LA RANÇON PAYKE A SATAN
une victoire d'avoir obtenu la mort du Sauveur; et c'était sa défaite irrémédiable, vu que le Sauveur devait ressusciter, et que sa mort était la mort de la mort.
Saint Grégoire de Nysse à son tour raille Satan qui a fait un marché de dupe. Comment le diable, pourtant si rusé, a-t-il pu se laisser prendre? C'est que le Fils de Dieu revêtit la nature de Thomme.
Les apparences tout humaines du Christ firent que le diable ne soupçonna pas le secret de la puissance divine. La forme charnelle fut Tappât, et le diable mordit à l'hameçon.
Les deux papes saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand confirment cette doctrine. Le pape Léon en particulier explique qu'il fallait bien que le Sauveur eût ^Q partage la chair et le sang et parcourût toutes les é^pes de la vie humaine, depuis le bégaiement de Tenfance jusqu'au râle de la mort, afin de cacher sa toutepuissante divinité sous le voile de notre faible humanité ^^ de donner ainsi le change à l'Ennemi.
Luther lui-même consacrera cette tradition par ces Paroles d'un de ses cantiques.
11 tint secrète sa puissance Et prit une pauvre apparence Pour mieux attraper le démon.
N'est-ce pas là une basse mythologie où la puérilité le dispute à l'absurdité? Puis, n'est-ce pas faire outrage ^Dieu que de montrer Dieu jouant au plus fin avec le diable, et de montrer le diable obtenant de Dieu une rançon? Et quelle rançon? Dieu môme.
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Au XL" siècle, il fut donné à saint Anselme, l'Augustiit du moyen d^e, de développer k doctrine qui. entrevue par saint Grégoire de Nazianzo, reprise et complétée par saint Tliumas d'Aquin, a définitivement prévalu.
Le grand arL'liev(>c[ue (le Canlorbéry avoue lui-même qu'à son époque, qui était pourtant une époque de foi, maints chrétiens étaient réfraclaires à l'idée du Dieu rédempteur.
N'est-ce pas déshonorer Dieu, pensaient-its, que de le montrer logé dans le corps d'une vierge, nourri du lait de son sein, et subissant toutes les nécessités inliérenles à l'humaine nature 1
N'est-ce pas une extravagance que d'imaginer Dieu expirant sur la croix entre deux malfaiteurs pour sauver les hommes, comme s'il n'était pas en son pouvoir de les alTrancliir de tout mal sans se réduire lui-même à souQ'riretà mourir?
A ceux qui disent que, sur le Calvaire, Dieu nous a délivrés du péché, de sa colère, de l'enfer, de la puissance du diable, ne peut-on pas répondre : Si vous prétendez que Dieu ne pouvait réaliser cette délivrance par un simple décret de sa Bonté, vous le faites impuissant : ce qui équivaut à le nier. Si, avouant qu'il pouvait le faire, vous soutenez qu'il ne l'a pas voulu, comment pouvez-vous accorder l'attribut de la sagesse à un être qui, sans ni^'cessité, sans motif raisonnable, se complaît aux plus étranges monstruosités?
On parle de la colère de Dieu. Mais ne dépend-il pas de Dieu d'apaiser sa colère et de n'avoir pas la volonté de
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punir? Qu'il eût dit un je le veiix^ n'en aurail-il pas fini aussitôt avec sa colère, avec Tenfer, avec le diable, avec la servitude du péché?
En vérité, il semblerait que Tenfer et le diable ne sont pas au pouvoir de Dieu, quand on entend dire que Dieu est venu dans ce monde pour vaincre Satan. Quoi ! Satan avait besoin d'être vaincu? Dieu n'est-il pas le Toulpuissant? Ne règne-t-il pas partout? Ne pouvait-il pas mettre Satan à la raison sans descendre sur terre, y souffrir et y mourir ? Impossible de compliquer plus à P'aisir les choses les plus simples.
Puis, pourquoi prétendre que le péché d'Adam nous a
'^'t condamner tous originellement à la mort éternelle,
^'ors que le plus simple bon sens proteste, et qu'il est
"^^ dans le Deutéronome : « On ne fera pas mourir les
pères pour les enfants, ni les enfants pour les pères;
''^^is chacun mourra pour son péché »?
C'est bien assez que la nature et la société abondent ^^ solidarités injustes; que la maladie de l'aïeul empoi- ^^^tine le sang des générations nées de lui ; que l'opprobre *^ scélérat rejaillisse sur sa lignée. N'incarnons pas ^^ scandales qui nous déconcertent, les injustices ^Vii nous révoltent, dans ce Dieu qile notre conscience ^ •évoque comme Téternel recours contre l'existence du ^^al.
Enfin, pourquoi tant grossir TolTense faite à Dieu par *^ péché, et y trouver une culpabilité infinie parce que ï^ieu même est infini?
Ne semble-t-il pas tout au contraire que plus grand ^Iplus haut est Dieu, moins il doit se sentir outragé? Que peuvent des coups de verges donnés à la mer? Que peuvent des cailloux lancés contre le ciel ?
Le vrai pour saint Anselme et pour saint Thomas, suivis par Luther lui-môme, c'est que la mort du Rédempteur a été un Sacrifie'' e.rpialdire ou il a été donné satisfaction à Dieu par la peine que Dieu même a subie en la personne de son Fils, peine Jont le Souverain Juge a accepté la substitution à la peine due par le genre humain.
Héritiers du péché d'Adam et pécheurs nous-mêmes, nous avions mérité la pire souffrance et la pire mort.
Pourquoi ? Parce que pécher c'est refuser à Dieu l'honneur qui lui est dû et qu'il réclame de nous : la soumission de noire volonté à la sienne. La grandeur de l'offense ae mesurant à la grandeur de l'offensé, le moindre péché a plus de gravité que n'en aurait l'anéantissement d'un monde avec toutes ses créatures.
Que Dieu toléiàt d'être outragé impunément par l'homme, ce serait comme une abdication de sa dignité; ce serait la suprême injustice. Il faut donc qu'il y ait ou réparation de la part de l'homme, ou chùtimcnt de la part de Dieu.
Mais, autant de bien qu'il fasse, l'homme réussira tout au plus à payer envers Dieu sa dette du moment; il ne pourra jamais s'acquitter pour ses péchés passés et pour le péché originel.
La voie du salut csl-elle donc .fermée f Elle le serait, si la bonté de Dieu ne venait à notre secours, pour prévenir les rigueurs de sa justice.
Il ne saurait toutefois remettre gratuitement l'otTense faite à sa majesté- La justice s'y oppose et réclame une satisfaction.