XV. LA GUERRE ET LA PAIX
les trésors suffisent pour les défendre, sans réfléchir que si les trésors donnaient la victoire, Darius aurait triomphé d'Alexandre, et les Grecs des Romains, que de nos jours le duc Charles^ aurait vaincu les Suisses, et que, tout récemment encore, le pape et les Florentins réunis n'auraient pas eu de peine à vaincre Francesco Mariai neveu du pape Jules II, dans la guerre d'Urbin. Mais tous ceux que je viens de nommer furent vaincus par ceux qui regardaient une bonne armée et non l'argent comme le nerf de la guerre.
Parmi les merveilles que Crésus, roi de Lydie, fit voir à Solon l'Athénien, était un trésor innombrable ; et lui ayant demandé ce qu'il pensait de sa puissance, Solon lui répondit que ce n'était point par cela qu'il pouvait en juger, parce qu'on ne faisait point la guerre avec de l'or mais avec le fer ; qu'il pouvait survenir un ennemi qui aurait plus de fer que lui et qui lui ravirait ses trésors.
Après la mort d'Alexandre le Grand, une multitude de Gaulois passa en Grèce puis en Asie. Et les Gaulois ayant mandé des ambassadeurs au roi de Macédoine
quella, credono che basti loro a difendersi avère tesoro assai, e non pensano che se '1 tesoro bastasse a vincere, che Dario arebbe vinto Alessandro, i Greci arebbon vinti i Romani ; ne' nostri tempi il duca Carlo arebbe vinti i Svizzeri ; e pochi giorni sono, il Papa ed i Fiorentini insieme non arebbono avuta difficultà in vincere Francesco Maria, nipote di papa Giulio II. nella guerra di Urbino. Ma tutti i soprannominati furono vinti da coloro che non il danaro, ma i buoni soldat! stimano essere il nervo délia guerra. Intra le altre cose che Creso re di Lidia mostrô a Solone ateniese, fu uno tesoro innumerabilc ; e domandando quel che gli pareva délia potenza sua, gh rispose vSolone, che per quello non lo giudicava più potente ; perché la guerra si faceva col ferro e non con l' oro, e che poteva venire uno che avesse più ferro di lui, e tùrgliene, Oltr' a qucsto, quando, dopo la morte di Alessandro Magno, una multitudine di Franciosi passù in Grecia, e poi in Asia ; e mandando i Franciosi oratori al re di Macedonia per trattare
* CharIes-le-T6m6raire, duc de Bourgogne.
• Francesco Maria délia Rovere, duc d'Urbin.
pour conclure certain traité, ce roi, pour faire parade de sa puissance et les intimider, leur montra une fort grande quantité d'or et d'argent ; loin d'être effrayés, les Gaulois, qui avaient déjà pour ainsi dire confirmé la paix, la rompirent, tant s'accrut en eux le désir de lui ravir son or. Et ainsi ce prince fut dépouillé de ce qu'il avait amassé pour sa défense. Les Vénitiens, il y a peu d'années de cela, bien que le trésor public fût comble, perdirent toutes leurs possessions, sans que leur or servît à les défendre.
Aussi, quoi qu'en dise la commune opinion, je soutiens que ce n'est pas l'argent qui est le nerf de la guerre, mais de bons soldats, car, si l'or ne suffit point pour trouver de bons soldats, les bons soldats suffisent pour trouver de l'or.
Discours, II, 10.
Tout ce qui sert à ton ennemi te nuit et tout ce qui lui nuit te sert.
Celui qui sera le plus vigilant à observer les desseins de l'ennemi et se donnera le plus de peine pour tenir son armée dans un exercice continuel, courra moins de périls et pourra davantage espérer la victoire.
certo accordo ; quel re, per mostrare la potenza sua e per sbigottirli, mostro loro oro ed argento assai : donde quelli Franciosi che di già avevano corne ferma la pace, la ruppono ; tanto desiderio in loro crebbe di torgli quell' oro : e cosî fu quel re spogliato per quella cosa che egli aveva per sua difesa accumulata. I Veniziani, pochi anni sono, avendo ancora lo erario loro pieno di tesoro, perderono tutto lo stato, senza potere essere difesi da quello. Dico pertanto, non 1' oro, corne grida la comune oppinione, essere il nervo della guerra, ma 1 buoni soldati : perché 1' oro non è suffiziente a trovare i buoni soldati, ma 1 buoni soldati son ben suffizienti a trovare r oro. Discors i, II, 10,
Quello che giova al nimico nuoce a te ; e quel che giova a te nuoce al nimico.
Colui clu sarà nclla guerra più vigilante a osservare i disegni del nimico, e più durera fatica ad esercitare il suo esercito, in minori pericoli incorrerà, e più potrà sperare della vitturia.