SAINT AUGUSTIN
les plus célèbres d'entre les Jansénistes et d'entre les Réformés.
Il faut lire cette attendrissante histoire d'une belle àme qu'Augustin écrivit si naïvement, si pieusement, et qu'il intitula ses Confessions. On y trouve un homme; on y trouve rhoinme. En se dépeignant, Augustin nous a tous dépeints.
Avant de se convertir, non sans de longues luttes
avec lui-même, à la foi de sa mère, à cette religion du
Christ, « dont, dit-il, il avait sucé l'amour avec le lait, »
Augustin, dans sa vie d'étudiant et de professeur, avait
essayé de toutes les doctrines, passé par tous les doutes,
connu toutes les anxiétés, éprouvé toutes les déceptions,
^garé sur toute sorte d'objets son cœur affamé d'amour.
D autres analysent leurs états d'âme pour se faire un
personnage au gré de leur orgueil et pour amuser les
ioisirs de quelques curieux. Augustin, lui, s'étudie en
toute humilité, et vise à l'instruction du genre humain.
« J'écris, dit-il, pour que tous sentent, ô mon Dieu, de
quels profonds abîmes il faut crier vers vous. »
Il a eu des joies et ses joies sont passées ; il a été jeune et sa jeunesse est morte ; il a chéri des amis et ils dorment dans la tombe. Par-dessus tous ses deuils il y a Dieu. Il en appelle à lui. Il se fait petit enfant devant lui. Il attend de lui la guérison de ce cœur brisé où se mêlent le dégoût de vivre et la peur de mourir. Mais, à la fois avide et blasé d'émotions, Augustin passe par les plus douloureuses alternatives, et il connaît toutes les tortures de l'enfantement d'une àme à une vie nouvelle.
Il expérimente l'amertune des voluptés, le néant des
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richesses, l'ioanité de la gloire, le mensoage des espérances. Pas plus que les passions, l'élude ae peut remplir le vide de son Âme. 11 va cherchant le bonheur. Le lionheur la fuit dans la solitude et le fuit encore plus dans le monde.
Ainsi Augustin a fait le tour des créatures, cspéraut leacontrer ici ou là le hien après lequel soupire tout Mre ; tes créatures lui ont menti, et partout il n'a trouvé que tourment ou ennui. 11 décide de quitter tant de folles vanités. Mais flics h liivnt par le vf'temeni dr sa chair, et elles semblent lui dire : u Veux-tu donc nous abandonner ? Quoi ! Des ce moment tu ne ferais jdus ceci, cola? Tu y renoncerais pour jamais? « El il retombe; et il reste sourd à la voix de la sagesse dont pourlanl l'amour le possédait depuis répoque où, âgé de dix-neuf ans, il avait tu l'ouvrage de Cicéron consacré à l'éloge de la philosophie et s'était juré de devenir lui aussi un sage.
Enlin à trente-lroisans vient l'heure décisive : Augustin est tonchf' dr la f/râcr. « Pas demain, mais aujourd'hui, mais tout de suite, je serai l'homme que je dois iSlrc. Il Finie la vieille guerre de lui-même avec luimôme. X Joie 1 Joie ! Pleurs de joie! » dit-il, comme le dira plus tard Pascal. Il est en quelque sorte inoudé des effluves d'une inelTahle paix.
Désormais tous ses jours s'écouleraient dans la plus] pure sérénité s'il n'avait la nostalgie de la patrie élerJ nelle. Sa mère l'a encore plus. » Mon lils, dil-elle F Augustin, dans cet entretien immortel qu'ils eurent prl du port d'Oslie, que faîs-je en ce monde? Je n'y ai plT rien il ambitionner puisque vous êtes devenu chrélif
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i^ourquoi resterais-je davantage?» Et quelques jours après, elle expirait.
£q face des restes de celle qui fut sa mère saint A^ugustin avait soif de pleurer. Pourtant il se retenait, es Limant qu'il ne convenait pas d^accompagner de plaintes et de pleurs le départ d'une telle âme pour cette vie bienheureuse dont, à Ostie, la pensée seule les avait plongés tous deux dans une inoubliable extase.
^ais lorsque la pauvre morte fut sous terre et qu'il se retrouva seul devant Dieu, le fils de Monique laissa lira libre cours à ses larmes: et ces larmes furent un soulagement pour Tâme blessée d'Augustin qui sentait « déchirée en deux parts cette vie qui s'était formée de l^ vie de sa mère et de la sienne, si longtemps confondues ensemble. »
A la suite de sa conversion, Augustin abandonna Venseignement de la rhétorique ; distribua la plus grande partie de ses biens aux pauvres, et passa plusieurs années à méditer et à écrire.
Le zèle religieux n'avait pas encore altéré en lui le culte ^6 la philosophie, en particulier du platonisme. C'est surtout dans les œuvres qu'il composa ou conçut alors qu'éclate son génie, abondant et tendre, subtil et profond, (le psychologue, de moraliste et de métaphysicien.
