‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 62 sur 244 · L'APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

L'APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE

stoïciens n'étaient pas chrétiens. Pour Lactance, leur vertu n'est pas de la vertu.

L'affirmation de la vie éternelle joue un rôle capital I dans ces manifestes primitifs du christianisme. Le Paleslinien Justin et l'Athénien Athénagore, organes de lEglise grecque, n'insistent pas moins sur la bonne non- ^^lle que ne le firent, après eux, les Africains Tertullien, Arnobe et Lactance, organes de TEglise latine. Les uns et les autres disent : Suivez-nous, car par notre chemio on va au paradis.

Ce paradis, ce lieu de délices, sera d'abord, pendant raille ans, cette terre elle-même, où le Christ régnera avec ses justes jouissant de tous les plaisirs.

C'est là cette doctrine grossière du millénarisme qui devait être plus tard universellement répudiée, mais qu'adoptaient, à l'exemple de saint Justin, les saintirénée, lesTertullien et les Lactance, comme une vérité courante. Ainsi saint Justin écrivait : « Tous les chrétiens dont la doctrine est pure en tout savent, de môme que moi, quil y aura une résurrection de la chair et que nous passerons mille ans dans Jérusalem rebâtie, embellie et agrandie. Là-dessus, aux témoignages dlsaïe, d'Ezéchiel et d'autres, il faut joindre celui de Tapôtre Jean. 11 aûnonce la résurreclion particulière des saints du christianisme et leur règne terrestre de mille ans qui sera suivi de la résurrection générale et du jugement dernier. »

Saintirénée qui, comme Justin son contemporain, fut

docteur et martyr, mettait au-dessus de toutes les

anciennes prophéties TApocalypse où il trouvait prédit ce

règne de mille ans. A ses yeux, aussitôt après la (in des

liS LK CHRISTIANISME PRIMITIF

persécutions, Jésus (levait ressusciter ses martyr venir régner avec eux sur la terre.

Bossuet conslate que « cette opinion disparut dai grande lumière du iv" siècle, en sorte qu'on n'en presque plus aucun vestige u.

En effet, au temps de Constantin, quand les pers lions eurent cessé sans que se produisit rapparilioi Christ et la résurrection des maityrSj on conclut qu' fallait pas prendre à ta lettre l'annonce du règnt Christ avec sa cour de martyrs, mais entendre par royauté de l'Eglise on qui se persoimilie le Christ, glorilîcation des âmes saintes dont elle fait sa parur

La conséquence nécessaire de celte interprélE nouvelle était qu'au bout de mille ans, après s régné par son église, Jésus devait paraître en sa gl sur une nuée, pour présider au dernier jugement. E celle idée répandue dans la chrétienté que le mond durerait pas au delà du \' siècle. On sait les terreur l'an mille. L'iiumani té sembla renaître quand elle fut vrée de son cauchemar. Encore une prédiction avo

Les théologiens ne se découragèrent pas ; mai conclurent que décidément les interprétations q avait avancées Jusqu'alors des textes prophéti étaient par [rop j>t<Jaïgiies, et ils prononcèrent qut mille ans de l'Apocalypse désignaient la durée i terminée de la chrétienté jusqu'à la (in des siècles aura lieu la résurrection.

Faisant dans leurs conceptions une si grande pai matériel et au sensible, les apologistes étaient peu posés à être nettement spiritualistes. Il ne faut dont ^'étonner si Tertullieu, avec saint Justin, n'adiii<

6AWT CLEMENT D'ALtlXANUIIll':

rien i|ue de corporel et s'interrogeaU tantôt sur la couleur Je l'âme, lantùt sur la forme île Dieu.

Cela ne l'empècba point Je prêcher la moralité la plus sévère au point de tomber, à la suite de Munlaiius, dans un rigorisme outré rjui pouvait t^lre conforme à la tradiliuti, mais dont l'Eglise ne voulait plus, pane i]ue, iwur s'agranillr. il lui fallait faire des concessions à l'es- |iril du siècle.

S\INT CLÉMENT D'ALt:XA^l)lt[^:

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Cependant, plus essentiellement |)liilosoplie» que les a{i{ilo^stes, les docteurs clirélieos d'Alexandrie réunis- Siiionl en un seul corps les principales doctrines de la philosophie orientale et de la philosophie grecque. C'était constituer une espèce d'éclectisme chrétien.

L'illustre docteur saint Clément, qui, dans la premuitié du m" siècle, professait à l'école chrétienne lexandrie, reconnaît implicitement cet éclectisme quand il dît : « Semblables aux bacchantes qui ont dispersé les membres de Penthée, les diverses sectes de philosopliie soit grecque soit barbare éparpillent en fragmenls l'indivisible lumière du Verbe divin, »

Selon lui, Iti vérité est le domaine propre du clirisliiiDlsiiiË. Par suite, le chrétien qui la recueille dans les livres <le tels ou tels [ihilosophes ne leur emprunte rien; il ne [ait que reprendre son bien là où il le trouve.

C'est surtout chez Platon que les docteurs reprenaient leur Lien. Dans le christianisme s'organisant, Platon tient alors la même place qu'au moyen âge occupera Aris- 'ttte. dans le christianisme une fois organisé.

Ainsi saint Clément enseigne que le Verbe est le type

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des Idées, la Raison universelle des choses, le foyer du monde intelligible. A ses yeux. Dieu passe toute démonstration et toute science. Prétendre déterminer ce qu'il est, serait chimérique. On peut tout au plus savoir c<^ qu'il n'est pas. Qu'on n'essaie point de le définir ; qu'on se borne à le qualifier! En soi il estTUnité; dans ses relations avec les intelligences il est l'Esprit ; dans ses relations avec tout il est la Bonté.

La vraie Gnôse^ c'est-à-dire la pleine connaissance du bien, entraîne nécessairement l'amour du bien et par suite sa pratique. Qui connaît aime, et qui aime fait.

Les spirituels se distinguent du peuple des fidèles par l'habitude consommée de la charité. Ils sont les « parfaits », non pas qu'il y ait un moment où ils n'aient rien à acquérir, mais parce qu'ils sont possédés d'un amour sans bornes de la perfection et ont acquis cette imperturbabilité que donne le retranchement des convoitises joint à la confiance en Dieu à qui ils demandent non pas les biens apparents mais les vrais biens qui sont ceux de Tàme. Appliquons-nous tous à atteindre aux sommets de la spiritualité !

Ces idées toutes platoniciennes de saint Clément lui sont communes avec les autres premiers fondateurs de la théologie chrétienne et en particulier avec saint Justin, le plus philosophe d'entre les apologistes. Saint Justin n'hésitait pas à s'avouer hautement en communion avec les niaîtres de la philosophie grecque et il ne voulait point de certaines barrières que d'autres entreprirent de poser. « Le Verbe divin, disait-il, est la raison, et le genre humain y participe tout entier. Tous ceux qui ont vécu selon la raison et le Verbe sont chrétleuSy alors même qu'ils ont été regardés comme athées ;

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tels, chez les Grecs, Socrale, Heraclite el leurs semblables. ))

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