DOUBLK DECISION DE L'EGLISE
Quand on décide que c'est là une justice supérieure, un décide que la justice est une injustice déguisée, et on renverse la moralité humaine au nom de la moralité divine.
Dans la moralité divine ainsi entendue la raison ne peut voir qu'iipmoralité et ne saurait la justifier qu'en justifiant toute immoralité. Ce n'est pas là un mystère qu'il est au-dessus de nous de comprendre; c'est une iniquité qu'il est au-dessous de nous d'accepter.
DOUBLE DÉCISION DE l'ÉGLISE
L'Église, par l'organe de ses principaux docteurs, (le plusieurs papes et du concile de Trente, condamna comme hérétique la doctrine de Pelage et consacra comme orthodoxe la doctrine d'Augustin.
Il fut proclamé, à lencontre des pélagiens, que « le péché du premier homme a passé à ses enfants » ; que *' sans une grâce intérieure qui nous inspire le bon vouloir, Ton ne peut faire aucun bien utile au salut » ; que (( la grâce du Dieu rédempteur est nécessaire, non seulement pour connaître, mais encore pour suivre les règles de la justice en chaque action »; enfin que « sans ce secours nous ne pouvons rien avoir, penser, "lire ou faire qui appartienne à la piété. »
A rencontre des demi-pélagiens qui, admettant d'ailleurs le péché originel et la grâce, se bornaient à attri- Wr au libre arbitre le commencement de la foi et les premiers mouvements de la nature humaine vers le fen, il fut proclamé que « non seulement l'accroissenienl, mais encore le commencement de la foi, enfin
HORS r)E L'I-GLISE POINT [)E SALUT 177
conque en est séparé se prévaut en vain de ce que sa conduite est irréprochable. Pour ce seul crime d'être détaché de l'unité du Christ, il n'aura point la vie, et la colère de Dieu demeurera sur lui. Imaginez un homme syant d'excellentes mœurs. S'il n'a pas la foi, elles ne sauraient lui apporter aucun avantage. Prenez-en un ^ulre, au contraire, dont les mœurs soient beaucoup rooins bonnes. S'il possède la foi, il peut obtenir le salut auquel le premier ne peut arriver. »
Mais, du moins, parmi ces réprouvés, ne faudra-t-il pas distinguer de ceux qui ont pu connaître la doctrine privilégiée ceux qui ont été nécessairement forcés de 'ignorer, n'étant pas à même de jamais en entendre parler ?
U logique de saint Augustin répond que non. « Dans ceux qui n'ont point voulu s'instruire, Tignorance est certainement un péché ; dans ceux qui ne l'ont pas pu, c est la peine du péché : donc, ni les uns ni les autres fi ont une juste excuse ; mais ils subissent les uns et les autres une juste condamnation. »
El saint Augustin, comme plus tard Bossuet, passe en revue parmi les païens tant de sages, tant de graves 'éçislateurs, tant d'excellents citoyens, un Socrate, un Marc-Aurèle, un Scipion, et de ce seul fait qu'ils furent tous privés de la connaissance du Dieu des chrétiens il conclut qu'ils sont tous exclus de son royaume éternel.
Ce n'était pas là l'avis des pélagiens. Ces hérétiques pensaient que les Socrate, les Marc-Aurèle, les Scipion, pouvaient être justifiés par leur ignorance même, et 'ju ils n étaient pas coupables du moment où ils avaient agi selon leur conscience.
Fabrc. — Pensée chrélieaue. li
« Non, réplique sainl Augustin, des païens ne sauraient être sauvés, n'ayant pas la foi en Jésus-Christ. S'ils étaient sauvés, ce divin sauveur serait donc mort inutilement! »
Que si le salut est refusé à ceux qui sont morts infidèles, à plus forte raison est-il refusé à ceux qui meurent hérétiques et qui par suite ont renié la vérité et TEglise qu'il leur était donné de connaître.
Cet exclusivisme est révoltant. Mais comme il fait la partie belle aux apôtres de Rome ! Ici des théologiens du rite grec ou de l'église réformée qui assurent bien que leur église est la plus parfaite; mais qui avouent en même temps que l'église romaine, malgré tous ses défauts, offre des qualités suffisantes pour qu'on puisse s'y sauver. Là des théologiens romains qui répètent : « C'est un article de foi consacré par le grand concile de Latran qu'il n'y a pas de salut hors de notre église. » Qu'est-ce qui est le plus sûr? N'est-ce pas de se ranger à la doctrine où, de l'avis même de ses adversaires, on peut toujours se sauver, et de laisser là les doctrines où on ne saurait trouver le salut, de Favis unanime des catholiques, forts de la tradition et de leurs conciles? Pourquoi ne pas s'attacher à la communion que nul ne juge incompatible avec la sainteté, au lieu de s'aventurer dans des communions où on court le risque de la damnation éternelle?
C'est là précisément le raisonnement que fit Henri IV avec l'approbation de son fidèle Sully, resté lui d'ailleurs parfait huguenot : « Pourquoi, disait Henri IV, ne me ferais-jc pas catholique? Non seulement je vais au plus utile; mais je vais aussi au plus sûr. »