LA RÉDEMPTION
Les disciples de Jésus voyaient en lui non Dieu même, mais le Messie destiné à être le glorieux libérateur d'Israël ; et ils furent fortement déconcertés par sa mort, jusqu'au moment où ils devinrent convaincus qu'il était ressuscité.
Saint Luc en témoigne par ce langage qu'il prête aux deux disciples du village d'Emmaûs : « Ne savez- vous pas ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth qui était un prophète puissant en paroles et en œuvres^ devant Dieu et devant tout le peuple ? Il a été crucifié. Pour nous, nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, x
La foi en la résurrection arrangea tout. Les disciples pensèrent qu*il avait fallu que le Messie passât par les souffrances pour entrer dans son triomphe.
Mais combien une telle opinion déconcertait le commun des Juifs, qui n'admettait qu^un Messie victorieux, un roi de gloire !
A plus forte raison les Juifs furent-ils stupéfaits quand la divinité du crucifié fut proclamée. Que Dieu eût pris chair dans le sein d'une femme de Nazareth, c'était à leurs yeux une fable extravagante ; mais que, de plus, Dieu eût été en agonie à Tidée de son abandon et de sa mort prochaîne ; qu'il eût été en butte aux outrages, aux coups, aux souffiets, aux crachats ; qu'il eût été Qagellé, moqué, mis au-dessous d'un voleur et soumîj
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au supplice des esclaves : cela confondait toutes leurs idées et leur paraissait horriblement blasphématoire.
*-e scandale de la croix n'existait pas de même pour l^s Grecs ; car le polythéisme les avait habitués à regarder la divinité comme parfaitement compatible avec '^ Souffrance.
^n maintes circonstances les dieux apparaissent sur ^®^ï*epour se faire les précepteurs, les défenseurs, les ^^Hsolateurs des malheureux humains. Il arrive qu'ils *^ni assujettis à de dures épreuves : c'est Apollon forcé "^ garderies troupeaux d'Âdmète ; c'est Hercule obligé "^ nettoyer les écuries d'Augias.
E^ollux, doté par Jupiter de l'Immortalité, ne la prise
9^ 'autant qu'il peut la partager avec son frère, et s'ac-
^^ïHraode des perpétuels retours de sa mort, du mo-
'^^nt où, chaque fois qu'il meurt lui-même, son frère
^^stor ressuscite.
^iessagère de la Pitié remplaçant par le pardon les ^'gueurs delà vieille Justice, Minerve, qui est en quelque ^^t'ie le Verbe du Père des dieux, vient en Grèce arra- ^^^or le parricide Oreste aux coups vengeurs des Eumé- ^ides.
Bienfaiteur de la race humaine, le Titan Prométhée ^^t cloué par la volonté de Jupiter sur un roc du Caucase, ^^ proie au vautour qui ronge son foie toujours renais- ^^Ht, jusqu'au jour où viendra un Dieu libérateur : ^^ Regardez quels maux m'accablent, s'écrie-t-il. C'est ^*nsi qu'un Dieu fait souffrir un Dieu. »
Saint Justin, comme on Ta vu, se faisait une arme ^'analogies de cette sorte, sans se douter que l'arme ^^ait à deux tranchants. '< Quand nous affirmons, disait-
i\m i.K ii(ii;m.\tism[; CATHoLiyrE
il aux païens, que Jcsus-Glirisl, nolro Soigneur, a été crucifié ; qu'après sa mort il est ressuscité et monté au ciel, nous uc disons rien de nouveau et qui dilTère de ce qurt vous dites des fils de Jupiter. Vos écrivains ne représentent-ils pas Ësculape montant au ciel, après avoir été foudroyé par le tonnerre à cause de ses miracles dans l'art de guérir ? Ne fonl-ils pas également monter an ciel et Hercule, après qu'il s'est brûlé sur un bûcher au terme de ses travaux; et lîacchus, après qu'il a été mis en pièces? Môme lors de la mort de votre César, ne se trouvat-il pas tel témoin affirmant par serment l'avoir vu monter au ciel, après que son corps eût été consumé? "
Comment des esprits familiarisés avec la mythologie païenne n'auraient-ils pas goûté la poésie de cette conception qui montrait dans le Dieu-Homme de la Judée l'incarnation non des forces mystérieuses de la nature, mais des vertus les plus hautes de l'humanité, et qui le représentait mourant, non pas pour quelques cités, mais pour le genre humain?
Ne semble-t-il pas que celui qui par essence est le grand litre s'agrandit encore quand, étant le Farfail. il devient le Martyr?
Voici divinisée la souffrance et levé le scandale du mal.
La douleur n'est plus seulement l'aiguillon des âmes, comme l'ont répété les philosophes. Elle a sa vertu propre et un prix inlini. Elle constitue un privilège pour ceux qu'elle frappe, [tarce que, bien supportée, elle nous crée des droits près de Dieu. Que le chrétien ne se plaigne pas de gravir cet i\pro calvaire du salut! L'épreuve d'aujourd'hui sera la joie de demain.
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LA THÉORIE PAULINIENNE DE LA HÊDEMPTION
Le premier théoricien de la rédemplion c'est saint "^ul qui enseigne que, « par amour de nous, Dieu a ''^ndu victime pourle péché celui qui ne connaissait pas '^ péché, afin qu'en lui nous devinssionsyVs7^.v de la jus- ^^ce (le Dieu ».
Chez les païens, Tidolâtrie et la corruption ont prévalu,
"Malgré les merveilles de TUnivers qui auraient dû les
élever du visible à l'invisible, de la créature au créateur,
^t malgré la voix, tantôt approbatrice, tantôt accusatrice,
^^ la conscience qui aurait dû les convertir au bien.
Les Juifs sont encore plus coupables que les païens,
P^rce qu'ils ont donné le spectacle des mêmes chutes
'Malgré le privilège de la Loi, et n'ont écouté ni Moïse
'^î les Prophètes.
Il demeure manifeste que tous les hommes sont Pécheurs et que nul ne saurait arriver par ses propres ^T'orts à se faire juste et digne de l'approbation de Dieu. ^I^s le salut qu'il ne saurait obtenir par ses œuvres l^î sont toujours imparfaites, Thomme peut y arriver l^^r la foi dans la rédemption.
La mort du Christ lui apprendra à mourir au péché et ^ dépasser la sphère de la Loi, qui prescrit Lien ce qu'il ^^ut faire, mais ne donne pas la force de le faire.
L'immense bonté du crucifié engendrera la sanctifi- ^2ilion des croyants, et le sang du Christ sera le rachat ^^ nos âmes.