LES APOLOGISTES LATINS
qu aucune épreuve ne les décourage. Ils n'attachent de prix qu à la bonne vie, et, quand il plait à Dieu, au martyre.
Converti à la religion nouvelle comme Minucius et TerluUien, Arnobe mit à défendre les chrétiens la même verve qu'il avait mise à les attaquer.
Recourant à ToiTensive, il accable les païens de ses âpres censures.
Le polythéisme, enseigne-t-il, n'est qu'absurdité et immoralité. Nous comprenons, nous sentons qu'il n'y a qu'un Dieu.
Ce ne sont pas les rites qui font la religion ; c'est la croyance. Les sacrifices sanglants doivent faire place à 1& pure offrande de nos cœurs. Les chrétiens ne sont rien autre que les adorateurs du roi de l'Univers ; et dans cette adoration ils ont pour maître le Christ.
Après avoir attaqué les païens, Arnobe s'en prend aux philosophes.
Sans doute il admire le merveilleux Socrate, « le divin P'alon ». Mais que peuvent les plus savantes doctrines pour la transfiguration des mœurs? Tandis que les écoles font assaut d'esprit, les vices et les misères du passé se perpétuent. C'est que les philosophes ne respirent et n'inspirent qu'orgueil et sécheresse du cœur. Delà leur impuissance. L'évangile est l'école de l'humi- 'ilé et de Tamour. De là sa puissance.
Sans doute, les miracles ne sont pas la spécialité du
Christ. D'autres que lui en ont opérés ou en opèrent.
Kais tandis que ceux des magiciens ne tendent qu'à
étonner les imaginations, ceux du Christ ne tendent qu'à
soulager des maux. La charité est l'àme de ses œuvres
m LiC GIIRISTIANISMK PRlMrTIF
comme de ses paroles. Ainsi a-t-il confondu la sagesse du monde, laquelle n'est que folie devant Dieu.
Eli ! quelles ne sont pas les bornes et les infirmités do celte raison qui fait Lant la liëre ? Sujet d'éternelles cootradiclioDs, l'iiomme ne sait ni ce qu'il est, ni d'où il vient. Il est à lui-môme une indéchifTrable énigme ; et le sentinient qu'il a de sa vie est peut-être une illusion dont il est dupe. Nous distinguons la veille du sommeil. Mais qui nous assure que celte veille n'est pas encore un sommeil ? Qui nous assure que toutes les sctnes de notre existence ne sont pas de purs songes '?
Ah ! ignorants que vous êtes tous, optez pour la foi ! Il vous en coûte de croire sans preuves sufiîsantes. Mais n'y èles-vous pas obligés, dans les alTaires de la vie ? La mort vient. It faut prendre parti. Hésiterez-vous à vous tourner du côté où sont les meilleures chances? Ici aucun péril à courir, s'il arrive par impossible que les ' perspectives que vous ouvre la foi se trouvent être des I chimères. Là le pire mal, la perte du salut, s'il devient i manifeste, l'heure venue, que ce que vous n'aurez pas i voulu croire n'était pas mensonge. Vous voyez bien que le plus sClrestdc vous faire chrétiens.
Quiconque lira dans Arnobe le développement touffu de ces idées devra reconnaître que cet apologiste esquissa, au m° siècle, l'argumentation produite par Pascal au svn'.
Arnobe eut pour disciple Lactance, /'■ Cicéron chrétien.
Laclance esUme que le christianisme nous élève à une philosophie éminemment éclairée qui se moque de
la philosophie livrée à ses propres lumières.