ATHANASE
Le diacre Athanase, mort patriarche d'Alexandrie, sut imiter à merveille cette conduite habile qui distinguait
i; nOf.MATlSMlî CATlIOLIQCi;
déjà !'.■■
lise romaine ues
autres églises.
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d'iniliviilualités brillantes, mais moins experles (l»ns I*arl de mener les hommes cl de s'agrandir à force de prudeniie el de lénacilé.
Etablir l'unilé calholif]iic fui le bul conslanl des eQorts de l'intrépide Allianase, alternativement déposé et rappelé par plusieurs assemblées d'év6<]ues el par les empereurs Constantin le Grand, Constantin le Jeune, Constance, Julien, Jovien, Valens, selon les divers succès du puissant parti de chrétiens qui, à la suite d'Arîus, niaient la consubstanliulité du Père avec le lîls, c'est-àdire la divinité du Christ. Sa vie se passa à combattre l'Arianisme, à prévenir les divisions de toute sorte el à tracer avec empire le cercle des affirmations dogmatiques, d'où on devait ne pas sortir pour durer el préraloir. C'est le père de l'orthodoxie.
Avec ce dialeclicien précis, l'Arislote des théologiens, se détermine l'ontologie catholique dont le principe est que la nalure divine se communique, sans se diviser, à trois personnes égales.
Dieu le père est « la bonté et la beauté transcendante, » el par là même, selon Athanase d'accord avec l'ialon, a est au-dessus de toute essence et de toute conception. »
La bonté ac communiquant c'est le Fîls, " Dieu do Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, qui n'a pas été fait, mais engendré, qui, de toute éternité, procède du Père et est de inCme sublance, qui, enGn, s'est fait homme. »
Au P{-re et au Fils il faut joindre le Saint-Esprit « qui, dira Bossuet interprète d'Alhanase, est l'amour de l'un el de l'autre et leur éternelle union.
ATIIANA8K 137
Dieu, créateur des choses visibles et invisibles, a tout produit par sa parole, et, bien loin qu'une matière ou une forme préexistante ait contraint son action, il n'a eu besoin, pour faire tout ce qu'il voulait, que de luimême et de sa volonté toute-puissante.
Noire âme, créée à Timage de Dieu, a le privilège devoir ce qui ne se voit pas et de méditer les choses éternelles.
Le corps ne vit que par l'àme ; Tàme vit par ellemême. Elle est son propre moteur. Aujourd'hui liée à la matière, elle sera libérée par la mort. La capacité de s élever au-dessus du périssable et de concevoir Tinfini lui est un gage de son immortalité.
Mais, pendant des siècles, Thomme, sous le poids du P^ché, s'est tellement plongé dans le sensible qu'il a perdu le sens des choses spirituelles. De là vient qu'il a adoré les astres, les éléments, les animaux, les héros, les passions, les vices, tout, hormis Dieu.
Chaque nation a eu ses dieux dont elle a fait ses pro- Itîcteurs particuliers. Tels êtres ici en exécration et iiiimolés comme victimes ont été là en vénération et honorés comme divinités.
Seul un peuple privilégié, le peuple juif, a reçu la loi de Dieu et a entendu ses prophètes ; mais la loi a été violée, et les prophètes ont été persécutés par lui.
La corruption devint donc universelle; et il ne pouvait y avoir de remède que d'en haut.
C'est alors que le Verbe apparut, sous le corps du Christ. Dieu qui a tout fait venait tout refaire et tout réparer.
L'univers est enfin tiré de son aveuglement, et le Verbe fait rayonner sa lumière sur toute la terre. Les
LE UOGMATlSMi: CATnOLilJl i;
Genlils jusqu'alors idolâtres sont tnis k même de con- Daltre Dieu. Les Juifs jusqu'alors impies sont mis i même il'adliérer à la loi parraJte.
