XVII. LE PATRIOTISME DE MACHIAVEL
Toutes les fois que j'ai pu honorer ma patrie, fût-ce à mes périls et risques, je l'ai fait de bon cœur ; car c'est à elle que, dans la vie, l'homme a les plus grandes obligations ; c'est à elle qu'il doit l'existence ; c'est à elle enfin qu'il doit tout ce que nature et fortune lui ont accordé de bon. Et cette obligation est d'autant plus grande qu'on est issu de plus noble patrie. Certes, celui qui se fait, par l'âme et par les œuvres, l'ennemi de sa patrie, lors même qu'il aurait été offensé par elle, mérite à juste titre le nom de parricide. Car si c'est chose honteuse et criminelle de frapper son père et sa mère, pour n'importe quelle cause, à plus forte raison est-ce un forfait de déchirer sa patrie ; parce que jamais on ne subit de sa part aucune persécution qui puisse justifier nos outrages, mais que nous lui devons être reconnaissants de tout notre bien. Et, lorsquelle se prive d'une partie de ses citoyens, il faut plutôt la remercier de ceux qu'elle garde auprès d'elle que la blâmer de ceux qu'elle s'ôte. Dialogue sur la langue.
Semprechè io ho potuto onorare la patria mia, eziandio con mio carico e pericolo, l'ho fatto volentieri, perché 1' uomo non ha maggiore obbligo nella vita sua, che co quella, dependendo prima da essa 1' essere, e dipoi tutto quello che di buono la lortuna, e la natura ci hanno conceduto ; e tanto viene ad essere maggiore in colore, che hanno sortito patria più nobile. E veramente colui, il quale coU' animo, e coll' opéra si fa nimico délia sua paria, meritamente si pu6 chiamare parricida, ancorachè da quella fusse suto offeso. Perché se battcre il padre, e la madré per qualunque cagione è cosa nefanda, di nécessita ne segue, il lacerare la patria essere cosa nefandissima, perché da lei mai si patisce alcuna persecuzione, per la quale possa merit ire di essere da te ingiuriata, avendo a riconoscere da quella ogni tuo bene ; talché se ella si priva di parte de' suoi cittadini, sei piuttosto obbligato ringraziarla di quelli che ella si lascia, che infamarla di quelli che ella si togUe.
Dialogo sopra la lingua.