ORIGENE
Saint Clément eut pour disciple et pour successeur Jans sa chaire le fameux Origène, esprit érudil, génie Ijrillant, àme enthousiaste. Il menait la vie la plus ausl^re; et pour se mettre en sûreté contre les tentations, pourôter tout prétexte à la calomnie, il ne craignit point ''^ se mutiler, par une application trop littérale des paroles de l'évangile disant de couper tout membre qui "ous est un sujet de scandale puis distinguant des eunuques par nécessité les eunuques volontaires.
Origène avait étudié tous les philosophes, surtout n'ihagore et Platon, dont il s'inspira largement. A 'exemple de Clément, mais avec plus de profondeur ^1 de hardiesse, il se préoccupe de fixer le dogme chrél'en et de l'asseoir sur des principes rationnels.
Jugeant que qui peut s'élever aux causes ne doit P^s s'en tenir aux notions du vulgaire, Origène s'expnnie comme les kabbalistes et comme Philon au sujet des Ecritures, et il veut qu'au sens primitif du récit ou du précepte on substitue une interprétation intelligente : « S'il fallait, dit-il, s'attacher à la lettre et entendre ce qui est écrit dans la Loi à la façon ordinaire, je rougirais de dire tout haut que c'est Dieu qui nous a donné des lois pareilles et je trouverais alors plus de grandeur et de raison dans les législations humaines, par exemple dans celles d'Athènes, de Rome, de Lacédémonc. Ainsi, où découvrirez-vous un esprit assez Lornc pour admettre que Dieu s'est livré comme un
homme à l'exercice de l'agriculture en plantant des arbres dans le jardin d'Kden. qu'un de ces arbres élail l'arbre de la vie et qu'un autre pouvait donner la science du bien et du mal ? Personne, j'imagine, ne peut voir là autre chose que des figures gous lesquelles se cachent des mystères. "
S'étant aQ'rancbi do la sorte, Origèiie nous représente Dieu comme l'iitre suprême dont nous pouvons bien savoir qu'il est, mais non ce qu'il est, vu que sa nature l'élève au-dessus de toutes les catégories de la pensée ; il nous e\|iliquG lu prudiiction de l'univers, non par une création absolue, maïs par un acte ineCTable de la divinité faisant tout procéder d'elle-même; il nous montre le Vorbe, par qui le Dieu caché se révèle, viviliaiil du sein de son éternité la création dont il est l'ùine ; il nous dit qu'originairement parfaits et heureux, nous sommes déchus de cet état par le mauvais usage lie notre liberté indocile à la raison; il professe la préexistence et la transmigration des ilmes afQigées selon leurs fautes d'organismes plus ou moins grossiers, etdont les dilVérents états actuels ne peuvent se jusiilier que par les actes bons ou mauvais de vies antérieures ; il estime qu'après des épreuves et des expiations multipliées selon les exigences de la justice. Dieu dans an bonté ne peut que rapjieler à lui tôt ou lard les dmcK même les plus dégradées ; il enseigne qu'ji t'heuro de la rédemption linale, le corps, qui est une purt; négation de l'être, la marque de notre imperfection, l'occasion de nos chutes, se trouvera annihilé ; il croit enfin que le principe du mal lui-niénie disparaîtra ù jamais, et que Satan, régénéré par la victorieuse influence du Verbe, trouvera grAcc devant la miséricorde divine.
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Xlors l'esprit aura pleinement triomphé de la matière, et il y aura une éternelle communion d'amour entre tous lesêlres définitivement réunis dans le sein de Dieu.
Lahaute philosophie d'Origène passionna les Orientaux et éloana le monde. L'Eglise excommunia l'homme et condamna la doctrine. On reprochait surtout à Origène 'le s'èlre montré trop sévère dans son absolue réprobalion des corps et trop indulgent dans sa réhabilitation universelle des âmes.
La fusion du christianisme avec Thellénisme, de la foi avec la raison, était la tendance dernière d'Origène. Les créateurs du dogmatisme catholique furent naturellement amenés à répudier le hardi commentateur des Ecrilures. Mais, en tout temps, il a été Tadmiration de (Iodes théologiens. Au lendemain de sa mort, saint Pamphile et Eusèbe de Césarée, le père de l'histoire ecclésiastique, écrivirent son éloge. Au xi"^ siècle, Abai- Jard ne se lassera pas de répéter que c'est lui /e /premier f/es philosophes chrétiens.
QUATRIKME LIVRE
Après Origène, nous entrons dans le iv** siècle, qui est le grand siècle de TEglise chrétienne, de plus en plus florissante au milieu du dépérissement de Fempire. Alors, régnent par la pensée, la parole et les actes, en Orient, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome; en Occident saint Hilaire, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin. Théologiens, orateurs, surtout hommes de gouvernement, avec eux à la période héroïque succède la période politique. Le temps n'est plus aux grandes violences et à la fièvre du martyre. On discipline et on fonde.
Ces hommes furent les grands artisans de cette merveilleuse construction, à la fois théologique et esthétique, morale et sociale, qui, sous le nom de catholicisme, a abrité tant de sublimités et tant de sottises, tant de beautés et tant de difformités, tant de vertus et tant de méfaits, tant de grandeur et tant de servitude.