LA PENITENCE DANS LEGLISE PRIMITIVE
Chacun avait le souci d'édifier son prochain ; et, s'il le scandalisait, de réparer le scandale. La règle était d^ avouer tout manquement sérieux avec le pieux souci de s'en corriger, conformément au précepte formulé dans répitre de saint Jacques : « Confessez-vous vos fautes Tun à Tautre» et priez Tun pour l'autre. »
Qui péchait gravement devait faire pénitence, s'il ne voulait pas être exclu du commerce des fidèles et fui par eux comme un pestiféré. Tantôt c'était la voix publique qui proclamait le coupable ; tantôt c'était luimême qui se dénonçait à la communauté.
La plus grande faute était l'apostasie, dont la péni- * tence était prolongée originellement toute la vie.
Après venait l'homicide dont l'expiation durait vingt ^s. Elle était de quinze ans pour l'adultère et de onze ans pour le parjure.
Les jeûnes, les prières et les aumônes étaient Tessen- ^^1 des pénitences. Les pénitents les plus fervents s'as- ^^^ignaient à vivre de pain et d'eau ; couchaient sur la ^^e nue ; se dépouillaient pour le prochain.
Il y avait une première période où le pénitent restait
^û pleurs aux portes de l'assemblée et gémissait sur ses
butes tandis que se faisait la réunion des fidèles. Durant
les périodes suivantes il était toléré dans l'assemblée,
^it pendant les instructions à titre d'auditeur, soit aussi
pendant les prières.
Les pénitents occupaient une place à part, le corps ^vêlu d'un cilice, la tète couverte de cendre, les cheveux tondus, la barbe en désordre. A certain moment ^û diacre disait : « Prions pour nos frères soumis à la pénitence » ; et c'était grande pitié que d'entendre leurs lamentations mêlées aux supplications de la
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foule qui implorail pour eux la miséricorde de Dieu.
TouL d'abord, ils devaient se tenir conslammeat prosternés, tandis que ks autres Sdèles demeuraient debout Puis, venait l'époque où il leur était permis à eux aussi de prier debout, oii il leur était seulement interdit de présenter des oblations et de participer à la cène.
EnfiD arrivait l'heure de la réconeilialioa. Les pénitentu étaient réintégrés dans le corps des fidèles qui fêtaient joyeusement leur rentrée eu grâce. N'étaieDtîls pas des frères qu'une aulorilé paternelle avait voulu moins frapper que guérir? Place pour eux aux sacré: mystères, maiuteaaut qu'ils étaient puriGés !
Mais malheur au coupable qut, après avoir été récoO' cilié, retombait dans un crime capital ! Il n'était plut admis à la pénitence. Il était exclu de l'assemblé* chrétienne. C'était un banni en faveur duquel od ac eoatentail d'implorer la bouté divine.
La raison de cette discipline si rigoureuse était, selon saint Augustin, que « si l'homme avait toute faculté pour revenir promptemenl au bonheur de son premiei' état, i/ rtyardeia'u comme un Jeu la ckiitc dans If péché ».
Mais déjà, au temps de saint Augustin, des méoagements avaient été reconnus nécessaires ; et un admettait, en s'appuyanl d ailleurs sur l'évangile, que, comme le dit saint Jérôme, u quand bien même il tomberait dans le péché, non seulemeiU sept /'ois, mais septante /où sept fois, un homme obtiendrait le pardon de ses crimes s'il se convertissait par une pénitence sincère.
C'est Tertulliea qu'il faut eDleodre pour démAlei
LA PEFOTENŒ DANS LÉGUSK PRIMIT
ioule la séTérité des premiers siècles du chrislianisme. Voici ramassé ea ses traits essentiels le Traité que le grand docteur écrivit snr la pénitence, l'an 191).
• L'eau sainte du bap(<>iiie ne doit «^tre versée que sur By^iommc déjà corrigé et repentant qui s'est fait une loi â« s'interdire jusqu'à la volonté du péché.
« Aprfes le baptême, te Seigneur nous a tnêna^ daus 1^ confrssion puhHqui' une seconde planche de salut. ï*«urquoi ne pas frapper, quand la porte peut encore "*"CiUs litre une fois ouverte? Regardez ceux qui intriguent pour être élus à des magistratures : ils n'ont point honte de se soumettre à toutes les avanies, afin ^'obtenir quelques voix. Que de visites! Que d'humbles datations! Comme ils se font petits ! Et tout cela pour ^Ire magîsirals pendant un an ! Et nous, nous hésiterons à faire pour la vie éternelle ce que ces gens font sans scrupule pour le plaisir passager de faire porter devant eux des faisceaux et des haches? Nous ne vouilrons pas JFÙner et paraitre en public sov dfs vfitem^nt» sortJiden di- prin/ciits. quand nous avons offensé Dieo?
' Dieu, après avoir fermé la porte du Itajitëine, a I ontert au pécheur, coupable de rechutes, la porte de la Kcondf pénitence, qui laisse entrer ceux qui frappent. "wts nue ffiis scide/iipiil, parce ijne c'est déjà (a seconde. « Plus celle seconde et dernière pi'nîtencc est néceswre, plus les preuves en doivent ^tre manifestes. Il ne sjftit donc pas, comme pour le hapléme, que le repenlir soit dans la conscience; il faut qu'il se Iraduise par des témoignages extérieurs : c'est Vaclc de piihlique fiémlence , pnr ler/tie/ nous con/rvïo/it ims péchés à Dieu. 000 pas qu'il les ignore, mois parce que cette confession
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es'i. un commencement de réparation et de satisfaction. La confession amène le repentir et le repentir apaise le Seigneur. La miséricorde céleste s'abaisse vers l'homme qui s'iiumilie sous le sac et la cendre, s'impose des prt- T}afions, couvre son corps de poussière et plonge son âme dans les douleurs pour la purifier par la souffrance.
« Cependant il y en a à qui il répugne de s'crposer en public. Leur vanité ne peut soulTrir cette Immiliation salutaire qui consiste à faire satisfaction au Seigneur. Louable timiilîté vraiment qui vous fait lever la tète si effrontément quand vous péchez, et qui fait que voua n'osez pas implorer publiquement le pardon de votre Dieu ! »
La doctrine était dure; mais l'effet était grand, aux beaux jours de la foi.
Tertullien disait au,\ païens avec une noble fierté ; « Regardez quelles gens peuplent vos prisons. Il n'y a pas de chrétiens, ou bien ce sont des chrétiens qui sont seulement accusés d'être chrétiens. Pour nous, l'innocence est une nécessité ».
Origène de son côté sommait ses contradicteurs de faire la comparaison entre la meilleure des sociétés païennes et la moindre des sociétés chrétiennes, en les mettant au défi de ne pas reconnaître qu'il se trouverait dans celle-ci plus de vertu.
Pourtant, au iii° siècle, on avait commencé à se relâcher de la discipline primitive, si prodigieusei^lm^ différente de ce qui a prévalu depuis. ^^H