Parmi l'iiilinilé des religions, chaque peuple négli ^
geait de gagner ses voisins au culle de ses dieux. U^^ i leur côlc, tes sages de la Grèce ou de Home, malgré 1^^ J nombre et la leaulé de leurs disserlalions. ne conque ^^^ raient guère de prosélytes. Ils enseignaient bien, e^^::^ d'éloquents disi^ours, les lionnes mœurs et l'immortalité des âmes; mais ni eu.\ ni leurs disciples ne boug< de place, et ils n'avaient d'action que dans un mood • choisi.
C'est le privilège du crucilîé mort pour l'IiumaniLtd'avoir semé partout ses apôtres et ses martyrs si bien que sa doctrine a pénétré ihcz les nations les plus contraires les unes aux autres, leur apprenant à adorer le Père par son Verbe, De la croix est sortie une vertu de persuasion qui transfigure l'univers.
l.K CONCn-E UK >'Ii;KK KT LKS .VITHES OIXtlLES
Athanase. quoique jeune encore, fut, il côté du patriarche d'Aie.xandrie, saint Alexandre, l'àme du concile de Nicée dont il suggéra et défendit les principales formules. De nouveaux critiques le nient. Ils ont tort.
Ce qui était en question, ce n'était plus le triomphe du christianisme désormais incontesté et qu'entendait toujours protéger l'empire, soit qu'il patronnât Arius, soit qu'il patronnât Alexandre et Athanase. Il s'agissait uniquement de savoir si le christianisme qui prévaudrait serait le christianisme rationaliste du prêtre Arius uïaiit la divinité du Chrisl. ou le christianisme mystique <lc
LK CONCILE DK MCKK KT LKS AUTHKS CONCILKS i3î>
vèque Alexandre et du diacre Âthanase arfirmant la I. î vinilé du Chrisl.
Malgré les intrigues d'Eusèbe, Tautorité civile appuya E5 t le concile adopta le symbole d*Âthanase.
Comme le constate Tabbé Fleuri dans son Histoire ^^'clésiasliqiie, « C empereur avait menacé d exil ceux ^/ ««' ne voudraient pas souscrire. » Ce n'est pas qu'au fond il tint à la déification officielle du Christ. La ourieuse lettre qu'il avait écrite à Alexandre et à Arius, pour obtenir qu'ils missent un terme à des controverses oiseuses, témoigne qu'il voulait avant tout la paix religieuse. Il concluait : « N'ayez une même foi que sur la I^rovidence divine ; mais tenez secrètes au fond de ^'otre pensée vos spéculations sur des points nullement ^ccessaires. On ne saurait les porter sans trouble dans 1^8 assemblées publiques. »
Selon les prévisions de Constantin, l'assemblée œcuménique fut orageuse, et les débats passionnés des ^vèques eurent de bruyants échos dans la foule. De tout ^^niipsle monde grec a abondé en éternels disputeurs.
Dans son discours sur la Déité du Christ^ saint Grégoire de Nysse nous montre tous les coins de la ville de ^icée mis en mouvement par les questions qui s'agitent : "Devant les tables des vendeurs d'habits, des changeurs, des marchands de comestibles, il ne s'agit de rien autre ^uede l'essence créée ou incréée. Voulez- vous échanger *^ïie pièce d'or? On entreprend de philosopher avec vous sur ce qui est engendré et sur ce qui ne l'est pas. Vous 'ûformez-vous du prix du pain? On vous répond : « Ne pensez-vous pas que le Fils est subordonné au Père qui ^st plus grand que lui ? » Demandez-vous si votre bain 6st chaud ? Vous avez à faire avec un garçon qui vous
IJ(I I.I-; IKKiMATISMl': UATllOLIQUK
dil : « Le vrai, ti'esl-ce pas, c'est que le Fils est tiré ilu
aéaat par le Père"? »
Le concile de Nicée, on déclaranl la consulislaiitialîlé du Père et du Fils, s'était borné à affirnior la croyance au Sainl-Espril.
