SAINT AMBROISE
«le Babylone ne sont rien autre que nos convoitises, et que la pierre c'est le Christ, roc contre lequel doivent venir se briser les mauvais désirs, ces vilains enfants Ju cœur humain.
Cet allégorisme scolastique, de plus en plus accrédité
depuis saint Hilaire, a abouti à d'innombrables défor-
niations de textes dans le monde chrétien. Les interprètes
des Ecritures n'admettent ni la fange ni le gravier et
prétendent trouver partout Tor ou le diamant.
L'historien Sulpice-Sévère raconte que saint Martin, le boa évèque de Tours, le grand apôtre des Gaules, ami intime précisément de saint Hilaire, avisa un jour des paysans tourangeaux dévotement prosternés devant des reliques, et leur apprit que ces restes qu'ils prenaient pour les ossements d'un martyr n'étaient que les ossements d'un assassin.
Que de commentateurs ingénus ressemblent aux braves paysans tourangeaux !
SAINT A3IBR0ISE
Selon une image de saint Jérôme, Cyprien et Hilaire avaient fleuri comme deux grands arbres, Tun planté dans l'Afrique, Tautre planté dans les Gaules ; et c'est à leur ombre qu'avait crû et grandi l'Eglise occidentale, en attendant Ambroise et Augustin.
Né dans la Gaule comme le docte évèque de Poitiers, l'an 340, saint Ambroise, que l'acclamation populaire improvisa évèque de Milan, fut un moraliste ingénieux et solide. Il fut encore plus un conducteur d'hommes, habile à faire fléchir le trône devant l'autel. C'était le génie des Pères latins d'être avant tout portés à l'action.
VM \.E liiil,JUriSMI': CATIlOLiyLK
Le type de l'homme JV:taL romain se retrouve dans ce lils d'un préfet de l'Empire qui applique au maniemenl des alîaires de l'Eglise et ii la sauvegarde île ses intérêts matériels ou moraux un curieux inélaa^e de bon sens et d'élévation. Et quelle courageuse grandeur dans son altitude lorsqu'il refuse à Tliéodose de l'ailraettre dans la basilique avant qu'il se soit purifié par une sévère pénitence du massacre de Thessalonique 1 II faut que César se soumette. La majesté du pouvoir iiniiérial s'incline devant une majesté plus haute, celle de la conscience humaine personnifiée ce joui-là dans l'évèque de Milan.
Les écrits d'Aniljroise ressemblent à sa conduite. Tout y est nolde, et tout tend à la pratique. Il coule dans le moule chrétien les meilleurs enseignements de l'ancienne sagesse, et marie des emprunts faits à Homère ou à Virgile, à Platon ou à Gicéron, à Euripide ou à Sénêque, avec des citations de la Bible hébraïque, des paraboles évangéliques el des épitres apostoliques.
On dirait que. pour ce sage, le christianisme est le couronnement naturel de la civilisation gréco-romaine,
A la primauté de l'esprit où excella la (îrèce, incomparable dans la liclîoji, h la primauté du caractère où excella Rome, incomparable dans l'action, a succédé, avec le christianisme, la primauté du sentiment; et toute l'histoire n'a été qu'une ascension coiitlnuo vers le divin.
SAINT J t: [1 0 Jl E
Actif entre tous, muis d'une activité toujours ardente cl inquiète, nous apparaît le Ualniate saint Jérùine, coo-
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templeur de la philosophie plein de la doctrine des philosophes; cicéronien incorrigible jetant là pierre aux oraleurs profanes ; athlète vigoureux mêlé à toutes les polémiques; directeur consommé dans le grand art de gouverner les âmes, décidant aux plus pénibles sacrilîcesles descendantes des Fabius, des Camille, des Scipions et des Gracques ; ascète encore plus dur à luimême qu'aux autres, s'imposant la solitude, les veilles, les jeûnes, les souffrances pour maîtriser son imagination tourmentée et ses passions impétueuses; censeur impitoyable de ces charlatans de la charité qui sonnent la trompette chaque fois qu'ils tendent la main à l-indigenl, de ces moines, tripoteurs d'affaires qui « inventent toule sorte de fraudes pour capter les testaments, » et Je ces prêtres mondains qui « ont recherché le sacerdoce pour voir plus librement les femmes; » traducteur palient et docte commentateur des Ecritures; enfin génie fougueux et opiniâtre qui a été le Diderot de Tencyclopédie chrétienne.
Saint Augustin rendra à saint Jérôme cet hommage qu'il fut le lien de TOrient et de TOccident, à cause ^ju étant célèbre par la parfaite connaissance^ non seulement de la langue latine, mais encore de la langue grecque et de la langue hébraïque, il avait passé de J 'Eglise occidentale dans l'Eglise orientale pour y achever son existence près des lieux saints et dans Tétude perpétuelle des livres sacrés.
La société chrétienne du iv*" siècle était remuée par les lettres vibrantes de ce tribun de l'évangile adressées à des prêtres, à des palriciens, à de nobles romaines. Apôtre outré de Tascétisme, Jérôme parle toujours de mortifications, de jeûnes, de virginité, d'austérité, de
i;;4 LE DOGMATISME. CATIIOLIQUII
solitude ; il lance ro[iprolii'e aux richesses, aux honneurs, aux jouissances ; il glorifie la vie pénilenle des anachorètes de la Syrie et de l'Egypte ; il ne sépare pas la vie chrétienne des pratiques de la vie monastique
Ils pouvaient constater qu'un profond changemesl s'était fait dans le monde ceux qui voyaient d'illustres matrones, héritières des plus beaux noms, renoncer à la famille, aux grands biens, à la société, et quitter leur patrie, qui était la capitale de l'univers, pour aller, suite de ce descendant des barbares, vivre et mourir dans la campagne désolée de Bethléem, près du berceatt-u du Christ.
BrùlanL d'une fièvre perpétuelle, attelé jusqu'au dais nier jour à un immense labeur, ne s'accordant que quelques heures de sommeil, ne buvant que de l'eau, ne mangeant que des herbes, JérAmo dépassa la quatrevingt-dixième année. Quand il rendit le dernier sou[Mr en -i2û, il y avait dix ans que Rome avait été prise, et bientôt l'empire d'Occident allait n'tilre qu'un souvenir.
Au moment où saint Jérôme entrait dans sa robuste vieillesse, saint Augustin, arrivé à l'âge mùr après une jeunesse non moins agitée que celle du grand solitaire, se vouait à l'Eglise chrétienne dont il a été le I'i>rc le plus illustre. A Augustin est dû l'achèvement de la théologie ébauchée par saint Paul.
Dans sa Défense de la Traitilion, Bossuet appelle saint Augustin « le plus grand de tous les esprits, celui où l'on trouve le dernier degré de l'intelligence dont les hommes soient ca|iables, » Même admiration chez \