XVIII. MACHIAVEL SATIRIQUE
Or, il arrive qu'on croit toujours ceux qui nous promettent quelque bien ; c'est pourquoi on a tant de confiance dans les médecins.
Mais, bien souvent, en croyant à leur science, l'homme perd le bien, et il semble que cette secte soit la seule, parmi toutes les autres, qui vive et se repaisse du mal d'autrui.
Ainsi donc notre homme n'eut pas le moindre doute, et remit cette cure entre les mains de ce charlatan, car il était plein de confiance en ses paroles.
Celui-ci ordonna au malade cent fumigations par les nari! es, lui tira du sang de la tête, et crut alors lui avoir fait perdre l'envie de courir.
Après avoir fait tous ses remèdes il rendit le fils à son père, en l'assurant qu'il était guéri, mais sous les conditions que nous allons dire :
Que, durant quatre mois, on ne le laisserait jamais sortir seul, et qu'il aurait toujours auprès de lui quelqu'un qui, dans le cas où il voudrait prendre son vol,
Ma corne awien, che sempre mai si crede A chi promette il bene ; onde dériva, Che a' medici si presta tanta fede ;
E spesso lor credendo 1' nom si priva
Del bene, e questa sol tra 1' altre Sette Par che del mal d' altrui si pasca, e viva :
Cosi costui niente in dubbio stette, E nelle man gli mise questo caso, Che aile parole di costui credette.
Ed ei li fe' cento profumi al naso, Trassell sangue délia testa, e poi.
Gli parve aver il correr dissuaso.
E fatto ch' ebbe altri rimedj suoi,
Rende per sano al padre il suo figliuolo, Con questi patti, ch' or vi dlrem noi :
Che mai non lo lasclasse andar fuor solo Per quattro mesi, ma con seco stesse Chi. se per caso e' si levasse a volo.
Pût le retenir par quelque moyen convenable, en le faisant apercevoir de son erreur, et en le priant d'avoir soin de sa réputation.
Cela marcha fort bien durant un mois : plein de douceur et sagesse, il ne sortait qu'avec deux de ses frères, auxquels il témoignait beaucoup d'égards et de crainte.
Mais, arrivant un jour dans la rue des Martelli, à l'endroit d'où l'on peut voir la Grand'Rue, ses cheveux commencèrent à se hérisser.
Notre jouvenceau, à la vue de cette rue droite et spacieuse, ne se put tenir de retourner à son ancien plaisir.
Et, mettant de côté toute autre considération, la fantaisie le reprit de courir, pareil à la roue du moulin qui jamais ne se repose.
Arrivé au bout de la rue, il laissa tomber son manteau et se prit à crier : Le Christ lui-même ne saurait me retenir^ et partit comme un trait.
Che con qualche buon modo il ritenesse, Dimostrandoli in parte il suo errore Pregandol, ch' al suo onor riguardo avesse.
Cosi andô ben più d' un mese fuore
Onesto, e saggio infra due suoi fratelli, Di riverenza pieno, e di timoré,
Ma giunto un di nella Via de' Martelli, Onde puossi la Via Larga vedere, Cominciaro a ricciarsegli i capelli.
Non si potè questo giovin tenere,
Vedendo questa via dritta, e spaziosa, Di non tomar nell' antico piacere.
E posposta da parte ogni altra cosa, Di correr gli tornô la fantasia, Che mulinando mai non si riposa,
E giunto in sulla testa délia via
Lasciô ire il mantello in terra, e disse Qui non mi terra Cristo, o corse via ;
XVm. MACHIAVEL SATIRIQUE 255
Depuis lors, tant qu'il vécut, il ne cessa de courir ; et son père en fut ainsi pour son argent, et le médecin pour sa science.
Parce que notre esprit, toujours enclin à suivre son naturel penchant, ne se peut défendre ni contre l'habitude, ni contre la nature.
C'est ainsi que moi, après avoir eu coutume de mordre celui-ci et celui-là, je suis resté pendant longtemps en repos, plein de douceur et patience ;
N'observant plus les défauts d'autrui, cherchant à m'instruire d'une autre manière ; si bien que je me figurais être guéri.
Mais le temps est si rempli de corruption et méchanceté que, sans avoir les yeux d'Argus, on aperçoit plus facilement le mal que le bien.
Si donc, j'exhale maintenant un peu de venin, bien que je me sois déshabitué de dire du mal, c'est le temps qui m'y oblige, en m'en donnant une ample matière.
E dipoi corse sempre, mentre visse ; Tanto che il padre si perde la spesa, E il medico lo studio, che vi misse.
Perché la mente nostra sempre intesa Dietro al suo natural non ci consente Contr' abito, o natura sua difesa.
Ed io, avendo già volta la mente
A morder questo, e quello, un tempo stetti Assai quieto, umano, e paziente ;
Non osservando più gli altrui difetti,
Cercando in altro modo fare acquisto ; Tal che d' esser guarito io mi credetti.
Ma questo tempo dispettoso, e tristo
Far, senza ch' alcuno abbia gli occhi d' Argo, Più tosto il mal che il bene ha sempre visto.
Onde se alquanto or di veleno spargo, Bench' io mi sia divezzo dl dir maie, Mf sforza il tempo di materia largo,
Et notre âne, qui a promené ses pas dans un si grand nombre de lieux afin d'examiner les esprits divers des humains,
Si l'on observait les longs voyages qu'il a faits sur tant de routes différentes, le ciel lui-même ne pourrait pas l'empêcher de braire.
Ainsi donc, que personne ne s'approche de cette bête grossière et têtue, s'il ne veut pas entendre des plaisanteries asines.
Car personne n'ignore — et c'est une des lois de sa nature — qu'un des jeux où il se montre le plus adroit est de lancer une paire de ruades et de pets.
Que chacun jase et médise à son gré, et possède tant qu'il voudra fumée et faste, il convient désormais que cet âne s'occupe des hommes.
On entendra combien le monde est corrompu ; car je veux qu'il vous le dépeigne comme il est. avant qu'il ait mangé son frein et son bât :
Et quiconque veut le prendre en mauvaise part, tant pis pour lui I
E r Asin nostro, che per tante scale
Di questo nostro mondo ha mosso i passi, Per r ingegno veder d' ogni mortale ;
Seb'^ene in ogni luogo s' osservassi
Per le sue strade i suoi lunghi cammini. Non lo terrebbe il Ciel, che non ragghiassi.
Dunque non fie verun, che si awicini
A questa rozza, e capitosa gregge,
Per non sentir degli scherzi asinlnl.
Che ognun ben sa, ch' è sua natural legge,
Che un de' più destri giuochi, che far sappi,
E' trarre un par di calci, e di coregge,
Ed ognuno a suo modo ciarli, e frappi, Ed abbia quanto voglia e fumo, e fasto, Che ornai convien, che quest' Asin ci cappi.
E sentirassi corne il mondo è guasto ;
Perch' lo vorrô, che tutto un ve' 1 dipinga ; Avanti che si mangi il freno, e il basto ;
E chi lo vuol aver per mal, si scinga.
Asino d'oro, 1.