Le concile de Gonstaulinople, qui se réunit citiquanlcsis ans après, en 38i, sur l'inilialive de l'empereur Tliéodose, el auquel les inspîralions de l'illustre Allianase ne furent point étrangères, s'occupa spécialement de la divinité du Ï^ainl-Esprit et de l'iEicarnalion du Verbe. Il y fui aflirmé, d'une part, que le Suint-Esprit, qui confère la vie el qui a parlé par les propbètes, procède du Père, est aussi Seigneur et doit recevoir mêmes adorations et môme gloire ; d'autre part, que, « grâce à l'opération du Saint-Esprit, le Fils de Dieu a pris chair de la Vierge Marie. »
Le concile de Nicée et le concile de Conslanliaople devaient être suivis de plusieurs autres, selon les besoins des temps. L'élan décisif était donné. Le christianisme religion de dogmes remplaçait de plus en plus le christianisme pure religion d'amour.
Véritables Etals généraux des membres du corps sacerdotal, les conciles œcuméniques eurent pour objei de faire le choix des opinions et de déterminer Vorthodoxie, c'est-à-dire la droite doctrine, à la majorité des suffrages. Les opinions éliminées étaient appelées des hérésies, c'est-à-dire des croyances arbitraires.
On s'explique que, dés lors, l'écart dût de plus en plus s'accentuer entre la philosophie et la lliéologte. C'était l'efl'et inévitable de l'oriînnisalion d'un pouvoir spirituel décrétant la vérité.
LES PÈRES GRECS Ui
^tt^'i*>lHE DE NYSSE. BASILE. GRÊliOIRE DE .NAZL\NZE.
JEAN CIIRYSOSTOME
L>e génie d'Athanase avait magistralement délimité le Joinainc dans lequel devait s'exercer le zèle des Pères grecs qui lui succédèrent.
IVmi ceux-ci Grégoire de Nysse fut le plus philosophe. Mêlant à sa théologie toute sorte d'inspirations néoplatoniciennes, ce défenseur de la doctrine d'Alhanase pensait, avec Plotin, qu'à force de dégager par des purifications successives l'élément suprasensible caché en nous, nous pouvons entrevoir l'impénétrable essence de la divinité à laquelle notre nature est analogue ; et, avecOrigène, il tendait à se prononcer pour la;sanctincalion finale de tous les êtres.
Moins métaphysiciens que Grégoire de Nysse, mais i^i^D plus éloquents furent ses trois contemporains, S^ile Je Césarée, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysoslome, le premier plus essentiellement moraliste, le second plus essentiellement poète, le troisième plus essentiellement orateur.
Jean à la Bouche d'Or, avant de devenir à cinquantequatre ans le patriarche de Gonstantinople, exerça pendant vingt ans à Antioche, sa ville natale, une dictature ^e la parole à laquelle l'histoire n'offre rien de companMe. C'était justice que le plus grand orateur de 1 église chrétienne appartint à cette illustre église d'Anl/oche, que fondèrent saint Barnabe et saint Paul et où les disciples de Paul prirent pour la première fois ce nom de chrétiens qu'attendait une si éclatante fortune. Le temps n'était plus où les prédicateurs du christia-
us Ui DdtlMAÏlsMK l":\TllOLlQL*li
nisme se piiiunienl d'avuir unii]uement de la conviction et du zèle, non de la littérature et du savoir. Maînlcnanl, — et cela datait des premiers apologistes, auxquels II faut ajoulci' saint Paul, saint Luc et saint Jean, tous bien loin d"ôtre des illettrés, — c'étaient la ]j|iiloscipliic et les lettres qui servaient de viatique à l'idée cbrétienne.
