‹ La Pensée: D'après les recherches expérimentales de H.-J. Watt, de Messer et de BühlerChapitre 13 sur 18 · L'ASSOCIATION ET L'ÉVOCATION · texte numérisé non relu

L'ASSOCIATION ET L'ÉVOCATION

des mots qui ne se rattachent à l’inducteur ni par la contiguité, ni par un rapport intentionnel. Certaines de ces réponses n’ont d’autre raison de se produire que le fait qu’elles se sont déjà récemment produites : c’est le phénomène de la persévération, déjà observé par Watt. Enfin il y a même un certain nombre de réactions qui ne s'expliquent ni par l'association, ni par la persévération, ni par un acte intentionnel : elles rentrent dans ce qu’on appelle « la reproduction des images libres », phénomène bien connu des psychologues, mais dont les causes restent obscures. En voici un exemple curieux, dont le commentaire du sujet souligne délicatement la singularité. Mot inducteur : « Voyage ». Réponse : « Vers le ciel. — Je ne sais pas du tout comment cela m'est venu. Je pensais à des voyages; je voulais dire d’abord : à Londres (image schématique d’une carte de la Hollande). Rejeté. J’af cherché à l’aveugle quelque chose d’autre. Vers le ciel est pour moi inexplicable; cela ne correspondait à aucune intention ni à aucune habitude.

La réaction elle-même est un fait distinct à la fois de l'association et de l’évocation. Parmi les représentations associées ou reproduites, plusieurs, qui fourniraient une réponse convenable, ne sont pas utilisées, parce qu’elles ne s’accompagnent d’aucune impulsion motrice. Ces « états passifs », comme Messer les nomme, ont été finement notés par un de ses sujets : « J’en ai déjà été frappé plusieurs fois : il y a des éléments de conscience qu’il faut bien considérer comme associés, mais qui, par une nécessité particulière et malgré la tâche, sont saisis, non pas comme s’ajoutant par l’association au mot inducteur, mais comme donnés avec lui (donnés peut-être dans sa compréhension) ». Ce sont des « représentations sans tendance motrice », dit un autre sujet. « Il ne vient pas à l’esprit », dit un troisième,

que lon pourrait en tirer une réaction. Voilà de précieuses observations, dont une psychologie de la volonté aurait à tenir compte, et qui montrent, en attendant, la variété et la complexité des processus engagés dans l'acte, si simple en apparence, de réagir à un mot donné par un autre mot, fût-ce le premier venu.

b) La compréhension des mots (71-93)

Au premier moment, le sens des mots est, comme on l’a vu plus haut, une attitude de conscience ou, plus exactement selon nous, un sentiment intellectuel.

Les cas les plus simples sont naturellement ceux où le sens fait corps avec le mot, où le mot est compris en même temps qu’il est lu. Cependant, même ici, le sens est un facteur variable. Il peut être donné à la conscience « avec des degrés différents d'intensité », depuis l’incompréhension à peu près complète jusqu’à la compréhension totale. Les sujets sont capables d’apprécier ces degrés, ce qui ne laisse pas de surprendre un peu, si l’on songe que l’intellection dont il s’agit semble vide de tout contenu, mais qui s’explique fort bien dès qu’on a reconnu que cette absence de contenu n’est qu’apparente. D’abord, au plus bas degré, des déclarations comme celles-ci : « Je n’ai pas bien compris, mais pourtant j’ai compris >; « je n’ai pas compris clairement »; « je n’ai pas compris cela d’une façon tout à fait générale >»; un sujet parle d’une <« compréhension lointaine ». Puis viennent des cas où les sujets constatent qu'ils ont eu, généralement après un certain arrêt sur le mot, la conscience « nette », « plus intense que d’ordinaire » qu'ils le comprenaient.

D’autres fois, entre l’apparition du mot et la compréhension, il s'écoule un intervalle de temps plus ou moins

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