L'APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE
Comment se reconnaître au milieu du conflit des
écoles ? La vérité est bien dans leurs doctrines; mais
elle y est obscurcie, morcelée, éparse. Il faut une vue
supérieure pour discerner le bon du mauvais dans le
mélange des opinions, et on n'acquiert cette vue qu'à
Vécole du Christ.
ÀyoDs foi en la raison par où il faut commencer et en la religion par où il faut finir. Ne rien savoir est le fait de la bête ; tout savoir n'appartient qu'à Dieu. Il y a plus de sagesse dans les ignorants que dans les philosophes ; car s'ils ne savent pas choisir leur religion ils comprennent qu'il en faut une.
Laclance se pique d*en appeler rarement aux textes de Tancien ou du nouveau Testament, qui n'ont de créance qu'auprès des croyants. Il ne cesse de citer, à côté des livres apocryphes des sibylles, Platon, Cicéron, Sénèque el les poètes de Rome. Cette façon de procéder ne contentait pas saint Jérôme. Le grand commentateur delà Bible trouve que Lactance a su plutôt réfuter les doclrines païennes que prouver la doctrine chrétienne.
l'apologétique chrétienne
On a entrevu que l'apologétique chrétienne, indulgente aux philosophes chez les apologistes grecs, leur fut sévère chez les apologistes latins. Ceux-ci, avec leur grand sens des réalités, démêlaient dans l'esprit philosophique le principal obstacle à l'orthodoxie religieuse dont ils préparaient le triomphe.
Le doux Minucius lui-même, qui contraste avec Tertullien comme Fénelon avec Bossuet, se laisse aller à mal-
mener les philosophes. II les traile d'éloquents corrupteurs condamnant les vices sans y renoncer, et il appelle Socrale le bouffon d'Athènes.
TertuUien, lui, ne tarit pas. A Tentendre, il n'est pas de vérité que les philosophes ne sacrifiassent pour se repaître d'un peu de gloire. Ils marchent dans de perpétuelles ténèbres. Rencontrent-ils quelque opinion juste, ils ressemblent au pilote qui, dans le désordre de la tempête troublant le ciel et la terre, réussit à apercevoir un port par un hasard heureux. Plus habile à détruire qu'à construire, la science humaine ne découvre quelques lois de la nature qu'en entrant en contradiction avec les lois de Dieu.
Arnobe et Lactance imitent les excès de TertuUien, tout en y mêlant quelques tempéraments. Ainsi Lactance déclare bien « qu'il n'y a pas plus de religion sans philosophie que de philosophie sans religion » et que <( chaque doctrine renferme une parcelle de vérité » ; mais en même temps il réprouve la raison et accable de ses mépris les philosophes.
D'après lui, pas dejustice en dehors de la connaissance du vrai Dieu. « L'unique temple du vrai Dieu, ajoutet-il, est TEgiise. Quiconque n'y entre point ne peut espérer la vie éternelle. »
La vie éternelle, voilà le grand but à atteindre. « Ce n'est pas pour elle-même, comme le prétendent les philosophes, que la vertu doit être recherchée ; mais c'est à cause de la vie heureuse qui est son accompagnement nécessaire. »
Beaucoup pourraient trouver que cette morale est un peu utilitaire. Le devoir, chez les stoïciens, a un tout autre caractère de pureté et d'abnégation. Mais quoi ! les