions d'àmes.

Ceux qui ne voient qu*erreur dans le christianisme se trompent au moins autant que ceux qui y voient la vérité absolue.

Les doctrines du quatrième évangile furent tour à tour contredites par de nombreuses écoles qui se rattachaient diversement au Christ. Le caractère commun de ces écoles est une égale prétention à la pure connaissance, appelée par les Grecs la Gnose, De là le nom donné aux philosophes de ces écoles : les gnosliques^ ceux qui savent.

Les plus fameux gnostiques furent deux Egyptiens,

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Basilidès d'Alexandrie, morl l'an 130, et Valentin mort

vers 160.

La doctrine de Basilidès, commentateur mystique des évangiles, était un amalgame de néoplatonisme, de judaïsme et de christianisme. Il faisait sa part au passé en disant que le dieu des Juifs et tous les autres dieux des nations, êtres inférieurs émanés du grand Etre, furent les ordonnateurs de l'Univers, les bienfaiteurs des peuples ; et que le Père incréé, dont la bonté veut le salut universel, a envoyé sur terre le Christ, son premier né, pour libérer du culte des puissances inférieures l'humanité, enfin élevée à la religion pure.

Valentin combinait la doctrine pythagoricienne des Nombres et la doctrine platonicienne des Idées avec les données de l'évangile de saint Jean, le seul évangile auquel il atlribudt de la valeur. Selon lui, le sauveur Jésus, le Verbe divin, concentre en soi toutes les perfections des Esprits nés du Grand Esprit, et il s'est revêtu d'un corps apparent pour venir accomplir sa mission de Révélateur de la vraie doctrine.

Le système de Valentin gagna beaucoup de disciples en Orient. C'est surtout les Valentiniens que visent les cinq livres contre les hércsies dus au grec saint Irénée, ordonné prêtre dans les Gaules en 117 par saint Polliin et devenu après lui évëque de Lyon.

Le rdie des gnostiques dans le christianisme est assez analogue à celui des Ivabbalistes dans le judaïsme.

Eux aussi substituent à l'esclavage de la lettre la libre interprétation. Ils tendent à helléniser tellement lo christianisme qu'il ne serait plus qu'une branche de néoplatonisme ; ils se piquent d'opposer traditions h

traditions, et ils se proclament les chrétiens parfaits. On les voit se réclamer de Pythagore, de Platon, de Zoroastre, en même temps que de Moïse et de Jésus.

Esprits aussi enthousiastes qu*érudits, ils tombèrent dans tous les excès de TOrient; et au mysticisme qui préconise Textase ils allièrent ce fétichisme qui prête à certains talismans une vertu surnaturelle.

Oq distingue d*ailleurs parmi eux beaucoup d'écoles. Chacune revendique le privilège d'une connaissance supérieure de l'être divin, de l'origine du monde, des causes du mal et des manifestations de la providence dans l'humanité.

La plupart représentent Dieu comme le Grand Être, le Père inconnu qui, de toute éternité, reposait immobile dans le silencieux abime du divin pléromCy c'est-àdire de l'espace immense. Cet être s'étant ébranlé, de ce mouvement sont nées différentes séries d'êtres spirituels engendrés les uns par les autres et de plus en plus inférieurs les uns aux autres, les Eons, L'un de ces Eons est \^ démiurge ou artisan du monde, en qui Valenlin reconnaît le dieu des Juifs, Jeliovah, trop longtemps usurpateur du titre de vrai Dieu. Le démiurge, ajoutant au grand tout sa dernière pièce, a produit cet univers où nous vivons; mais, soit imprudence, soit malice, il Ta inondé de toute sorte de maux. Heureusement le Père Suprême a pris en pitié notre misère et il a envoyé un sauveur, Jésus-Christ, avec mission de nous purifier de la souillure du mal. L'homme rappelé par le Sauveur au sein de Dieu y trouvera la pleine félicité.

Les gnostiques partageaient les hommes en deux classes : les charnels et les spirituels. Ils se rangeaient

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parmi ces derniers, et, avec Platon, ils opposaient les réaliLés pures du monde invisible aux apparences grossières du monde visible.

A ce sujet, saint iusttn leur reproche d'être disciples de Platon bien plus que de Jésus, et il les accuse en particulier d'être dupes d'une cbiniëre quand ils croient à l'immortatilé des âmes, en dehors de la résurrection des corps.

Mieux vaudrait les blâmer de ce qu'ils ont souvent mal Justilié le titre qu'ils se donnaient et se sont autorisés de leur mépris de la matière pour tolérer les pires dévergondages de la passion et des sens.

Que dire par exemple de la spiritualité de ces Caïnites qui excusaient la conduite de Caïn envers ALet et absolvaient tous les crimes? Que dire de la spiritualité de ce Carpocrate d'Alexandrie qui ne voulait de lois que celles de la nature et, avec la communauté des biens, prêchait la communauté des femmes?

Il est vrai qu'à cûté de ceux qui étaient trof) charnels il y avait ceux qui ne l'étaient pas assez. Ainsi certains gnostiques s'interdisaient toute nourriture animale, condamnaient tout plaisir sensible et poussaient la haine de la chair jusqu'à la mutilation d'eux-mêmes. Pas de mesure ni d'iiue part ni de l'autre.

Quoique les gnostiques, dociles à l'esprit de l'Oneot, aient été féconds en extravagances mystiques, la visée de plusieurs fut d'engager dans les grandes voies de la raison le christianisme dont ils ne pouvaient pas, selon le mot de Bossuet, digérer la folie.

D'abord c'est Sabellius et les Sabelliens qui voient eu Dieu une seule personne sous trois noms, au lieu de coD-

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