Julien le sentait bien, puisque, durant son court passage au pouvoir, il prétendit interdire aux chrétiens, qu'il appelait dédaigneusement les Galiléens, renseignement des lettres : u A nous, disait-il pour Justilier sa coupable intolérance, à nous l'éloquence el les arls de la Grèce; i vous l'ignorance et la rusiicilé ! »
Hien n'irrita plus les Pères. Ne %'ivaient-ils pas au milieu de peuples éminemment sensibles à la magie du discours ^t ralliés autour de la chaire parce qu'il leur semblait y voir revivre la tribune disparue? S'attaquer b. l'art de la parole, n'élail-ce pas s'attaquer au grand ressort de l'action exercée sur Ii^s Aines ? Aussi, entendez la réponse de saint Grégoire de Nazianze : « Nous vous abandonnons tout le reste, richesses, naissance, gloire, autorité, et tous ces biens d'ici-bas dont le charme s'évanouit comme un songe; mais l'éloquence, jamais! Je mets la main sur elle, et je ne regrette pas les travaux, les voyages sur terre et sur mer que j'ai entrepri.s pour la conquérir. »
Ce qui frappe chez ces beaux génies, c'est la savante fusion des idées antiques el des idées chrétiennes; c'est leur souci religieux de populariser, verset par verset, dans des commentaires familiers, les enseignements des psaumes, des évangiles et des éptlres apostoliques ; c'est leur application à parler un langage qui &oii entendu par les commerrants, les matelots, les artisans.
LKS PÈRKS (IRECS 143
les laboureurs, les femmes du peuple, non moins que par les esprits les plus cultivés; c'est la persévérante mise en œuvre de l'idée du Jugement universel.
Saint Jean Chrysostome croit proche la catastrophe qui réduira l'univers à néant et fera se lever le grand jour de Dieu, juge des morts et des vivants.
« Les événements frappent à nos portes, dit-il. N'est-ce pas notre génération qui va voir s'achever les destinées du monde? Ils ont déjà paru la plupart des signes avant-coureurs de la fin des choses. Partout a été prêché Tévangile ; et les guerres, les famines, les tremblements de terre qui avaient été annoncés sont aujourd'hui chose accomplie. »
Possédés du zèle de cette sainteté morale dont ils sont eux-mêmes des modèles, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze, Basile et Chrysostome se montrent fortement frappés de la distance qui sépare la société mêlée qui les entoure des premières communautés chrélienoes de TOrient, et, sous toutes les formes, ils répètent le mot de Tertullien : « Ah ! où est Tàge apostolique? Notre siècle est la lie du christianisme. »
Dans les lettres et dans les poèmes de saint Grégoire de Nazianze, quels sévères jugements sur les évoques de son temps! « Je fuis toute réunion d'évôques; car je ne vois pas que les assemblées de prélats aient jamais ^outi à un résultat utile. Elles aggravent les maux au lieu d'y mettre un terme. Pourquoi serais-je tenté de siéger dans ces compagnies d'oies et de grues qui s'atlaqueni avec fureur? Ce n'est que scandales longtemps cachés qui éclatent et haines sourdes qui se déchaînent Il n'y a que trop d'évèques doubles dans leur foi,
LIi IXHiM.VTISME IJATIIOLiyCh:
guidés par l'esprit ilu moQile non par les lois de Dieu,. . Leurs doctrines Qécliissent à tous les vents du siècle ' Amateurs de festins somptueux, empressés aux portei : des riches, ils sont lions rugissants devant les petiL et chiens couchants devant les grands. »
L'ami de Grégoire, saint Basile, signalait à son ton les vices des évéquos et disait : « La dignité épiscopal est aujourd'hui prostituée entre les mains des homm« les plus ahjects. »
De son côté saint Chrysostome montrait les cand/ — H liais à l'épiscopat obtenant la direction des églises par"^ les voies les plus criminelles, et Apres à extorquer l'argent des fidèles par des procédés pires que ceux des pires usuriers.
pa^J m«^f-J
Si nous passons maintenant à l'Hglise lalinc, nous'^ trouverons d'abord, dès le m' siècle, l'évèque de Cartilage, saint Cyprien, homme d'action qui ne manqua pus d'éloquence, mais posséda surtout ce haut sens politique resté la marque propre des pères latins, par opposition aux pères grecs, plus brillants esprits, mais disputeurs et particularistes.
