XVIII. MACHIAVEL SATIRIQUE
Car je sais combien la reconnaissance est sourde aux prières de quiconque l'implore et je n'ignore pas non plus combien un âne se souvient des bienfaits.
Je n'attache plus autant d'importance qu'autrefois aux morsures et aux bastonnades, ayant pris le caractère de celui que je chante.
Si l'on me pressait plus que je n'ai coutume de rêtre, de prouverjce que je vais conter, je répondrais que j'obéis à l'âne sous la forme duquel j'ai vécu.
Jadis, toute la cité de Sienne voulut en faire boire un dans la fontaine Branda, et c'est à grand'peine qu'on put lui faire avaler une seule goutte d'eau.
Mais si le ciel ne fait tomber sur moi d'autres malheurs, on entendra braire ces mots dans tout l'univers : Gare à qui me touche !
Toutefois, avant que je commence à vous rapporter les diverses aventures de mon âne, qu'il ne vous déplaise d'écouter un petit conte.
Ch' io so ben quanto Gratitudo è sorda A, prieghi di ciascuno, e so ben quanto De' benefizj un Asin si ricorda.
Morsi, G mazzate io non istimo tanto, Quant' io soleva, sendo divenuto Délia natura di colui, ch'io canto.
S' io fussi ancor di mia prova tenuto
Più ch' io non soglio, cosl mi comanda Qu 11' Asin, sotto il quale io son vissuto,
Volse glà farne un bere in fonte Branda Ben tutta Siena ; e poi gli mise in bocca Una gracciola d' acqua a randa, a randa.
Ma se il Ciel nuovi sdegni non trabocca ( entra di me, e' si fara sentire Per tutto un ra^lio, e sia zara a chi tocc;i.
Ma prima ci' io cominci a riferire Dell' Asin mio i diversl accident!, Non vi rincresca una novella udire.
Il y avait naguère à Florence, parmi les vieilles familles de cette cité, un certain jouvenceau, dont la parenté n'est pas encore éteinte.
En avançant en âge, il lui vint une manie qui le forçait à courir sans motifs ni raisons à travers les rues, par n'importe quel temps.
Son père s'en affligeait d'autant plus qu'il était moins instruit des causes de son mal.
Il voulut connaître l'opinion d'un grand nombre de savants, et à diverses époques, il lui administra mille remèdes de mille espèces.
On prétend même qu'il le roua, mais inutilement : tous les remèdes furent vains, et le jouvenceau n'en continua pas moins à courir en tous lieux, par tous les temps.
Enfin, un certain charlatan, dont on voit tous les jours une foule nombreuse, promit à son père de le lui rendre en santé.
Fu, e non sono ancora al tutto spenti I suoi consorti, un certo giovanetto Pure in Firenze infra 1' antiche genti.
A costui venne crescendo un difetto, Che in ogni luogo per la via correva, E d' ogni tempo senza alcun rispetto.
E tanto il padre pur via si doleva Di questo caso, quanto le cagioni Délia sua malattia ben conosceva.
E volse intender moite opinioni
Di molti Savj, e'n più tempi vi porse Mille rimedj di mille ragioni.
Oltre di questo anco e' lo botô forse ; - Ma ciaschedun rimedio vi fu vano, Perciô che sempre, e in ogni luogo corse.
Ultimamente un certo Cerretano, De' quali ogni di molti ci si vede, Promise al padre suo renderlo sano.