‹ La Pensée: D'après les recherches expérimentales de H.-J. Watt, de Messer et de BühlerChapitre 14 sur 18 · À LA COMPRÉHENSION DES MOTS · texte numérisé non relu

À LA COMPRÉHENSION DES MOTS

long. Ii en est ainsi, par exemple, lorsque le mot est étrange ou peu familier, lu de travers, équivoque, d’une longueur inusitée, etc., ou lorsque le sujet est fatigué ou dans un état particulier d’excitation. Entre la lecture du mot et l’intellection peuvent s’intercaler des phénomènes différents, mais également destinés, à ce qu’il semble, à fixer sur lui l’attention ou plutôt à la faire rayonner autour de lui, dans le halo confus qui l’environne : on le relit, on le répète intérieurement, on se pose des questions à son sujet : qu'est-ce que cela signifie ? qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Ou bien le sens est introduit par une image ou par un autre mot ou par une phrase associés à l’inducteur. On peut comprendre le mot sans être capable de le définir; le sujet sait souvent ce que le mot veut dire sans pouvoir, au moins au premier moment, préciser sa signification.

Watt avait renoncé à découvrir l’équivalent psychologique du concept. « Nous n'avons, disait-il, aucune raison de supposer qu’il existe un équivalent psychologique complet du concept logique, et nous ne savons autant dire rien de la structure du sens qui accompagne un terme général ». Avec plus de confiance dans le pouvoir de l’observation interne, Messer a repris le problème abandonné par son devancier. Il s’est même posé une triple question : 1° que devient le sens lorsqu'il se développe ? 2° quelle est son origine ? 3° quels sont ses. rapports avec les images ?

Le premier stade du développement du sens est représenté par la conscience de sphère. La « sphère » est souvent identifiée avec le concept surordonné, qui peut, d’ailleurs, venir à la conscience sans le mot qui le désigne. Exemples : « Beurre ». — « Fromage. Après la lecture du mot inducteur, une petite pause. Apparition de la conscience de sphère, c’est-à-dire du concept surordonné : aliment; ce mot n’était pas là, mais seu-

lement un équivalent ». « Cercle. — D'abord un sentiment général (ein allgemeines Bewusstsein) correspondant au concept figure géométrique (le mot n’était pas présent) ». Le mot montagne suggère à un sujet la conscience (sans mots) d’une direction vers quelque chose de déterminé qu’on peut gravir » (78). La conscience de sphère peut encore se présenter, sous une forme plus vague, comme la conscience de tout le domaine de pensée auquel quelque chose appartient : au nom de Hegel, le sujet II constate en lui « une direction vers l’histoire de la philosophie », — ou enfin comme le pouvoir de nommer un concept coordonné, plus généralement, quelque chose de connexe (79). |

En d’autres cas, la conscience de sphère est caractérisée comme étant un état affectif, une Sfimmung. Le mot escroc suggère au sujet I le mot fainéant. « Au mot inducteur se liait un état affectif d’où est sorti spontanément fainéant. Cet état affectif n’est pas du tout identique à la conscience de direction précédemment mentionnée. Par celle-ci j’ai la notion (ich weiss) d’un cercle d'objets; par celui-là, j’ai la sensation (ich empfinde) que ces objets ont quelque chose de commun (qui, dans ce cas, pourrait se résumer par ces mots : pas bien fameux) ». Le même sujet associe les mots patience et longanimité avec « une conscience particulière d’un milieu biblique >». Au mot roi qui évoque l’adjectif fier, il se sent « transporté dans une autre sorte de réalité, celle des ballades et des vieilles légendes » et constate « une direction vers le passé de l’Allemagne, où le « fier monarque » jouait un grand rôle ». Ces deux derniers exemples nous semblent montrer, avec leurs expressions si caractéristiques de « conscience du milieu » et de « direction vers le passé » que ces états affectifs ne diffèrent pas bien profondément des états intellectuels signalés plus haut,

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