‹ La pensée de Nicholas MachiavelliChapitre 137 sur 175 · XIX. MACHIAVEL HISTORIEN · texte numérisé non relu

XIX. MACHIAVEL HISTORIEN

Que les changements de religion et de langage, de même que les désastres causés par les déluges et les pestes, effacent la mémoire des choses.

A ces philosophes qui veulent que le monde ait existé de tout temps, on peut répondre, me semblet-il, que si une ancienneté aussi reculée était réelle, il faudrait que la mémoire des choses remontât au delà de cinq mille ans. Cette objection serait fondée si l'on ne voyait pas que ces souvenirs des temps s'effacent par des causes diverses, dont une partie vient des hommes et l'autre du ciel. Celles qui viennent des hommes sont les changements de religion et de langage. En effet, quand s'élève une nouvelle secte, c'est-à-dire une religion nouvelle, son premier soin est d'étouffer l'ancienne, afin d'accroître son propre prestige, et elle en vient facilement à bout quand les fondateurs de cette nouvelle secte parlent une langue différente.

On s'en convainc lorsqu'on examine la conduite que la religion chrétienne a tenue à l'égard du paganisme, en renversant toutes les institutions, toutes les cérémonies de cette religion, en effaçant tout souvenir de son antique théologie. A vrai dire, le chris-

Che la variazione délie sètte e délie lingue, insieme con V accidente de' diluvio o délie pesii, spegne la memoria délie cose.

A quelli filosofi che hanno voluto che '1 mondo sia stato etemo, credo che si potesse replicare, che se tanta antichità fusse vera, e' sarebbe ragionevole che ci fusse memoria di più che cinque mila anni ; quando e' non vi vedesse come queste memorie de' tempi par diverse cagioni si spengano : délie quali parte vengono dagli uomini, parte dal cielo. Quelle che vengono dagli uomini, sono le variazioni délie sètte e délie lingue. Perché quando surge una setta nuova, cioè una religione nuova, il primo studio suo è, per darsi reputazione, estinguere la vecchia ; e quando egli occorre che gli ordinatori délia nuova setta siano di lingua diversa, la spengono facilmente. La quai cosa si conosce considerando i modi che ha tenuti la religione cristiana contra alla setta gentile ; la quale ha cancellati tutti gli ordini, tutte le cérémonie di quella, e. fpenta ogni memoria di quella antica teologia. Vero è che non

tianisme n'a point réussi à effacer complètement le souvenir des grands hommes qu'elle avait produits ; ce qui vient de ce qu'il a dû garder la langue latine, ayant été dans la nécessité d'en faire usage pour écrire les préceptes delà loi nouvelle. En effet, si les premiers chrétiens avaient pu écrire dans une autre 1 langue, on ne saurait douter à voir tout ce qu'ils ont persécuté et détruit, qu'il n'existât plus aucun souvenir des événements antiques.

Et qui lira les moyens employés par saint Grégoire et les autres chefs de la religion chrétienne verra avec quelle obstination ils ont poursuivi tous les anciens souvenirs, brûlant les œuvres des poètes et des historiens, brisant les images, et gâtant toute chose qui portait quelque signifiance de l'antiquité. Aussi, eussent-ils ajouté à cette persécution une langue nouvelle, on eût vu en très peu de temps toute chose tomber en oubli.

Il y a lieu de croire également que ce que la religion chrétienne a fait au paganisme, celui-ci l'a fait à la religion qui existait avant lui. Et comme ces religions ont varié deux ou trois fois dans l'espace de cinq ou six mille ans, on a perdu le souvenir des événements antérieurs. Et si parfois il en subsiste quelques

gli è riuscito spegnere in tutto la notizia délie cose fatte dagli uomini eccellenti di quella : il che è nato per avère quella mantenuta la lingua latina ; il che fecero forzatamente, avendo a scrivere questa legge nuova con essa. Perché, se 1' avessino potuta scrivere con nuova lingua, considerato le altre persecuzioni gli feciono, non ci sarebbe ricordo alcuno délie cose passate. E chi legge i modi tenuti da San Gregorio, e dagli altri capi délia religione cristiana, vedrà con quanta ostinazione e' perseguitarono tutte le memorie antiche, ardendo r opère de' poeti e delli istorici, ruinando le immagini, e guastando ogni altra cosa che rendesse alcun segno délia antichità. Talchè, se a questa persecuzione egli avessino aggiunto una nuova lingua, si sarebbe veduto in brevissimo tempo ogni cosa dimenticare. E da credere, pertanto, clie quello che ha voluto fare la religione cristiana contra alla setta gentile, la gentile abbi fatto contra a quella che era innanzi a lei. E perché queste sètte in cinque o in seimila anni

Page 1