Le grand docteur combat ces cultes exotiques de; l'Orient, consacrés à Isia, à Sérapis, à Cylièle, Milhra, qui avaient tant séduit les imaginations diz monde occidental avec le bric-à-brac de leurs rites étranges et de leurs incantations magiques.
Il rend inlêressanle pour les doctes et les curieu: cette religion du Christ qui fut d'abord confinée dan les bas-fonds de la plèbe et eut pour premiers adepte
SAINT CYPKI1:N Mb
«les ouvriers, des mendiants, des esclaves, des opprimés, qu elle formait à s'entr'aimer, à se résigner et à compter sur les revanches providentielles au profit des malheureux contre les heureux du monde.
La dialectique de Cyprien en faveur du chrislianisme ^appuie sur des textes plus que sur des raisons et nous offre les premiers modèles du style ecclésiastique.
Il s'élève contre les novateurs et il procls^me que « la discipline, frein de la foi, guide du salut, maîtresse de la vertu, gardienne de Tespérance, est le rocher solide auquel les fidèles doivent s'attacher inébranlablement pour résister aux orages du siècle ».
Pour saint Cyprien les novateurs sont des déracinés, l"'î par leur isolement, se condamnent cux-mômes. ' ^e vous enquerez pas de ce que ces hommes enseipeut, du moment où il enseignent en dehors de rEglise ^^ Christ. Ce n'est pas nous qui nous sommes séparés *» avec eux; mais c'est eux qui se sont séparés d^avec "ous. Et parce qu'ils ont trouvé TEglise en place, qu'ils sont venus après, qu'ils font bande à part, leurs assem- Wées, leurs conventicules, ne peuvent jamais se lier à Ja lige de Tu ni té. »
l\ s'agit non de suivre les caprices de notre pensée, mais de nous fixer dans les bornes posées par les Ecritures. Toujours en garde contre les spéculations du sens propre, le (idèle doit s'en tenir aux données fournies par le consentement commun. Rien de dangereux comme le particularisme. Rien d'essentiel comme l'unité. A l'Unité de rEglise Cyprien consacre un traité de portée capitale, dont on ne trouve pas avant lui le modèle et qu'Augustin seul et Bossuct ont pu surpasser. C'est de ce premier fondateur du catholicisme qu'est la
Fabbe. — Pensée chrélicnne. JO
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cruelle parole qui exclut de la pateraité de Dieu lés hérétiques, les sciiismaliques, les infidèles el les libres penseurs : " On ne peul avoir Dieu pour père si on n'a pas l'Ëglise pour mère. »
L'évoque de Garlhage pose ce principe que, de même qu'il n'y a qu'un Dieu, il ne doit y avoir qu'une fui el qu'un peuple fidèle, unis en un même corps par le lien indissoluble de la concorde.
11 met en lumière tous los déplorables effets de la division, Un corps ne subsiste plus quand il est démembré. Arrière donc les schismatiques 1 Arrière les hérétiques ! « Par cela même que l'épiscopat est un el que chaque évëque en possède solidairement une portion, l'Église est une et elle se répand par sa fécondité en plusieurs personnes. C'est ainsi qu'il y a d'innombrables rayons du soleil, mais qu'il n'y a qu'une lumière. C'est ainsi encore qu'un arbre a plusieurs branches, mais n'a qu'un tronc et une racine. Arrachée du tronc, la branche péri), et vous ne sauriez séparer un rayon du corps du soleil. •>
Autant Cyprien veut l'unité de l'Kglise et combat les novateurs qui viennent la troubler dans sa possession, autant il est loin d'admettre l'infaillibilité de l'évëque de Rome, quoiqu'il place à Rome le centre de l'unité nécessaire et reconnaisse la primauté de Pierre.