LE NÉOPLATONISME CHRÉTIEN D'AL'CiUSTIN
Dans les Soliloques ou entretiens solitaires de l'homme '^^ecla raison, Augustin prend pour base de ses afflrmal'ons spiritualistes les mêmes principes sur lesquels Des- ^^tes bâtira sa philosophie.
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Ailleurs, il devance les réHexions opposées par Leibnie à Locke pour établir que les sens ne sont pas l'unique source de nos connaissances.
Partout il développe sur la Raison les idées que reprendront plus tard les saint Anselme, les saint Thomas dWquin. les Bossuel, les Fénelon et les MaleLranche.
Par saint Augustin tous ces grands esprits se relient à Platon. Augustin, c'est Platon un peu rétréci, un peu subtilisé à la Sén^que, mais plus animé, plus coloré, plus vivant.
Esquissons ici le néoplatonisme cliréLien do ce grand guide des croyants, qui préférait saint Jean à tous les autres évangélisles parce qu'il est le [dus platonicien, et qui a dit : <> J'aime îi prendre dans Platon tout ce qui ne contredit pas nos dogmes « :
Alors même qu'il ignore el d'où il tire son origine, et s'il est un être composé ou simple, et s'il se meut, el s'il est immortel, l'homme sait qu'il pense et, parcela même, qu'il existe. Il peut bien se tromper dans ses jugements, mais il ne faut pas en conclure, avec les sceptiques, qu'il soit incapable de toute certitude.
Voici en effet une première certitude, c'est que s'il se trompe, lui qui se trompe il existe. « Si je me trompe, je suis, » dit saint Augustin.
Mais qui suis-je? L'essence de l'àme réside en ce qui nous est le plus intime. Or ce qui nous est le plus intime,! ce n'est pas la matière, puisque nous pouvons nous con-F cevoir sans la concevoir. Ce qui nous est le plus intima c'est la pensée el l'amour. Pensée et amour sont donj l'être de l'imc.
La pensée s'attache au vrai; l'amour au beau, Le vr|
LE NEOPLATONrSME CHRETIEN D'AUGUSTIN 15^
est l'inlelligible; le beau le désirable. Il y a identité entre le vrai et le beau, entre Tintelligible et le désirable; et c'est le bien, à la fois parfait intelligible et parfait désirable, qui fait leur unité.
Puisque le bien domine le vrai et le beau, la morale domine la science et Fart.
La réalité suprême où tout s^explique et d'où tout dérive, c'est Dieu. Par suite le suprême objet de la spéculation, c'est rélude de Dieu.
Et d'abord, tâchons d'acquérir la connaissance de nous-mêmes qui nous acheminera à la connaissance de Dieu. De Faction intellectuelle qui se produit au moyen <!u témoignage des sens, et d'où résulte la connaissance des corps, il faut distinguer l'action intellectuelle qui û'est qu'un mouvement interne de l'esprit et qui consisteen ce que l'intelligence connaît l'existence même de 'intelligence.
Platon explique nos idées universelles et nécessaires par l'hypothèse d'une vie antérieure dont nous nous lessouvenons à notre insu. C'est trop grandir l'homme. Si notre âme ne commence pas à être à l'heure de notre naissance, il n'y a pas de motif pour qu'elle n'ait point existé de tout temps ; et alors que deviendrait la création à laquelle saint Augustin tient avant tout? Puis, n'est-il pas probable que, si nous avions préexisté, nous en aurions une conscience plus ou moins vague ?
La perception de la vérité n'est donc pas une réminiscence; elle est une intuition. Quand des vérités sont naturellement enchaînées, notre intelligence les discerne à la clarté d'une certaine lumière incorporelle, de même
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que l'œil discerne les objets placés dans le rayon de la lumière matérielle qu'il perçoit et pour laquelle il est conformé.
C'est par la réflexion, c'est-à-dire par la concentration de la pensée sur elle-même, qu'on dégage la vérité ; qu'on démêle ces règles éternelles qui s'appliquent à tout; qu'on saisit ces rapports immuables de proportion et de forme d'après lesquels se constituenl nos jugements.
L'homme trouve le vrai en soi; et quand il le trouve. il trouve non ce qu'il ignorait mais ce dont il ne s'avisail pas.
Ne pouvant rien savoir que notre àme. nous noua connaissons implicitement nous-mêmes dans tout ca que nous connaissons. Selon qu'elle rentre ou ne rentra pas en soi, l'âme a ou n'a pas Tinluilion d'elle-même^
Mais au fond, même en négligeant do se voir, elle n^ cesse pas de se savoir, comme par un souvenir qui lus demeure. Ainsi, si vous possédez plusieurs sciences, elle ■ sont en dépôt dans votre mémoire, et cependant il ns'en présente quelque chose à votre esprit que lorsque vous y pensez.
La raison est le regard de l'àme voyant la vérité pa^ elle-même et non par le corps. Si pour juger des objets sensibles nous interrogeons les sens, pour juger de» choses intelligibles c'est la vérité intimement présente en chacun de nous que nous devons interroger.
Au dehors on distingue celui qui enseigne et celui qui est enseigné; mais devant Dieu tous sont disciples. Dieu est le maître universel qui parle à tous sans bruit de paroles.