LE NKOPLATONISMK CHRETIEN D'AUGUSTIN
Par suite, le but le plus élevé de la moralité, c'est la moralité elle-même. Le principal motif de ne pas mal faire tient au caractère obligatoire des lois éternelles dont I*àme a l'intuition immédiate et qu'elle se sent libre d'observer ou de violer.
En même temps qu'elles sont éternelles, ces lois sont absolues. Le mal n'est pas le mal parce que Dieu le défend; Dieu le défend parce qu'il est le mal.
Nos lumières sur le devoir sont bien autres 'que nos lumières sur Dieu. La tradition, Tunivers, la raison témoignent que Dieu est; mais nous ne saurions entreprendre ^^xpliquer ce qu'il est sans nous heurter à des contradictions.
La nature de cet être, de qui tout part, à qui tout ^lent et à qui tout aboutit, l'élève trop au-dessus de ^^ule intelligence et de toute essence pour que nous puissions le comprendre. Nous entrevoyons tout au plus ce qui répugne à la nature divine; nous demeurons incapables de dire positivement en quoi elle consiste. Dieu est partout et il n'est nulle part; Dieu est en tout et il n'est la substance d'aucune chose; tout est en Dieu et i7 n'est le lieu de rien; Dieu est éternel et il est hors du temps; Dieu est immuable et il opère tout changement; Dieu est grand, immense, sage, juste, bon, et il n'a rien de commun avec ce qu'on appelle quantité et qualité. A propos de Dieu, le meilleur témoignage de savoir est de reconnaître qu'on ne sait pas.
Quoiqu'il soit difficile de concevoir Dieu sans l'univers, il ne faut pas croire que l'univers émane de Dieu. Ce serait aboutir au panthéisme qui identilie l'un avec l'autre. De Dieu il ne saurait émaner que Dieu.
Visiblement cet univers n'est pas Dieu ; il a donc été
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lire du néant. Sa raison d'ëlrc est dans la puissance et la bonté divine.
Celte puissance et cette bonté se manifestent en toutes clioses. L'œuvre de Dieu ne renferme rien qui soitindigne deson auteur. La cri tiquer est folie, L'homme dans l'univers est une statue relég^uée dans un petit coin d'un palais immense. Comment pourrait-il apprécier la beauti' de cet édifice dont il fait partie? 11 est un soldat perdu entre mille sur un vaste champ de bataille. Comment pourrait-il voir t'ordonnance de toute l'armée?
Pour qui saurait regarder, les bonnes œuvres de Dieu se manifesteraient partout, m^me dans les mauvaises actions des hommes. Le méchant ne gâte rien- Malgré lui. il atteste l'ordre qu'il viole. Pour n'avoir pas voulu exécuter la loi, il sera puni par elle. Son opprobre a un effet purificateur. Ne faut-il pas qu'il y ait un esclave quk^nettoie l'égoftt de la maison?
L'œuvre dernière de la philosophie est d'iniliec — l'homme aux mystères du christianisme en les lui fai — sant comprendre comme ils doivent être compris, et de dégager les principes de la morale évangélique qui subsistent en chacun de nous, parce que Vâme , selon la parole de Terlullien, e^l na/m-ellfinrni clirélienne. '
N'y a-l-il pas un aveu des impuissances delà raison et un appel à une illumination surnaturelle dans ces paroles dePtaton :« Certaines chosessontinaccessiblesàThomme, à moins qu'un dieu ne les lui révèle ? u
Il existe des cas où il faut faire violence à la raison et lui dire : tf Pourquoi me torturer? Tais-toî » ; où il faut écouter le cœur et attendre, avec gémissements, avec larmes, la prière à la bouche, la révélation du vrai.