Très curieuse et très instruclive est la grande dispute soulevée entre lui et saint Klienne, au sujet de la validité du baptême administré par des hérétiques. Elieune, l'évèque de Rome, invoque la tradition qu'il fait remonter aux apôtres. Cyprien, tout en étant l'homme de la tradition, se pique de n'en avoir pasleféli(.'hisme,ct il professe
SAINT GYPRIEN 147
que, lorsque la raison contredit l'usage, c'est Tusage qui doit céder. « Vainement, dit-il, allègue-t-on la tradition. Il s'agit de voir non quelle est la coutume, mais où est la raison. Ceux-là sont dans la mauvaise voie qui, confondus par la raison, se prévalent de la coutume, comme s'il appartenait à la tradition d avoir plus de force que la vérité. Pour vieille qu'elle soit, la coutume sans la vérité n'est qu'une vieille erreur. »
Pour vaincre la résistance d'Etienne. Cyprien rappelait le débat qui divisa jadis saint Pierre et saint Paul. L apôtre Pierre, d'accord avec l'apôlre Jacques, prétendait qu'il fallait faire, la différence entre les Juifs et les Gentils et qu'agir autrement c'était frustrer la race choisie. Jésus n'a-t-il pas dit : quil nest pas juste de Prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens ? Pas de baptême qu'aux circoncis ! concluait Pierre. ^^ baptême même aux incirconcis ! disait Paul. Il ne céda pas, et Pierre céda.
En vain Etienne prétendit imposer la décision qu'il ^^ait prise du haut de sa chaire romairie [ex cathedra), %prien, ainsi que ses collègues d'Afrique, résista au décret d'Etienne, et prépara par là la secte des Donatistes, ainsi nommés de l'évêque Donat, héritier du siège et des opinions de Cyprien.
Il n'importe que l'évêque de la capitale de l'Empire parle comme évêque des évéques ; l'évêque de Carlhage ^ienlbon. Bien plus, il traduit et répand dans l'Afrique ttne lettre de saint Firmilien, évoque de Césarée, portant
qu'Etienne est « un Judas, un hérétique, et pire qu'un hérétique ».
Ce spectacle d'évêquesqui prétendaient faire la loi au pontife de Rome ne mit pas le feu aux poudres. La paix
li» i.E IKKJMATISMIi CATIlOi.HjL'E-:
fut conservée de part et d'autre; et saint Au;;uHlin luimême, — quoique acquis à l'opinion de saint Elienne, qui devait triompher au concile de Cartliage, après la mort de saint Cyprîen, — proclamera que l'obstination de celui-ci était tout à fait excusalilc, du moment oîi l'Eglise en corps n'avait pas encore iniinoncé.
L'histoire nous montre Cypricn tenant à merveille le gouvernail pendant la tempête des persécutions et finissant par le martyre l'an 2SH.
Après saint Cyprien, le premier des docteurs qui ont systématisé le christianisme romain, vient saint Hilaire. né l'an 29t). Il fui t'Alhanase de l'OccideiiL; et la fougue de sa parole lui mérita d'être surnommé par saint Jérdme If Rkôiic de l'clof/uence.
Sa vie d'évj^que fut, comme celle d'Athanase, un loo^ combat en faveur du symbole de Nicée, contre la foule de ceux qui, se réclamant ou des doctrines d'Arius, ou des traditions juives, ou de la philosophie platonicienne, entendaient être des chrétiens sans voir dans le Christ un dieu.
