XVI. LA RELIGION
par leur valeur devenir les premiers d'entre les citoyens. On y voit les richesses croître et multiplier en grand nombre, et celles qui viennent de l'agriculture et celles qui viennent du commerce. Chacun cherche avec empressement à augmenter et à posséder les biens dont il croit pouvoir jouir après les avoir acquis. Il en résulte que les citoyens s'occupent à l'envi des intérêts privés et publics et que les uns et les autres prospèrent de jour en jour merveilleusement.
Le contraire arrive aux pays qui sont asservis, et plus leur servitude est pesante, plus ils manquent de ce bonheur général. Discours, II, 2.
Jamais législateur n'imposa à un peuple des lois hors de l'ordre commun, sans y faire intervenir la divinité ; car on ne les eût point acceptées. En effet, il existe une foule d'avantages qu'un homme prévoyant est seul à connaître, mais qui n'ont pas un caractère d'évidence assez marqué pour convaincre tout le monde. Discours, I, 11.
Dans les états où la religion domine, il est facile (l'introduire l'esprit militaire, tandis que chez un
loro diventare principi ; veggendosi le ricchezze moltiplicare in maggior numéro, e quelle che ^engono dalla cultura, e quelle che vengono dalle arti. Perché ciascuno volentieri moltiplica in quella cosa, e cerca di acquistare quel béni, che crede, acquistati, potersi godere. Onde ne nasce che gli uomini a gara pensando ai privati ed a' pubblici comodi, e 1' uno e r altro vicne maravigliosamente a crescere. Il contrario di tutte queste cose segue in quelli paesi che vivono servi ; e tanto più mancano del consueto bene, quanto è più dura la servitù. Discorsi, II, 2.
E veramente mai non fu alcuno ordinatore di leggi straordi-
narie in un popolo che non ricorresse a Dio, perché altrimenti
] non sarebLero accettate : perché sono molti béni conosciuti da
b-Uno prudente, i quali non hanno in se ragioni evidenti da
poterli persuadere ad altrui. Discorsi, I, 11,
... dove è religionc facilmente si possono introdurre l'armi.
peuple militaire, mais irréligieux, il est difficile d'introduire la religion. Disœurs, I, 11.
Et, comme l'observance du culte divin est la cause de la grandeur des états, de même le mépris du culte est cause de leur ruine. Car où manque la crainte de Dieu, il est nécessaire ou que l'Etat succombe ou qu'il soit soutenu par la crainte d'un prince qui supplée au défaut de la religion. Or, comme la vie d'un prince est de courte durée, l'Etat périclite sitôt que vient à lui manquer l'appui de sa valeur. D'où il résulte que les gouvernements qui dépendent seulement de la valeur d'un homme sont peu durables, parce que cette valeur s'éteint avec la vie du prince, et que rarement elle reparaît, renouvelée, chez son successeur, ainsi que Dante l'a sagement exprimé dans le tercet suivant :
Rade volte discende per li rami Vumana probitate ; e questo vuole Quel che la dà, perché da lui si chiami ^.
e (love sono 1' armi e non religione, con difficultà si puô introdurre quella. Discorsi, I, 11.
E corne la osservanza del culto divino è cagione délia grandezza délie repubbliche. cosi il dispregio di quella è cagione délia rovina d'esse. Perché, dove manca il timoré di Dio, conviene che o quel regno rovini, o che sia sostenuto daJ timoré d'un principe che supplisca a' difetti délia religione. E perché i principi sono di corta vita, conviene che quel regno manchi presto, secondo che manca la virtù d' esso. Donde nasce che i regni i quali dependono solo dalla virtù d' une uomo sono poco dural)ili, perché quella virtù mmca con la vita di quello ; e rade volte accade che la sia riiifrescata con )a successione, come prudentemcnte Dante dice :
« Rade volte discende per li rami
» L' umana prohitate ; e questo vuole
» Quel che la dà, perché da lui si chiami. »
* Il est rare que la sagesse d'un homme passe à ses descendants ; ainsi le veut Ceiui qui la donne, afin qu'elle se réclame de lui. PurgaloirCy Chant VII, v. 121-123.