En même temps qu'il dogmatise en liiéolo^ien, llilaire s'élève à de hautes considérations métaphysiques sur la divinité. « La parfaite science, dit-il, osl de connaître Dieu à la fois comme impossible à ignorer et comme impossible à décrire. Il faut le croire, le sentir, l'adorei' et n'en parler que par les hommages qu'on lui rend. »
Ililarre on parlera cependant cl il dira de lui : h Dieu
SAINT lULAIRi: 14ÎI
est bien détini : Celui qui est. Rien ne se conçoit en effet comme plus essentiel à Dieu que d'être. Etant Texistence même, il ne peut avoir ni fin, ni commencement, et dans la continuité d'une inaltérable béatitude il n'a pu et ne pourra jamais ne pas être. Dieu est la vie sans mélange de mortalité, la puissance sans mélange de faiblesse, la lumière sans mélange d'obscurité, Tesprit sans mélange de matière. Tout en lui est d'une même nature. Ce qui en lui est esprit est lumière, puissance et vie; ce qui en lui est vie est lumière, puissance et esprit. Ainsi du reste. Tout en lui est un et parfait, tout en lui est Dieu vivant. 0 Dieu, je t'admire d'autant plus que je te connais moins. Le mouvement, la méthode, la vie de ma pensée, même en ne les comprenant pas, je les sens ; et ce sentiment, je te le dois, ô mon Dieu, rooi à qui tu donnes, avec la conscience de l'initiative naturelle qui est en moi, la perception de la nature qui est l'enchantement de mes yeux. »
Ce qui déplait le plus à Hilaire dans TÂrianisme c est flu'il tend à détruire la sécurité de la foi pour mettre à I^ place les investigations de la pensée humaine. Les '•waw de la philosophie viciant la religion lui font peur ; lien appelle à l'évangile lu avec humilité et simplicité. Aux évêques ariens il reproche d'avoir une déplorable prédilection pour ce qui divise, au lieu de s'en tenir à ^ qui unit. Aux évêques orthodoxes il recommande de garder toujours des tempéraments, et de ne pas susciter des hérésies nouvelles par leur manière de combattre ks hérésies existantes. A l'empereur Constance, dont tous les manèges vont à imposer Tarianisme, il remontre 1 odieux des persécutions qui se parent du masque de la justice.
lliO Li; TKWM.VTlSMi; CATIIOLIQUi;
Qu'importe l'opinion en faveur tie laquelle s'exerce l'intolérance? S'exercerail-elle au profil de la vraie foi, les évêques, selon Ililaire, s'y opposeront toujours. Fidèles à tu bonne doclrine, ils diront : Dieu, maître de tout, n'a pas besoin d'obéissance forcée et il ne veut pas d'un cri'tio dicté par la contrainte.
(( Si la persécution est inévitable, s'écrie Hilaire, eli bien que Dieu nous rende les Néron et les Dèce ; Avec eux la situation était franche. C'étaient des persécuteurs qui exterminaient les fidt'les par le fer ou par le feu, et ils ne déguisaient pas sous d'hypocrites dehors les abus du pouvoir. C'est en face de ces empereurs que j'aurais voulu avoir à confesser ma foi. Maintenant nous luttons contre un persécuteur déguisé; nous avons à faire avec un ennemi qui flatte pour vaincre et confesse le Christ pour mieux le nier. »
Non content d'ôtre l'anta^onisLe des évêques chrétiens négateurs de la divinité du Christ, saint Hilaire se fit le commentateur des Ecritures.
On doit applaudir à ses beaux desseins ; mais il faut reconnaître que ses interprétations de l'évangile et des psaumes abondent en raisonnements tirés par les cheveux où prévaut un symbolisme artificiel. Par exemple, le bon évéque, s'accommodanl mal de la dureté hébraïque, s'évertue à travestir les choses pour eu tirer des enseignements pleins d'édification. Coninienle-t-il le souhait de Duviil demandant la mort de son ennemi? Il décide que c'est de mourir au péché qu'il s'agit . où il y a mort, on doit lire conversion. Rencontre-t-il ce vœu barbare : « Heureux, ô Babylone, celui qui écrasera ifants contre la pierre ! » 11 découvre que les enfants